Ce mardi 6 janvier, en début de soirée, le thermomètre affiche -4 °C. Des températures négatives qui vont atteindre -8 °C dans la nuit. Rue Strolz à Belfort, sur le parking de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM), le camion du Cœur, affilié aux Restos du cœur, est garé. Quatre fois par semaine, les lundis, mardis, jeudis et vendredis, les bénévoles sont présents pour distribuer des repas chauds aux plus démunis. « Il y a une distribution de nourriture, mais on peut aussi donner des habits comme des polaires, des parkas, des sous-vêtements. On a aussi des kits d’hygiène », liste Amar, responsable du camion.
Il est 18h30, les quatre bénévoles de l’association déballent les affaires. Des tables et des bancs sont installés. « Avec le grand froid, l’influence est réduite », observe le responsable. Grâce au déclenchement du plan grand froid (lire notre article) par le préfet du Territoire de Belfort, la Fondation de l’Armée du Salut agrandit ses horaires d’ouverture et propose des places d’hébergement supplémentaires. « Parfois, souvent l’été, on a toute une file de personnes qui attendent dès l’ouverture du camion », explique Amar. Mais aujourd’hui seulement trois hommes sont venus. Avec ce mois de janvier glacial, les bénévoles sont d’autant plus attentifs aux bénéficiaires. « On fait plus attention aux gens, car on sait qu’ils sont à la rue. On essaie de leur donner un maximum de confort », rapporte le responsable.
Les Restos du coeur, nécessaires en cette période de grand froid
Une première personne prend place sur la table. Au menu de ce soir : soupe, haricots verts, purée, steak, laitages et viennoiseries. Sans oublier les boissons chaudes. Les plats chauds sont fournis par la Sodexo de Belfort. « Les fruits, les laitages, le pain viennent de la ramasse des Restos du cœur », précise Amar. Le matin, des camions de l’association font le tour des grandes surfaces et des boulangeries pour récupérer les invendus.
« Comment ça va chef ? » Issam*, un habitué, approche lui aussi pour prendre son repas. Il sert la main à tout le monde. À peine arrivé, des rires s’échangent entre lui et les bénévoles. « C’est vous qui l’avez faite cette purée ? », questionne le nouveau venu en rigolant. Ces repas sont aussi l’occasion de créer des échanges. « Les sorties se passent bien. Il y a un noyau d’une dizaine d’habitués qu’on voit tout le temps », explique Amar. « Je viens ici pour passer le temps », renchérit Issam*.
D’autres maraudes sont mises en place à Belfort par la Protection Civile et la Croix-Rouge. Ces dernieres vont directement à la rencontre des personnes sans abri. « Ils savent où les personnes se couchent », souligne Amar. Pour le camion des Restos du cœur, le principe est de se retrouver quatre fois par semaine au même endroit et à la même heure. « Les personnes savent où trouver le camion, c’est une habitude », développe le responsable.
32 bénévoles pour faire fonctionner le camion des Restos du coeur
Par période, certains habitués ne viennent plus au camion. « Parfois, on ne les voit pas pendant six mois et puis ils reviennent », raconte Amar. Mais pour les bénévoles, pas question d’interroger les bénéficiaires sur leur absence. « S’ils veulent parler, ils nous parlent, mais on ne cherche pas à savoir. » Le responsable l’assure, les Restos du cœur aident tout le monde sans distinction. Le camion accueille tout type de profils, des migrants, des étudiants, des personnes sans domicile fixe. « Il y a aussi des personnes qui ne sont pas à la rue, mais en précarité », précise Amar.
Cela fait quatre ans qu’Amar fait partie des Restos du cœur. D’après ses estimations, le camion doit exister depuis une vingtaine d’années. Pour venir manger au camion, aucune inscription n’est nécessaire. Amar est catégorique : « On ne vous demande rien. » Au total, 32 bénévoles font fonctionner le camion toute l’année. Et pas seulement en hiver. Tous les deux mois, ils se réunissent pour établir un planning.
En fin de repas, les bénéficiaires prennent une boisson chaude. « Vous voulez combien de sucre dans votre café ? » interroge une bénévole. Vêtu d’un bonnet et d’une doudoune noire, l’homme prend la boisson fumante dans ses mains. Avant de repartir, les trois hommes repartent avec un sac de provisions : morceaux de pain, yaourts, compotes. En échange, Issam distribue aux bénévoles des papillotes et bonbons qu’il avait dans sa poche.
- *Le prénom à été modifié