Avec l’AFP
L’équipementier automobile français Forvia, en difficulté depuis plusieurs années, a annoncé la vente de sa division d’aménagements intérieurs (planches de bord, panneaux de porte…) au gestionnaire d’actifs américain Apollo, pour une valorisation de 1,82 milliard d’euros, ce qui devrait lui permettre de réduire sa dette. La vente concerne « l’ensemble du champ d’activité » de la division d’aménagements intérieurs de Forvia, a précisé Martin Fischer, directeur général du groupe français, lors d’un appel téléphonique avec des journalistes.
« La seule activité » exclue de la vente est Materi’act, filiale qui développe et produit des plastiques durables, a ajouté le dirigeant. Au total, la division « Intérieurs » de Forvia représente près d’un cinquième du chiffre d’affaires du groupe, soit environ 4,8 milliards d’euros. Elle est répartie sur 59 sites de production et compte 31 000 salariés. En France, cette division enregistre un chiffre d’affaires de 483 millions d’euros et enregistre 29 % des parts de marché.
Dans le pays de Montbéliard, cette annonce concerne directement l’usine Trecia d’Étupes, qui produit des intérieurs de porte, notamment à Stellantis. Plus de 170 de personnes y travaillent, dont 128 personnes directement à la fabrication confirme la CFE-CGC ; la population ouvrière de l’usine est largement majoritaire.
Pas de nouvelles cessions prévues par Forvia
En se séparant de cette activité moins rentable, Forvia devrait accroître sa profitabilité. Cette cession devrait également permettre au groupe français de réduire sa dette « d’au moins un milliard d’euros », alors que « l’intégralité du produit net » de la vente sera « affectée au remboursement de la dette financière », a indiqué l’entreprise dans un communiqué. Une fois la transaction effectuée, la dette de Forvia sera ramenée à « 4,5 milliards » d’euros, selon Olivier Durand, directeur financier du groupe. Ce désendettement doit permettre à Forvia de diminuer son coût horaire et de redevenir compétitif explique un connaisseur de l’entreprise contacté par Le Trois.
Martin Fischer s’est dit très satisfait du montant de la transaction, qui permettra à Forvia de rester en phase avec la réduction de sa dette que le groupe avait projetée « il y a plusieurs mois », et ce malgré la « dégradation » de la « situation du marché » ces derniers mois, notamment « à cause de la crise au Moyen-Orient ».
« Pour le moment », Forvia n’a pas « l’intention » de procéder à de nouvelles cessions, a signalé le directeur général. Avec cette vente, qui doit être soumise aux procédures « d’information ou de consultation » des instances représentatives du personnel et aux autorisations réglementaires, Forvia souhaite « renforcer sa focalisation sur des activités à forte valeur ajoutée et à dominante technologique », a expliqué le groupe dans son communiqué.
La finalisation de l’opération est attendue pour « la fin de l’année », a indiqué Martin Fischer. Il y a quelques mois, Forvia avait tenté de vendre cette division à l’Américain Motherson, mais l’Union européenne avait annulé la vente pour éviter un phénomène de monopole ; localement, Motherson gère l’usine SMRC de Rougegoutte.
« Une source d’inquiétude »
Les syndicats ne découvrent pas l’intention du groupe de vendre. Le dossier est sur la table depuis plusieurs mois. Mais le bénéficiaire, le fonds de pension Apollo, interpelle. « Il y a forcément une inquiétude qui se crée lorsque l’on parle de fonds de pension », relève Christophe Husson, de la CFE-CGC. « C’est une source d’inquiétudes », embraie Tarek Zarhdad, de la CGT, qui indique qu’une branche informatique (GIT) basée à Bavans est indirectement concernée par cette cession. Une entité dont 30 à 40 % des effectifs travaillent justement pour la division aménagements intérieurs.
Les syndicats sont inquiets de l’avenir et du projet dessiné par le repreneur. Ils attendent des précisions. Le gestionnaire d’actifs américain Apollo voit quant à lui dans Forvia Intérieurs « un acteur solidement établi », qui sera « idéalement positionné » pour tirer son épingle du jeu en « accédant au statut de société indépendante, dotée d’une direction, de moyens et de ressources qui lui seront entièrement dédiés ».
Dans son propre communiqué, Apollo a mis en avant son « expertise significative dans le secteur automobile », avec, notamment, un portefeuille d’investissements qui comprend, par exemple, l’équipementier automobile américain Tenneco et qui représente au total 28 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Fin 2025, Apollo gérait près de 940 milliards de dollars d’actifs.
Ces derniers mois, Forvia a connu des difficultés, en raison notamment du recul de ses ventes en Chine. Son chiffre d’affaires du premier trimestre a baissé de 6,4%, à 5,13 milliards d’euros (lire notre article). En perte en 2020, 2021 et 2022, le groupe (ex-Faurecia) n’a enregistré depuis six ans qu’une seule année avec un résultat positif, en 2023, suivi d’une perte de 185 millions en 2024. Cette année-là, Forvia avait annoncé 10 000 suppressions d’emplois à réaliser en Europe d’ici 2028. En février dernier, 6 400 étaient déjà effectives.

