« Trump est le meilleur communiquant pour les solutions françaises comme la nôtre », souligne sans ambages Mathieu Candel, responsable de la communication d’Interstis, entreprise informatique basée en Bourgogne-Franche-Comté, au Creusot. « 90 % des entreprises françaises utilisent une solution américaine, mais il y a depuis un an un éveil des consciences », estime-t-il : les responsables d’entreprises et des collectivités comprennent que « la théorie du bouton rouge existe », en faisant allusion aux soupçons de la Cour Pénale Internationale vis-sà-vis de l’administration Trump d’avoir coupé les accès d’un de ses juges à Microsoft.
6 millions d'euros d'aides pour Interstis
Justement, Interstis a été lauréate en 2023 d’un appel à projets dans le cadre de France 2030 pour mettre en place une suite collaborative alternative aux « Gafam » (Acronyme de Google, Apple, Facebook, Amazon, et Microsoft). L’entreprise s’est ainsi vue attribuer une aide de 6 millions d’euros, à raison de 2 millions d’euros par an sur trois ans (deux autres entreprises ont été également lauréates de cet appel à projets, Jamespot et Wiin).
Interstis a été créée en 2014 par Nicolas Huez et Thomas Balladur. À l’origine, l’entreprise a développé une plateforme collaborative à partir des besoins recueillis auprès des besoins des agents du secteur public. Elle a été commercialisée auprès de collectivités territoriales de toutes strates.
En 2020, l’entreprise a développé et diffusé Resana, une plateforme destinée aux services de l’État (ministères, préfectures, académies, etc.). Et enfin, en 2023, est intervenu l’appel à projets France 2030 qui a débouché sur la suite collaborative Hexagone. Moins d’un an après, l’entreprise commercialisait sa première version d’Hexagone.
L’originalité du projet est qu’il repose sur un consortium de sept entreprises, toutes françaises, dont Interstis est le chef de file : Bluemind, Linphone, 3DS Outscale, filiale de Dassault Système, Parsec, Xwiki, Tranquil IT. La suite collaborative propose ainsi d’ores et déjà des outils de messagerie, de bureautique (documents textes, tableur, présentation), de gestion de dossiers. Des outils de téléphonie et de sécurité informatique seront également prochainement proposés.
70 collaborateurs chez Interstis
Plusieurs structures comme la communauté de communes de Chamonix-Mont-Blanc ou l’économat des armées ont déjà adopté les solutions développées par Interstis. L’objectif de 2026 est de développer la clientèle des entreprises, avec pour arguments non seulement la souveraineté, mais aussi des tarifs annoncés 30 % moins élevés que Microsoft. Les logiciels ne sont pas installés sur les postes, mais sont accessibles à distance (en mode SaaS, Software as a Service), avec des abonnements à la carte : les clients composent leur abonnement en fonction des outils dont ils ont besoin.
Intestis a réalisé un chiffre d’affaires de l’ordre de 3,5 millions d’euros en 2024, avec une progression annuelle de l’ordre de 40 % par an. Elle emploie 70 personnes, réparties essentiellement entre Le Creusot, siège de l’entreprise, et Paris. L’effectif ne devrait pas connaitre de hausse dans les prochaines années, mais pourrait reprendre ses recrutements d’ici cinq ou six ans : elle envisage en effet de développer alors son marché hors France, en Europe. Indispensable pour vraiment s’imposer comme une alternative aux géants américains.