Un pari sur l’avenir : en 1999, Belfort accueille un centre de recherches sur la pile à combustible. Le FC Lab est une unité d’appui et de recherche autour des systèmes hydrogène énergie, qui regroupe plus de 150 chercheurs et associe établissements d’enseignement supérieur et laboratoires de recherche. Il est né sous l’impulsion de Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l’Intérieur, et Claude Allègre, ministre de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie (lire notre article).
Un quart de siècle plus tard, le FC Lab existe toujours, reste en lien constant avec les industriels, son ADN, et continue de se développer. Il vient de doubler ses capacités de tests, dans le cadre du programme Durabilithy, en partenariat avec les universités de Toulouse et de Lorraine. « C’est l’unique projet d’équipement scientifique financé dans le programme France 2030 », rappelle la professeure des universités Marie-Cécile Pera, directrice du FC Lab. 12,6 millions d’euros sont fléchés vers ce programme, dont 4,5 millions d’euros pour Belfort.
Un nouveau plateau dédié à l’électrolyse basse température
La plateforme de tests du FC Lab s’intéresse à trois axes. Le premier concerne les systèmes piles à combustible, notamment pour le transport lourd, le ferroviaire ou encore le maritime. Les investissements ont permis d’augmenter la qualité des bancs de tests existants et la durée des tests d’endurance menés par le laboratoire. Deuxième axe du FC Lab : les applications bâtimentaires ; une plateforme modulaire à l’échelle 1 reproduit justement la chaine hydrogène : électrolyse, réservoir d’hydrogène et pile à combustible.
Le troisième axe porte sur l’électrolyse basse température. « Durabilithy nous a donné une formidable accélération », confie Marie-Cécile Péra. Le FC Lab s’est doté d’un plateau de 500 m2, au Techn’Hom, à une centaine de mètres de ses locaux initiaux d’origine pour accueillir les nouveaux équipements. Il a installé ses nouveaux bancs d’essais de tests d’électrolyse, de 1 à 30 KW. Des recherches y sont aussi menées aussi autour de la batterie et des ondes électromagnétiques, générées dans les systèmes hydrogène. Une partie des bancs d’essais sera fabriquée par la société belfortaine H2SYS.
Concurrence asiatique et enjeu des compétences
« Nous augmentons ainsi nos capacités pour tester et valider les concepts développés en recherche et pour mettre les meilleurs moyens techniques à la disposition des industriels du secteur », appuie Marie-Cécile Péra. C’est l’ADN local, ce lien avec le tissu industriel. Car le projet est bien « de disposer de moyens expérimentaux pour accompagner le passage à l’échelle de la filière hydrogène », ajoute-t-elle encore. « La Chine déploie des capacité industrielles à une échelle sans précédents avec des objectifs de dizaines de gigawatts d’électrolyse d’ici 2030. L’Inde vise la production de 5 millions de tonnes d’hydrogène vert par an dès cette même échéance, avec une stratégie offensive pour capter la chaine de valeur », replace Daniel Hissel, professeur des universités en génie électrique, vice-président de l’université Marie-et-Louis Pasteur, en charge de l’innovation. L’Europe doit donc se mobiliser pour répondre à cette course, défend-il. Ces équipements revêtent donc un caractère « stratégique ». Surtout, ils permettant d’assurer une montée en compétences des acteurs, étudiants ou professionnels. « La transition énergétique ne se fera pas sans compétences », insiste Daniel Hissel, qui rappelle l’implantation de l’école de l’hydrogène.
« C’est un équipement d’exception unique en France », salue Hugues Daussy, président de l’université Marie-et-Louis Pasteur. Qui ajoute : « L’hydrogène est un enjeu majeur pour développer l’économie et l’industrie de notre territoire. » L’hydrogène-énergie aura son rôle à jouer dans la décarbonation, pour limiter notre recours « aux énergies fossiles », complète Jean-Marie Wendling, secrétaire général de la préfecture du Territoire de Belfort. « Il est l’élément le plus léger de l’air, mais il porte un poids considérable ici », conclut Hugues Daussy pour souligner la singularité du FC Lab.
