Daniel Hissel, qu’est-ce que le pôle universitaire d’innovation ?
On trouve des pôles universitaires d’innovation (PUI) dans l’ensemble du territoire français. Ce sont des lieux où l’innovation doit se créer. Pour ce faire, le ministère a souhaité regrouper l’ensemble des acteurs de l’innovation d’un territoire. Cela commence par les universités, les écoles d’ingénieurs, mais aussi les organismes de recherche comme le CNRS, l’Inserm, dans le domaine de la santé, ou encore l’INRAE dans le domaine agronomique. On y trouve également les collectivités territoriales, les incubateurs, les sociétés d’accélération du transfert de technologies (SATT) et les pôles de compétitivité. L’idée est de créer les conditions d’émergence de nouveaux projets entre les acteurs de l’innovation académiques et le milieu socio-économique : les industriels, les associations.
Le Pôle universitaire d’innovation Bourgogne-Franche-Comté a organisé Inouih Pro, ce mercredi 27 mai. Qu’est-ce que c’est ?
Nous avons profité du succès de l’initiative Inouih, un événement annuel de vulgarisation scientifique (ouvert au grand public ce samedi 30 mai, à Montbéliard, NDLR), pour adosser un événement plus professionnel. Nous voulions faire ce lien entre les industries, les partenaires socio-économiques et les chercheurs.
C’est vraiment une opportunité pour les entreprises que de travailler avec la recherche publique ?
La recherche publique a trois missions : la formation : la recherche ; mais aussi la création de valeur sur ses territoires, au travers notamment de la valorisation de ses activités de recherche, du transfert de ses activités de recherche ou de relations partenariales avec les acteurs socio-économiques d’un territoire. Avec Inouih Pro, nous sommes complètement dans cette 3e mission des universités, souvent méconnue.
Quelles sont les grandes forces de cette collaboration pour un industriel ?
L’industriel va pouvoir travailler à différents niveaux. On peut démarrer sur un petit projet, dans le cadre d’un stage ou d’un projet tutoré avec un étudiant d’une école d’ingénieur ou d’une université. Et on peut aller sur quelque chose de plus long terme, où l’on partage une feuille de route innovation, au travers de chaires partenariales par exemple (lire ici). On va décliner tout un parcours collaboratif de création, d’idéation entre les chercheurs et les secteurs socio-économiques, passant par la mise en place de thèse Cifres, avec l’accueil d’un doctorant pendant 3 ans, des contrats de collaboration de recherches ou des prestations de services, opérées par exemple par les plateformes de recherche (comme le FCLAB, NDLR).
Est-ce accessible financièrement pour les entreprises ?
Complètement ! Il y a toujours une contrepartie financières, mais elle est relativement modique. Pour une thèse Cifres, nous avons coutume de dire que pour l’industriel, le salarié – qui a au minimum bac + 5 et qui finira avec un Bac + 8 – sera payé au Smic pendant trois ans. Il va bénéficier d’une prestation de haut niveau à un coût extrêmement réduit. En plus, il va accompagner son propre salarié dans un gain de compétences et dans une acculturation aux dernières innovations produites par le milieu académique.
Est-ce que aussi une manière de valoriser une richesse insoupçonnée de la recherche locale des territoires ?
Les entreprises vont trouver dans un territoire proche, à quelques kilomètres ou quelques mètres de son lieu d’exercice, l’ensemble des compétences dont elles vont avoir besoin pour produire de l’innovation ou traiter des problèmes identifiés sur son process industriel, sur ses objets industriels, sur sa façon d’exploiter ses outils. Le tissu universitaire, dans sa diversité, va pouvoir accompagner cet industriel au mieux, au plus proche de ses activités, en confiance.
Ce type de relation permet-elle aussi de faciliter les recrutements ?
Dans des secteurs en tension, l’appropriation par l’étudiant d’une part de l’entreprise et par l’entreprise d’une part de l’étudiant, de l’université et des laboratoires de recherche dans lesquels il évolue, est fondamentale.
Je suis une entreprise. Quelle est la première chose que je peux faire si je veux me lancer dans cette collaboration avec la recherche publique ?
Il faut contacter le PUI, qui sert de point d’entrée unique pour l’ensemble des partenaires d’un territoire, pour l’ensemble des sujets d’un territoire et pour l’ensemble des modalités d’accompagnement d’une problématique portée par une entreprise.

