L’intelligence artificielle (IA) a fait une entrée fracassante depuis quelques années parmi les outils numériques des entreprises comme des particuliers. Mais aussi dans la délinquance sur internet. C’est un des thèmes abordés par Myriam Quéméner et Amélie Köcke dans leur livre intitulé Cyberarnaques – Comprendre, anticiper, se défendre.
Myriam Quéméner, magistrate et spécialiste du droit du numérique et de la cybersécurité, interviendra lors de la cérémonie de Cap Cyber 2026 ce jeudi 23 avril à la CCI du Territoire de Belfort. Elle interviendra aussi le vendredi 24, à 9 h, sur le thème « Entreprises et cyberattaques : réponses en matière de cybersécurité ».
L’ouvrage qu’elle a co-écrit avec Amélie Köcke aborde entre autres la question de l’IA dans les fraudes en ligne. « L’intelligence artificielle fournit aux délinquants de nouveaux outils en leur permettant de copier à l’infini des lignes de code, pour multiplier le nombre de cibles. (…) Si des articles relatent son utilisation par des pirates pour conduire des attaques toujours plus sophistiquées, son principal intérêt est d’augmenter la productivité des cybercriminels, d’améliorer la sophistication et l’efficacité de leurs attaques, ainsi que la crédibilité de leurs escroqueries, voire de les réaliser dans des langues qu’ils ne maîtrisent pas. »
Elle apporte en exemple les deepfake, avec plusieurs techniques :
- le face swap : qui consiste à placer le visage d’une personne sur un autre corps ;
- le face to face, qui consiste à faire prononcer des propos fictifs à une personne avec le bon mouvement de lèvres ;
- le lunc syc, qui permet d’obtenir un résultat vocal hyper réaliste.
« On assiste au développement du deepfake et au détournement de la reconnaissance vocale et faciale : fraude au président, violation de systèmes d’accès, vols d’informations stratégiques, fausses informations… avec une hausse du nombre d’escroqueries et de fraudeurs amateurs sans compétence informatique aidés par l’IA générative. »
L’IA aussi pour les outils de lutte contre la fraude
Si la cybercriminalité gagne en efficacité grâce à l’IA, les outils de lutte contre la fraude également. « Le recours à l’IA permet par exemple d’améliorer « l’expérience utilisateur », mais également d’automatiser et d’optimiser les processus internes. Le recours à l’IA se fait aussi pour le contrôle et la maîtrise des risques, comme en témoigne son succès dans les cas d’usage liés à la lutte contre la fraude ou contre le blanchiment et le financement du terroriste », expliquent Myriam Quéméner et Amélie Köcke dans leur ouvrage. Elles citent l’utilisation de l’IA pour mieux authentifier les clients, analyser des comportements sur le web qui peuvent faire penser à des arnaqueurs.
Elles imaginent également que, au-delà de l’IA, la technologie quantique pourrait encore apporter des possibilités : « Les ordinateurs quantiques pourraient à l’avenir ainsi constituer un moyen essentiel pour la lutte contre la fraude, à travers leur forte capacité théorique de stockage et leur rapidité de traitement. »
- Cap Cyber, les 23 et 24 avril à la CCI du Territoire de Belfort. Programme et inscriptions sur cap-cyber.eu
Avoir recourt à l’IA sans exposer ses données
Pouvoir disposer de la puissance de l’IA tout en conservant la maîtrise de ses données. C’est avec cette motivation qu’Illicoweb, agence de développeurs web installée à Morvillars, dans le Territoire de Belfort (et partenaire du Trois pour la réalisation de son site) vient d’investir 10 000 euros dans un serveur dédié. « C’est une machine dédiée à l’IA, sur laquelle nous installons des modèles d’IA disponibles en open source, comme Gemini et Mistral », explique Stephan Einhorn, dirigeant d’Illicoweb.
Les clients peuvent alors interroger l’IA avec une interface qui ressemble à ChatGPT, avec surtout la possibilité d’ajouter des documents propres à une entreprise ou une association, puis d’exploiter ces données en interne via la bibliothèque de documents ainsi créée
« Les agents d’IA fonctionne de manière autonome et nous écrivons des outils spécifiques aux besoins de nos clients », développe Stéphan Einhorn. Une solution qui permet non seulement de garder la maîtrise de ses données, mais aussi de maîtriser les coûts d’abonnement. Le dispositif permet également de l’enrichir par le retour d’expérience via l’enrichissement de données par les équipes de production.
Illicoweb travaille par exemple actuellement sur l’intégration de la législation sur la chasse, afin de pouvoir proposer aux communes un accès à des informations juridiques. Stéphan Einhorn estime que ce type de solution représente l’avenir de l’informatique, aussi bien en matière de souveraineté que de maîtrise des coûts. Illicoweb emploie actuellement sept ETP (équivalents temps plein) et réalise un chiffre d’affaires annuel de l’ordre de 600 000 euros.
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