Virginie Gillet est lauréate 2025 d’Initiative au Féminin, concours organisé par le dispositif d’aide à la création – reprise d’entreprise. Elle est aussi lauréate du Réseau Entreprendre, qui a organisé sa soirée de remise des prix 2025 le 26 février.
« Pour Initiative au féminin, je me suis demandé « Pourquoi moi », s’étonne Virginie Gillet. Son parcours semble être la réponse à cette question : rien ne la prédisposait à devenir cheffe d’entreprise. C’est sa vie professionnelle au sein de l’industrie qui l’a amenée à reprendre une entreprise à Bavilliers, près de Belfort : Advinsi.
Virginie Gillet a effectué un BTS en alternance dans une entreprise industrielle, où elle est restée bien après sa formation, puisqu’elle y a finalement passé treize ans, d’abord comme commerciale sédentaire, puis comme commerciale itinérante. Elle a ensuite rejoint une entreprise de Burnhaupt, dans le Haut-Rhin, où elle est restée dix ans, comme responsable commerciale.
Elle est ensuite devenue responsable d’Advinsi, à Bavilliers. La dirigeante d’alors a fait appel à elle suite au décès de son mari, pour lui apporter les compétences techniques en même temps que la réactivité commerciale. Quelques temps après, la dirigeante a cherché à céder son entreprise et est entrée en contact avec un investisseur. Quand Virginie Gillet l’a appris, elle a vite réagi : « Ça a raisonné comme une évidence pour moi. Je me suis vite positionnée et on a monté le projet ensemble », décrit-elle. Et elle a racheté Advinsi en juillet 2025. Une transition en douceur : la cédante est restée dans l’entreprise jusqu’en novembre, avant de poursuivre sa carrière dans la direction d’un hôtel.
Valérie Gillet est une des rares femmes à diriger une entreprise industrielle dans le nord Franche-Comté. Pour elle, la difficulté, même si elle existe pour une cheffe d’entreprise, est plus liée au travail féminin dans le milieu industriel, très masculin. Elle se souvient qu’à ses débuts, être une jeune femme en face d’un responsable de maintenance n’était pas facile : « J’ai été mise à l’épreuve deux fois plus qu’un homme pour obtenir la confiance. Il fallait que je prouve deux fois plus que je savais de quoi je parlais dans le domaine technique. Cela demande de la persévérance et de l’adaptabilité. » Et aujourd’hui, dans ses fonctions de cheffe d’entreprise, elle se dit fière de la confiance à la fois de son équipe et de ses clients.
Consolider l’entreprise
Advinsi est spécialisé dans la réparation de moteurs électriques, notamment le bobinage en cuivre. Une spécialité qui demande des compétences spécifiques assez pointues pour lesquelles les formations ont disparu dans la région. Plus largement, l’entreprise effectue des révisions, réparations de systèmes de pompage, motoréducteurs, moteurs électriques, variateurs de fréquence. Elle assure des prestations de maintenance préventive et prédictive : analyses vibratoires, lignage laser, équilibrage, analyse d’huiles.
L’entreprise emploie 12 personnes, dirigeante comprise : sept salariés à l’atelier (un électro-technicien, des électro-mécaniciens, un chauffeur), ainsi que deux binômes commerciaux (un itinérant / un sédentaire) et une personne en alternance pour l’administratif.
L’entreprise intervient essentiellement pour des industriels du Territoire de Belfort, du Doubs, de la Haute-Saône et du Haut-Rhin. « Dans un rayon d’environ une heure et demi de route, décrit Valérie Gillet. La réactivité est très importante pour les clients. Cela fait partie de la relation de confiance qu’on a avec eux : ils veulent qu’on leur apporte des solutions de réparation rapides. »
Le projet de reprise de Valérie Gillet ne repose pas prioritairement sur des objectifs de développement du chiffre d’affaires, mais sur une consolidation de l’entreprise et une restauration de sa bonne santé financière. En 2023, le résultat net était d’environ 1700 euros, en 2023 de l’ordre de 4000 euros (pour un chiffre d’affaires d’un peu plus de 2,3 millions). En 2025, le résultat monte à 40 000 euros, pour un chiffre d’affaires de 2,5 millions d’euros. Une progression liée en grande partie à la réduction des coûts. « Je prends dossier après dossier, explique Valérie Gillet. Je suis en train de regarder les contrats d’énergie, qui nous coûtent très cher. L’objectif est de sécuriser l’activité, d’avoir des chiffres cohérents, à effectif à peu près constant. »
Anticiper les retraites
Autre enjeu important : la gestion des ressources humaines. Cinq salariés de l’entreprise doivent faire valoir leur droit à la retraite dans les sept ans, avec un départ tous les ans à partir de 2027. Valérie Gillet cherche à anticiper ces départs annoncés. Elle a déjà identifié des profils dans son réseau et mise sur des recrutements avant même le départ des salariés, afin de mettre en place des processus de transfert de compétence. « Je crois que la motivation peut faire qu’on apprend, indique-t-elle au sujet de la formation en interne. Cela coûte cher à l’entreprise, mais c’est intéressant à terme. »
En tant que nouvelle cheffe d’entreprise, elle reconnaît avoir aussi beaucoup à apprendre. C’est pour cela qu’elle apprécie la démarche du Réseau Entreprendre, avec les échanges mensuels avec un chef d’entreprise accompagnant et des rencontres mensuelles avec les autres lauréats. « C’est une transmission d’égal à égal », se réjouit-elle.
Le Réseau Entreprendre lui a permis aussi de bénéficier d’un prêt d’honneur, tout comme le dispositif Initiative Doubs-Territoire de Belfort. Elle a obtenu également une avance remboursable de la Région Bourgogne-Franche-Comté et d’Aire urbaine investissement.