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Jérémy Durand : « Le principe n’est pas de leur apprendre, mais de leur transmettre »

Un artiste accompagné lors d'une représentation.
L'opération Iceberg voit le jour en 2014 sous l'impulsion des Eurockéennes et la fondation CMA. | © Opération Iceberg - Stéphanie Durbic
Interview

Depuis plus de dix ans, l’Opération Iceberg accompagne des artistes français et suisses émergents. Jérémy Durand, chargé de production et de coordination, revient sur le fonctionnement du dispositif.

Qu’est-ce que l’Opération Iceberg ? 

L’Opération Iceberg est un dispositif d’accompagnement transfrontalier d’artistes émergents. C’est la définition qu’on lui donne. Cette opération existe depuis une dizaine d’années (depuis 2014, NDLR) et qui a eu différentes formes. Il a été créé par Les Eurockéennes de Belfort (lire notre article) et la FCMA la Fondation pour la création musicale actuelle en Suisse romande. Nous travaillions avec les salles de la région. On va appeler ça grande région, c’est-à-dire que nous avons un partenaire à Strasbourg qui est l’espace Django, nous allons avoir le Noumatrouff à Mulhouse, la Poudrière à Belfort, le Moloco à Audincourt, la Rodia à Besançon, la Vapeur à Dijon. Nous avons le même circuit côté Suisse romande : le SAS à Delémont, le Nouveau Monde à Fribourg, la Case-à-Chocs à Neuchâtel, l’Abri à Genève, la Romandie et les Docks à Lausanne, la Port Franc à Sion. En gros, nous avons treize partenaires au total, dont douze salles qui accompagnent les artistes (une salle accompagne un artiste ou un groupe donc cette année douze artistes sont accompagnés, NDLR).

Comment sont sélectionnées les promotions d’artistes ? 

Il y a une première sélection de deux artistes par salle. De notre côté, les Eurockéennes et la FCMA, nous nous réunissons un week-end, en règle générale à l’automne de l’année précédente, pour finaliser cette sélection. Il n’y a pas vraiment de cahier des charges à la base, mais il y a plutôt des critères artistiques et temporels. Nous nous posons la question : est-ce que c’est utile, aujourd’hui, de les accompagner ? Est-ce que le groupe à deja été accompagné ? L’Opération Iceberg intervient dans un second temps. Les artistes qui sont présents ont déjà, soit un vécu artistique avec des dates, soit déjà eu un accompagnement par des salles. Des cas exceptionnels peuvent arriver de temps en temps, parce qu’on connaît les artistes, on les a déjà fait travailler, on les a déjà vus sur d’autres projets. C’est le cas de Pøgø, nous sommes partis de zéro avec les deux musiciens, c’était vraiment le challenge. Par contre, le duo était déjà confirmé dans la région, il avait déjà tourné avec d’autres projets. Sinon, nous sommes vraiment ouverts à toutes les musiques actuelles au sens très large du terme. Nous avons du métal, du rap, de l’électro, en passant par du jazz et ses dérivés. Notre limite est la musique actuelle, donc nous n’allons pas prendre de la musique classique par exemple.

Comment se déroule l’année pour les artistes ? 

Depuis la création de l’Opération Iceberg, le format a évolué. Initialement, le projet avait eu lieu sur deux ans. Mais à partir de 2018, nous sommes partis sur une formule à l’année avec un accompagnement en deux temps. En premier lieu, il y a un travail en résidence sur trois jours.Les artistes français vont en Suisse et les Suisses viennent en France. L’idée est d’aller dans une salle et de travailler avec un coach. Nous prenons des coachs qui sont des formateurs. Nous aimons bien travailler avec des coachs qui sont artistes, pour avoir une collaboration de pair à pair. Le principe n’est pas de leur apprendre, mais de leur transmettre de l’expérience, des idées, des manières de faire. Tous les ans, il y a de nouveaux intervenants qui arrivent. Mais, bien entendu, nous avons toujours notre vivier d’habitués. Quand nous travaillons avec un artiste, nous faisons un premier diagnostic en début d’année. Nous définissons ensemble plusieurs personnes qui pourraient correspondre aux besoins d’accompagnement. 

Dans un second temps, il y a l’Iceberg Camp. À quoi sert ce moment de formation ?

L’Iceberg Camp, qui a lieu en règle générale entre septembre et novembre, ça dépend des années. Cette année ce sera du 20 au 22 octobre à la Vapeur à Dijon. C’est un camp qui est à la fois en France et en Suisse. Et donc là, c’est un autre format, il n’y a pas de travail en résidence. Nous réunissons tout le monde comme une colonie de vacances. Pendant trois jours, nous allons évoquer des sujets qui évoluent tous les ans. Nous pouvons autant parler de choses très terre à terre comme l’usage d’un logiciel dans la musique et puis de choses beaucoup plus sociologiques ou politiques. On peut parler de l’IA, de la liberté d’expression, de programmation. Nous faisons aussi des rencontres avec des médias, des programmateurs… Ça peut être plein de sujets comme ça. D’une année à l’autre le programme n’est jamais le même mais il y a un sujet qui revient toujours : la santé du musicien. Nous avons mis ça en place en 2022 puisque nous nous sommes rendu compte que grâce aux échanges entre les artistes, il y avait parfois des collaborations qui se créent. En parallèle, tout au long de l’année, nous échangeons régulièrement avec les artistes. Cela peut être des questions comme : qu’est-ce que vous pensez de mes nouveaux morceaux ? Qu’est-ce que vous pensez de mes visuels ? Est-ce que vous avez des contacts ?

Avec l’émergence des réseaux sociaux, l’Opération Iceberg a dû adapter sa formation ?

Le sujet des réseaux sociaux, on l’évoque, mais peut-être pas tous les ans. Nous avons fait venir des intervenants sur Facebook, puis Instagram et aujourd’hui TikTok. Nous essayons en tout cas de leur amener ces outils-là. Certains artistes se sentent complètement détachés des réseaux sociaux, ils ne s’y intéressent pas. D’autres sont déjà bien plus compétents que la majorité de ceux qui sont autour de nous. Aujourd’hui, il faut vivre avec ça. Nous leur amenons des moments d’échanges pour évoquer des notions techniques mais aussi des questions comme : comment parler à son public.

Est-ce qu’en plus de dix ans d’existence, les styles musicaux des artistes ont changé ?

Dans le territoire, nous avions quand même très peu d’artistes urbains comme le rap. Aujourd’hui, ce n’est pas une majorité mais les artistes rap sont plus présents dans les sélections. C’est surtout vrai depuis les années covid. Le rap n’était pas absent avant mai les artistes locaux, régionaux n’étaient pas identifiés par les salles de spectacles. Mais d’une année à l’autre il n’y a pas vraiment de règle. Il y a des années où on peut avoir deux ou trois propositions rock, métal, comme des années où nous n’en avons pas du tout. Nous n’avons pas cette notion de se dire il faut un groupe de rock, un groupe de rap et cetera.

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