« Fais une belle ascension et fonce dans le filet pour éclater le ballon ! » Le caporal-chef S Johann distille ses consignes. Sur le terrain d’entraînement des Perches du 35e régiment d’infanterie, la cellule drone du régiment a aménagé un parcours d’obstacles. Moniteur vidéo devant les yeux, le caporal-chef Sébastien prend les commandes d’un drone FPV (first person view ou pilotage en immersion). Il termine un stage de trois semaines dédié au pilotage des drones. Un stage monté et piloté par la cellule drone du régiment, mise en place au mois de janvier pour accompagner la montée en charge du 35 sur cette compétence. En ce début du mois d’avril, le régiment d’infanterie mécanisée de Belfort se met en ordre de bataille. Il se prépare à partir sur l’exercice Orion (lire notre article), qui consiste à se préparer à un conflit de haute intensité.
Les gestes du militaires sont précis sur la manette de commande. « Il ne faut pas faire de gestes brusques », valide le caporal-chef Sébastien, l’un des dix stagiaires. Surtout que le pilotage d’un FPV n’est pas du tout intuitif. Il n’a pas de stabilisateurs. Il faut toujours faire une action pour le maintenir en vol. Les stagiaires se sont d’abord initiés sur simulateur. Le drone FPV peut foncer à plus de 100 km/h. Il a l’avantage de pouvoir embarquer une charge explosive et d’être utilisé comme drone kamikaze pour détruire des capacités ennemis. Son temps de vol se mesure en dizaine de minutes et sa projection, à une poignée de kilomètres.
Dans toutes les compagnies, des drones
Avec ses lunettes sur la tête, qui s’apparentent à un casque de réalité virtuelle, le télé-pilote voit comme s’il était aux commandes du drone. « On a un peu la sensation de voler », confie le caporal-chef Sébastien. On est en totale immersion. Dans son monde. Autour de lui, les militaires font le guet pour surveiller si des aéronefs, notamment des hélicoptères, peuvent passer dans sa zone de vol. En opération, d’autres assureraient aussi sa protection car il n’a aucune prise sur son environnement direct.
Le stage d’avril visait à prendre la main sur les drones d’observation et d’obtenir une qualification. Le FPV était une simple découverte. L’ensemble des unités du régiment sont dorénavant équipées de drones. « Et dans toutes les compagnies, on trouve des dronistes », expliquent les militaires en charge du stage. La montée en charge se poursuit.
Les unités disposent notamment du Black Hornet 3 (BH3), un drone de poche utilisé pour la reconnaissance ; il mesure 16 cm, pèse 33 gr et peut voler 20 minutes, à une vitesse de 19 km/h. Surtout, il ne fait aucun bruit et peut être utilisé en intérieur. Autre apprentissage : le pilotage des drones Parrot ou Delco, de l’entreprise française l’Harmattan AI. Leur envergure est plus grande, leur bruit aussi. Mais ils volent haut, à plusieurs centaines de mètres d’altitude et permettent de voir très loin, à plusieurs kilomètres grâce à un objectif haute performance. On peut jouer avec le soleil, pour se dissimuler, ou avec le vent, pour limiter son bruit.
En ce jeudi après-midi, un militaire passe justement sa qualification. Depuis les airs, il doit découvrir une cache d’armes ; il utilise la technique de l’escargot pour quadriller son terrain. Lorsqu’il repère une arme, il note les coordonnées pour les transmettre à ses supérieurs.
« Le drone est un outil essentiel »
Cagoule sur la tête, le militaire est membre du groupe commando blindé du régiment. Pour lui, le drone permet d’aller prendre des renseignements en limitant l’exposition de l’unité et en limitant le risque de se faire repérer. À chaque type de drone, son intérêt. Avec le drone stabilisé Delco, on détecte. L’unité peut alors avancer. Elle utilise ensuite le BH3 pour confirmer son premier renseignement. Puis elle pourrait envoyer un drone FPV pour détruire éventuellement une cache d’armes et causer des dommages à ses adversaires.
Cette nouvelle réalité a été bien éprouvée pendant Orion, comme l’indique le colonel Franck Duchemin, le chef de corps du 35 (lire notre article). La cellule drone permet d’accélérer la formation des pilotes et de la mettre en place en interne avec plus d’agilité. L’unité s’est aussi dotée d’une imprimante 3D afin d’être en capacité de fabriquer des éléments et de réparer les drones, tout en ayant une capacité d’innovation pour les faire évoluer en fonction des besoins. Une centaine de dronistes seront formés en 2026 informe le régiment. Dès la fin des classes, on fait des détections pour repérer des profils de pilotes. « Le drone est un outil essentiel, assure le sergent Sami, l’un des cadres de la cellule. C’est l’avenir. » Le 35e régiment d’infanterie a déjà les yeux tournés vers ce futur.




