« C’est une bonne nouvelle », s’enthousiasme Laurent Santoire, délégué syndical de la CGT d’Arabelle Solutions. Même son de cloche du côté de la CFE-CGC. « C’est un beau projet industriel qui va dynamiser notre agglomération », déclare Laurent Humbert, de la CFE-CGC. Les deux sont élus au comité social et économique de l’entreprise, à l’échelle centrale.
Le 22 janvier, Bertrand Fontana, le président d’EDF, annonçait un investissement de 350 millions d’euros pour le site d’Arabelle Solutions, filiale à 100% d’EDF, à Belfort ainsi que la construction d’un nouveau bâtiment de 20 000 m2 (lire notre article). Le site belfortain va bénéficier de ces investissements pour « la mise à niveau de l’outil industriel du site » ainsi que pour « répondre, dans un premier temps, aux besoins du programme EPR2, et dans un second temps, à ceux des augmentations de puissance du parc existant », avait développé Bertrand Fontana. Pour Christian Mougenot, délégué syndical de la CFDT, ces investissements se traduiront par l’implantation de machines d’usinages. Depuis le début de l’année, Arabelle Solutions a vu de nouvelles commandes arriver de Pologne (lire notre article), Chine et des États-Unis.
« On va augmenter la capacité, on va monter à deux blocs turbo alternateurs par an de plus », liste Laurent Santoire. Pour le délégué syndical CGT, ces investissements illustrent aussi les moyens donnés pour relancer le programme électronucléaire français. Malgré un certain retard. « Le travail de la direction et de Bernard Fontana doit être salué. On ne peut pas voir le nucléaire autrement que par le temps long et par l’investissement dans une filière industrielle », souligne-t-il.
Les conséquences du rachat de la branche énergie de GE
Arabelle Solution est l’entité née du rachat de la branche nucléaire de General Electric par EDF ; celle-ci avait été vendue à l’Américain par Alstom, en 2015. « À l’époque, on a bien eu raison, à la CGT, de demander la nationalisation de toute la branche énergie », se remémore Laurent Santoire. Plus d’un an et demi après le rachat de la filiale par EDF, le site belfortain compte plus de 1 300 salariés. Laurent Humbert, délégué CFE-CGC en est convaincu : ce projet d’investissement est le bon moment pour « une remise en cause, nécessaire afin d’évacuer le poison qu’a laissé GE dans nos process, autant techniques que managériaux ».
Pour le délégué CGT, ce projet est aussi nécessaire pour équilibrer les comptes de l’entreprise. Avant Arabelle Solutions, GE Steam Power était concentré sur la production de centrales à charbon. « Aujourd’hui, c’est vraiment une période de reconversion imposée par la transition énergétique », ajoute Laurent Santoire.
Du coté de la CFDT, Christian Mougenot préfère ne pas se réjouir trop vite. « On garde les pieds sur terre. Il faut que le plan soit déroulé jusqu’au bout. On a quand même en tête les mauvaises expériences du passé où il y a déjà eu de gros effets d’annonce. »
Recrutement de 300 à 500 personnes
Arabelle Solutions a annoncé le recrutement de 300 à 500 personnes d’ici 2029. Pourtant, pour Laurent Santoire, tout n’est pas si rose dans cette annonce. « Il ne suffit pas de dire qu’on va investir dans les hommes, mais il faut leur donner envie d’y être et d’y rester », réagit-il, ayant évidement à l’esprit les tensions de l’automne.
La bataille de la CGT : revoir profondément la gestion du personnel. Et cela passe par la revendication d’un statut. « C’est-à-dire les avantages sociaux, par exemple des primes d’ancienneté ou des jours d’ancienneté », développe le délégué CGT. La même constat est fait par Laurent Humbert : « Nous attendons également un vrai changement de cap sur la politique sociale que la CFE-CGC aura à cœur d’accompagner. »
« À la CFDT, on a une inquiétude, ce sont les expertises, les compétences et la transmission des savoir-faire », précise Christian Mougenot. La charge de travail due aux contrats va arriver rapidement et la CFDT s’inquiète que les nouveaux-arrivants ne soient pas formés à temps. « Si l’ancien part et qu’il ne forme pas le nouveau, et bien on peut enregistrer des pertes de compétences », alerte-t-il.