« C’est un moyen de pression contre l’État. » Au forum Hydrogen Business for climate, à Belfort, le 4 décembre, Philippe Boucly, président de France Hydrogène, a livré son analyse du désengagement supposé d’Alstom dans la technologie hydrogène, comme l’avait dévoilé La Lettre, au mois de novembre.
Cette phrase fait surtout écho à une réunion organisée à l’Élysée avec des cadres de l’industriel, rapportée par plusieurs sources. Cette réunion abordait la décision du gouvernement de suspendre le financement de projets hydrogène développés avec le projet important d’intérêt européen commun (Piiec) Hydrogène. À l’été 2022, 247 millions d’euros avaient été validés à l’adresse d’Alstom, dans le cadre de ce programme nommé Hy2Tech. Les Piiec correspondent à des fonds français, autorisés par l’Europe. Dans le cadre de l’adaptation de sa stratégie hydrogène, l’État a décidé de lever le pied. Et n’envisage donc pas de donner l’ensemble des crédits évoqués.
C’est dans ce contexte qu’Alstom freine ses recherches, informe le constructeur de trains, sollicité sur ce dossier. « Alstom n’a en aucun cas annoncé l’arrêt des trains à hydrogène ! » a-t-il répondu. Mais il confirme que « certains projets de R&D soutenus par le PIIEC ont été mis en pause ». Il pointe du doigt le retrait de l’État, ses incohérences et son inconsistance. « Afin que l’élan dans le domaine de l’hydrogène ferroviaire se poursuive, nous avons besoin d’un soutien durable, estime Alstom. Aucune entreprise, y compris Alstom, ne peut construire seule un écosystème énergétique entièrement nouveau. »
Les trains hydrogène seront livrés à la Bourgogne-Franche-Comté par Alstom
Alstom a été le premier à investir dans les solutions ferroviaires à hydrogène. Aujourd’hui, il revendique 14 trains de cette technologie, en service commercial. Il croit toujours en la technologie hydrogène, là où le coût de l’électrification serait trop élevé. « Aujourd’hui, même si les batteries ont fait des progrès significatifs en termes de capacité, les trains à hydrogène restent la seule solution viable pour remplacer les trains diesel sur des lignes à longue distance non électrifiées », assure Alstom.
Alstom continue d’investir dans la technologie du train à hydrogène, même si de la R&D est en suspens, appuie encore le constructeur. « Nous honorerons tous les accords contractuels en matière de livraison, de maintenance et d’exploitation », promet-il. Notamment en Bourgogne-Franche-Comté, où le conseil régional a commandé trois rames, pour un montant de 52 millions d’euros. La première rame est attendue fin 2026, comme l’a confirmé au Trois Jérôme Durain (lire notre article), le président socialiste du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. Dans un article de La Tribune, Michel Neugnot, vice-président en charge des mobilités, a confié que le train serait doté de la nouvelle génération de pile à combustible. C’est l’adaptation du modèle Regiolis, produit aujourd’hui par CAF, qui a été le plus grand challenge, car les opérateurs souhaitaient conserver un espace voyageur identique entre les deux motorisations.
Alstom Belfort travaillait sur le fret hydrogène
Comme le rappelle La Tribune, Alstom travaille sur trois programmes distincts en termes d’hydrogène : les briques de base avec le développement de composants fondamentaux ; les trains régionaux ; et les locomotives à hydrogène, qu’avait dévoilé Le Trois (lire notre article). Les projets liés au Piiec et mis à l’arrêt ne concernent que le 1er et le 3e programme et non pas le programme des trains régionaux. Ce troisième pan de développement autour du fret concerne notamment Belfort. Mais Alstom précise que l’usine de Belfort « n’est pas significativement impacté par cette mise en pause ».
« L’avenir du train à hydrogène dépend d’un engagement coordonné de l’ensemble du secteur, insiste Alstom, dans sa communication : Un soutien public cohérent, des investissements sur le long terme, des partenariats industriels solides et une vision commune de la décarbonation des réseaux ferrés qui ne peuvent pas être électrifiés. » L’usine belfortaine est particulièrement mobilisée sur la montée en charge de la production du TGV du futur, dont les commandes se multiplient.
Alors, coup de pression ? « Alstom s’engage activement et de manière constructive avec ses partenaires et les décideurs politiques, y compris le gouvernement français, afin de protéger et de faire progresser les activités de R&D essentielles dans le domaine de l’hydrogène ferroviaire », écrit l’industriel. À bon entendeur…
