Les chiffres annoncés par Henri Poupart-Lafarge, p-d.g. d’Alstom, avaient de quoi donner le sourire au ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, venu visiter le site d’Alstom Belfort, berceau du groupe, ce vendredi 30 janvier. « Dix ans après la période la plus difficile qu’ait connu le site de Belfort, votre visite marque sa renaissance, s’est réjoui le dirigeant, en faisant allusion aux menaces de fermeture d’alors. Il va connaitre un pic d’activité incroyable. Nous allons produire soixante motrices de TGV par an ; c’est du jamais-vu ! » Le rythme de production le plus élevé jamais atteint à Belfort était de quarante motrices.
Procédés nouveaux et compétences nouvelles
Le site de Belfort va aussi produire 55 locomotives pour l’Ukraine, grâce à des financements européens. La production des premier « chaudrons » (l’armature d’une loco réalisée en chaudronnerie) doit démarrer en mai-juin pour de premières livraisons fin 2026. Cette commande finalisée à l’automne 2025 était espérée en 2022, mais l’invasion de l’Ukraine par la Russie a bouleversé le calendrier. Alstom Belfort a cherché à se diversifier pour faire face à la chute des commandes ces dernières années. L’usine belfortaine en récolte les fruits aujourd’hui, avec par exemple un monorail destiné à la République dominicaine, dont la production des 52 exemplaires démarrera en juillet. « Il nécessite des procédés nouveaux et des compétences nouvelles », souligne David Journet, directeur du site de Belfort. Les locomotives pour l’Ukraine et le monorail nécessitent la mise en place de nouvelles lignes de montage. Belfort va également produire 55 locomotives destinées au Kazakhstan et en Azerbaïdjan
L’activité de service s’est aussi développée, avec actuellement 150 personnes sur le site, et des marchés comme la rénovation du tram de Lyon ou la rénovation de trains suburbains au Canada.
Cette relance du carnet de commande est accompagnée d’un plan d’investissements de 30 millions d’euros sur le seul site de Belfort, dont 10 millions pour le bâtiment dont la première pierre a été posée mi-novembre, non pas au Techn’hom où est le site historique d’Alstom, mais le long de la voie ferrée, derrière la Maison du peuple.
Autre conséquence : l’annonce du recrutement de 200 personnes en 2026. Un véritable défi en soi, notamment pour les soudeurs-chaudronniers, qu’Alstom entend relever en s’appuyant sur la formation (lire notre article).
Mais au-delà du site de Belfort, Henri-Poupart-Lafarge (qui doit quitter la présidence d’Alstom le 1er avril 2026), parle d’une « renaissance industrielle » d’Alstom en France, avec une hausse de 70 % de la production de voitures en deux ans et des investissements à hauteur de 150 millions d’euros en France (dont les 30 millions pour Belfort).
« C’est toute la puissance industrielle de la Frane qui rayonne ici ! »
Un succès qu’il associe au développement de nouveaux produits. Ainsi, le nouveau TGV-M est selon lui la première innovation complète en matière de grande vitesse depuis trente ans et le TGV Duplex, même si le TGV a connu diverses améliorations entre temps. Alstom consacre 500 millions d’euros par an à la recherche et développement. Et 20 % de la production d’Alstom part à l’exportation.
Bref, un tableau qui ne pouvait que réjouir le ministre délégué à l’Industrie, chantre de la réindustrialisation de la France. « Y a-t-il tant de pays dans le monde capables de faire ce que nous avons vu aujourd’hui et d’exporter des TGV, des trains, des avions, des voitures, des sous-marins », s’est-il enthousiasmé en saluant la volonté conjointe des élus et des entreprises. « C’est toute la puissance industrielle de la Frane qui rayonne ici ! »
