Un crime sans corps : Nicolas Zepeda jugé pour l’assassinat de Narumi Kurosaki

Le dernier post Facebook de Narumi Kurosaki, en novembre 2016

Une histoire d’amour sur plusieurs continents, Besançon comme théâtre d’une dernière rencontre et un corps introuvable : le Chilien Nicolas Zepeda répondra à partir de mardi devant la cour d’assises du Doubs de l’assassinat qu’il a toujours nié de son ex-petite amie japonaise Narumi Kurosaki, disparue depuis décembre 2016.

AFP – Angela Schnaebele et Marie Julien

Une histoire d’amour sur plusieurs continents, Besançon comme théâtre d’une dernière rencontre et un corps introuvable : le Chilien Nicolas Zepeda répondra à partir de mardi devant la cour d’assises du Doubs de l’assassinat qu’il a toujours nié de son ex-petite amie japonaise Narumi Kurosaki, disparue depuis décembre 2016.

Avec des traductions simultanées en espagnol et en japonais et des témoins interrogés en visioconférence depuis le Japon ou le Chili, l’audience qui s’ouvrira mardi à 09h30 donnera le coup d’envoi d’un procès hors du commun, prévu pour se prolonger jusqu’au 12 avril. Étudiante boursière brillante, arrivée à Besançon à l’été 2016 pour apprendre le français, Narumi Kurosaki, 21 ans à l’époque, a disparu depuis le 4 décembre 2016. Son ex-petit ami, Nicolas Zepeda, avec qui elle avait rompu l’automne précédent, est le dernier à l’avoir vue vivante. « Ses parents savent, au bout de cinq ans, que leur fille n’a pu ni disparaître ni se donner la mort. (…) Ils n’ont aucun doute que monsieur Zepeda l’a tuée », affirme Me Sylvie Galley, avocate de la famille de Narumi, dont la mère et la plus jeune soeur feront le voyage depuis Tokyo. Selon l’accusation, le jeune Chilien qui ne supportait pas la rupture serait venu la retrouver à Besançon et l’aurait tuée dans sa chambre universitaire, avant de se débarrasser du cadavre dans les vastes forêts du Jura, où serpente le Doubs. 

Dernière nuit ensemble

Nicolas Zepeda, 31 ans désormais, est en détention provisoire à Besançon depuis juillet 2020, après son extradition par le Chili, obtenue de haute lutte par les magistrats français. Défendu notamment par Me Jacqueline Laffont, connue pour avoir été l’avocate de l’ex-présentateur star de TF1 Patrick Poivre d’Arvor ou de l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy, le jeune homme, tombé amoureux de Narumi sur les bancs de l’université japonaise de Tsukuba, nie catégoriquement toute responsabilité dans sa disparition. Emprisonné à l’isolement en raison de la médiatisation de cette affaire, « il arrive presque soulagé de pouvoir enfin s’expliquer, d’être enfin entendu, il arrive déterminé », affirme la défense.

Nicolas Zepeda a reconnu avoir passé cette dernière nuit de décembre avec Narumi, retrouvée, selon lui, par hasard lors d’un passage en France. Mais cette nuit-là, plusieurs témoins entendent des « hurlements de terreur » et un bruit sourd « comme si on frappait ». Personne toutefois n’appelle la police. Dans les jours qui suivent, les proches de Narumi Kurosaki reçoivent, via les comptes de la jeune femme sur les réseaux sociaux, des messages jugés parfois incohérents. Les enquêteurs de la police judiciaire de Besançon les attribueront par la suite à l’accusé. Ce n’est que le 13 décembre qu’un responsable de l’Université de Franche-Comté déclare la disparition de l’étudiante. Nicolas Zepeda est alors reparti au Chili, après avoir passé plusieurs jours en Espagne chez un cousin. 

Dossier délicat

Quand l’enquête débute, aucune trace de sang ni de lutte n’est constatée dans la chambre de l’étudiante. Ses effets personnels sont tous présents, à l’exception d’une valise et d’une couverture. Nicolas Zepeda se présente spontanément à la police chilienne, explique avoir quitté Narumi vivante après une nuit passée ensemble. Mais ses agissements, comme un détour par une forêt ou l’achat d’allumettes et d’un bidon de produit inflammable, en font rapidement le principal suspect. « Une accusation biaisée sans aucune preuve scientifique » et « une enquête menée sur la foi de suspicions et de suppositions », a contesté le père de l’accusé, Humberto Zepeda, en février dans une interview au JDD.

Le procureur de la République de Besançon Étienne Manteaux, qui sera avocat général au procès, a au contraire estimé en janvier 2021 que le dossier présentait « énormément de données techniques » (téléphonie, géolocalisation de son véhicule, achats par carte bancaire…). L’accusation, dit-il, s’appuie aussi sur les « témoignages de proches mettant en défaut la version de M. Zepeda » d’une rencontre fortuite à Besançon et d’une dernière nuit d’amour. En dépit des nombreuses investigations, le corps de la victime reste introuvable. « Comme dans tout dossier criminel où il n’y a pas de corps, c’est un dossier délicat », observe Me Randall Schwerdorffer, avocat du nouveau petit ami que Narumi Kurosaki fréquentait au moment de sa disparition, lui aussi partie civile.

Un procès inédit coordonné sur trois continents

Coordonné sur trois continents, avec autant de langues, le procès sera « inédit en France en termes d’organisation, de contraintes techniques et de pays concernés », selon le procureur de Besançon Étienne Manteaux. « C’est un procès tout à fait exceptionnel avec trois pays impliqués: la France, le Japon et le Chili », a relevé le magistrat auprès de l’AFP. Le ministère de la Justice l’a d’ailleurs labellisé « Grand procès ».  La cour d’appel de Besançon, chargée de l’organisation, a dû relever « le défi de la traduction, le défi technique des auditions en visioconférence de 14 témoins dans trois pays étrangers, et le défi du décalage horaire pour les entendre », selon une source judiciaire. La traduction sera un enjeu fort de l’audience alors que la défense a regretté que certaines spécificités de l’espagnol parlé au Chili aient échappé, selon elle, au traducteur lors de l’instruction. Pour le procès, trois interprètes viendront donc spécialement du Chili pour éviter cet écueil et trois autres traduiront en japonais.  La traduction sera simultanée pour l’ensemble des débats, à l’attention de l’accusé et des parties civiles. Pour assurer la continuité de cet exercice intense, les interprètes se relaieront toutes les 20 minutes, selon les normes européennes de traduction.  « L’objectif est d’avoir une traduction simultanée qui permette d’avoir une certaine fluidité dans les débats », confie la source judiciaire.  Lors de sa disparition, Narumi Kurosaki était étudiante au Centre de linguistique appliqué (CLA) de Besançon où elle côtoyait nombre d’étudiants étrangers désormais rentrés dans leurs pays.  Parmi les témoins cités, dix seront ainsi entendus par la cour d’assises en visioconférence depuis un tribunal de Tokyo, deux depuis Santiago du Chili et une depuis l’Ecosse.  L’organisation de ces visioconférences « a nécessité une modification très complète de notre dispositif technique » car « les modes de communication ne sont pas les mêmes » d’un pays à l’autre, souligne la même source.  Pour entendre ces témoins, le planning de l’audience a été organisé en fonction du décalage horaire. « Il y a 12 heures de décalage horaire entre le Japon et le Chili, c’est un défi inédit sur un procès judiciaire en France », note le procureur.  Plus de 40 médias sont accrédités pour suivre l’audience à Besançon, dont une dizaine de médias japonais et deux médias chiliens.

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