« Un cercle sans fin » : le témoignage d’une infirmière de l’hôpital Nord-Franche-Comté

Claire est infirmière en maladie infectieuse et en première ligne sur la covid-19 à l'hôpital Nord-Franche-Comté.

Colère. Incompréhension. Fatigue. Au cœur de cette seconde vague, les soignants font fronts, encore et toujours, mais marquent le pas. La lassitude pointe alors que l’afflux des malades continue, que la tension reste forte sur le système hospitalier et que la défiance est marquée. Ce sont les messages qui ressortent du témoignage de Claire, infirmière à l’hôpital Nord-Franche-Comté. Mais elle délivre aussi une parole poignante. Pleine d’humilité et d’empathie. À l’image de son métier : soignante.  

Colère. Incompréhension. Fatigue. Au cœur de cette seconde vague, les soignants font front, encore et toujours, mais marquent le pas. La lassitude pointe alors que l’afflux des malades continue, que la tension reste forte sur le système hospitalier et que la défiance est marquée. Ce sont les messages qui ressortent du témoignage de Claire, infirmière à l’hôpital Nord-Franche-Comté. Mais elle délivre aussi une parole poignante. Pleine d’humilité et d’empathie. À l’image de son métier : soignante.  

Il est 7 h 15, un dimanche de novembre. La jeune infirmière vient de reprendre son service après plusieurs jours de repos. La danse macabre reprend. Elle doit appeler la morgue pour venir chercher un nouveau corps dans son service. Depuis le mois d’octobre, le virus a de nouveau accéléré ; le flux d’entrées des patients a repris. La dureté du quotidien aussi.

Claire est infirmière dans le service des maladies infectieuses de l’hôpital Nord-Franche-Comté. Le SARS-CoV-2, le virus responsable de la covid-19, fait partie de son quotidien depuis neuf mois. Au mois de mars, c’est le premier service à être devenu une unité 100 % covid-19. Et cet été, quand la normalité reprenait son cours, c’était le seul service encore dédié à la covid-19. Avec le retour de la seconde vague, forcément, l’unité est encore en première ligne. Plusieurs mois après le début de cette pandémie, on parle de « fatigue physique, de lassitude ». « Depuis le printemps, on n’arrête pas », confie Claire, qui a sondé ses collègues avant d’échanger avec Le Trois, pour être au plus juste de leurs ressentis.

Aujourd’hui, les gestes sont devenus mécaniques. Entre chaque chambre, on s’habille, on se déshabille, on se rhabille. On surveille les constantes, cinq fois par jour. Les soins sont lourds. « Les organismes sont éprouvés », raconte-t-elle. Pourtant, les masques FFP2, les lunettes, les sur-blouses, elle connaît. Ce n’est pas nouveau. Ce sont des équipements qu’elle utilise régulièrement. Dans son service, on soigne des patients atteints de tuberculose, de pneumopathie ou on accueille des voyageurs présentant des symptômes comme de la diarrhée et revenant de destinations exotiques. « C’est très varié », apprécie cette infirmière, passionnée « par le processus infectieux ».

Un soutien émoussé

Sur les vitres du patio de l’unité des maladies infectieuses sont accrochés des dessins envoyés au printemps et témoignant du soutien de la population. Aujourd’hui, ce soutien s’est émoussé. Pis, les messages à l’adresse des soignants sont parfois virulents. La société française tressaute. Grogne. Elle a peur.

Un soir en rentrant de l’hôpital, Claire lit sur Facebook des commentaires sous un article de presse. Dans l’un d’eux, elle découvre : « Les soignants courent après l’argent. Ils n’ont qu’à changer de métier. » Son sang ne fait qu’un tour. « Les soignants, ce sont eux qui vont tenir la main de ton père quand il va rendre son dernier souffle. Ce sont eux qui vont fermer la housse mortuaire sans que la famille puisse voir le corps », a-t-elle envie d’hurler. A-t-elle envie d’écrire. Mais elle ne réagit pas. Elle ravale son ressentiment. Ne pas donner d’écho à la bêtise.

Le lendemain, quand elle raconte, l’émotion est toujours palpable. La colère est profonde, marquée par un quotidien exigeant. « Symboliquement, c’est horrible de fermer une housse mortuaire. Tu es la dernière personne qui voit le corps. On ne pourra plus l’ouvrir », susurre-t-elle au détour de la discussion. Pudiquement. Mais l’exemple est tellement à l’image de ce que les soignants affrontent chaque jour. « Sous la blouse, nous sommes des humains, pas des robots. On vient au boulot stressé. On dort mal. » Puis de poursuivre : « Cela me met en colère quand on dit que les soignants sont des fainéants qui courent après l’argent ; c’est dégradant. »

« Je ne veux pas les blâmer »

Il est indéniable que le soutien aux soignants se soit émoussé pendant ce second confinement. Et ce n’est pas l’absence d’applaudissements qui lui fait dire ça. « Ce n’était pas un dû », relève-t-elle, modestement. « Mais je pensais que le discours allait changer après la première vague. De toujours penser que c’est juste une grippe, c’est un manque de respect pour le personnel soignant », poursuit-elle. Le souci, c’est que la défiance d’une partie des Français se teinte d’un regard complotiste, en témoigne cette ubuesque prime qui serait attribuée à chaque mort de la covid-19. « Si les gens continuent d’avoir cette attitude légère, les lits vont continuer à se remplir, craint Claire, qui met en garde : La situation est grave et malheureusement nous n’avons pas encore atteint le pic. Faites attention, cela arrive plus vite qu’on ne le croit. » Dans le même temps, elle témoigne d’une certaine empathie. « Je ne sais pas quoi leur dire, si les chiffres ne suffisent pas, ni les images, convient Claire, avec humilité. Je ressens du dépit, mais je ne veux pas les blâmer. Je ne suis personne pour le dire. Tant qu’on ne voit pas, ce n’est pas facile… »

Le métier est dur. Particulièrement aujourd’hui. La réduction des lits dans les hôpitaux ou les déficits de recrutement à l’hôpital public, observés ces dernières années, renforcent cette pression. Pour autant, Claire ne changerait de métier pour rien au monde. Elle mesure la chance d’avoir une situation qui lui garantit la sécurité de l’emploi. « À la fin de l’épidémie, nous aurons toujours notre job. On en chie, mais il faut aussi mesurer notre chance. Combien pourront en dire autant ? » reconnaît-t-elle. Autre avantage du métier, l’absence de routine. Chaque jour est différent. « Mais c’est à double tranchant, note-t-elle. Quand un patient va bien et qu’en quelques minutes cela s’aggrave… » Malheureusement, cette situation se répète inlassablement depuis le mois de mars. Et c’est pesant.

Solidarité

Pour tenir, les soignants s’appuient les uns sur les autres. « Il y a une belle solidarité entre nous. S’il y a des besoins, les gens se portent volontaire sur leurs jours de congés, car on sait combien c’est dur de travailler en sous-effectif », insiste Claire, qui se sent mal à l’aise d’être mise en valeur par rapport aux autres. Elle loue l’importance du collectif. « Nous avons été super bien préparés psychologiquement par nos cadres, les médecins et l’hôpital », remercie Claire. Elle se souvient du discours de sa cadre de service, en début de pandémie : « On va vivre des moments difficiles. Va falloir être forts, bien préparés. » S’ils ont manqué de matériel au printemps, ils n’étaient pas seuls. « On a de la chance. Les médecins sont proches de nous. À leurs côté, j’ai moins peur. On apprend beaucoup. »

Pour cette seconde vague, le matériel est là. Les soignants sont toujours aussi soudés. Résilients. Mais leurs nerfs sont mis à rudes épreuves. Si la pandémie marque un fléchissement depuis quelques jours, la pression est toujours très forte sur les hôpitaux. Et à côté, les critiques sont acerbes. « Combien de temps va-t-on tenir, questionne-t-elle. Psychologiquement. Psychiquement. Physiquement. » L’usure guette. « Nous pouvons avoir le sentiment de nous battre dans le vent. Tu soignes des gens, mais tu sais que d’autres vont arriver car il y a toujours des contaminations ; c’est un cercle sans fin. » En face, la société française s’agite. Toujours. « Il y a un fossé qui se creuse entre ce que vit l’hôpital et ce qu’accepte de voir la société », conclut Claire. Une analyse bien à propos au regard de la situation sanitaire de l’automne. Il n’y a rien à ajouter ! En fait, si…. Aidons les soignants.

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