Nucléaire : faire de Belfort « le leader mondial » des petits réacteurs modulaires

L’association Apsiis, fondée par des syndicalistes de General Electric ainsi que des entrepreneurs locaux, a fait le point sur l’avancée de ses travaux, ce jeudi matin. Elle s’engage avec force dans l’hydrogène et le nucléaire pour faire de Belfort un centre d’excellence d’ingénierie. Et veut promouvoir Belfort au rang de « leader mondial » des small modular reactor (SMR).

L’association Apsiis, fondée par des syndicalistes de General Electric ainsi que des entrepreneurs locaux, a fait le point sur l’avancée de ses travaux, ce jeudi matin. Elle s’engage avec force dans l’hydrogène et le nucléaire pour faire de Belfort un centre d’excellence d’ingénierie. Et veut promouvoir Belfort au rang de « leader mondial » des small modular reactor (SMR).

Sécuriser et développer les compétences du bassin d’emplois. Tel est l’objectif de l’association de préfiguration de sociétés d’ingénierie et d’intégration systèmes (Apsiis), fondée par des syndicalistes de General Electric, des entrepreneurs locaux et des acteurs économiques régionaux (relire notre article de présentation). Le désengagement de General Electric ces dernières années a des conséquences, pour GE et ses sous-traitants présents dans le Territoire, sur le maintien de ces compétences, notamment celles « d’intégration de systèmes complexe », insiste Philippe Petitcolin, l’un des fondateurs de l’association et figure syndicale CFE-CGC du conflit social dans l’entité turbines à gaz.

À Belfort, les équipes sont capables de concevoir des « centrales électriques de tout type », rappelle le leader syndical. Apsiis doit stimuler la création d’activités, les accompagner, pour conserver localement ces savoir-faire. « C’est un outil de reconquête industrielle et économique », a salué Arnaud Marthey, président socialiste de l’agence économique régionale (AER). « Il faut arrêter de subir et reprendre notre destin en main », abonde Damien Meslot, maire Les Républicains de Belfort, rappelant les 140 années d’un riche passé industriel de la cité du Lion.

SMR : toutes les compétences à Belfort

Comme lors de la présentation de l’association, les interlocuteurs ont rappelé les deux axes de travaux : l’hydrogène et le nucléaire. Et sur ce dernier point, Philippe Petitcolin a replacé le dossier des Small modular reactor, des petits réacteurs nucléaires modulaires, qui équipent notamment les porte-avions et les sous-marins nucléaires français. Depuis plusieurs années, ce sujet va et vient. L’attente d’annonces autour du nucléaire par Emmanuel Macron – que ce soit la construction de six réacteurs de nouvelle génération ou le rachat de la branche nucléaire de General Electric par EDF – remet ce dossier au cœur du jeu. Et Apsiis mène une campagne de lobbying pour que Belfort accueille cette activité. « Il se passe des choses dans le nucléaire », confirme Damien Meslot.

En 2019, EDF avait présenté, avec Naval Group, le CEA et TechnicAtome un projet de SMR, le projet Numard. En novembre 2020, Rolls Royce a annoncé son intention de développer 16 projets SMR au Royaume Uni. Au mois de mai, il a même présenté un design. « Les centrales SMR (small modular reactor, NDLR) doivent être commercialisées et conçues à Belfort », estime Philippe Petitcolin. Selon lui, 72 projets sont envisagés dans le monde avec ces équipements, permettant de concevoir des centrales plus petites, dans lesquelles on peut réduire les coûts de production et les temps de construction. On peut fabriquer les SMR en usine, puis les transporter sur le site, comme on le fait avec les turbines à gaz par exemple. « Il y a un enjeu pour la décarbonation de l’électricité », insiste Philippe Petitcolin.

Selon l’association, la capacité de Belfort à avoir conçu et intégré des centrales électriques de tout type lui donne un coup d’avance sur le dossier, sur lequel la France doit se positionner. La cité a les compétences. Belfort sait fabriquer les turbines et les alternateurs des centrales – appelés ilots conventionnels – et sait intégrer ces équipements. En plus, « il y a un marché à l’export », insiste Philippe Petitcolin. Belfort dispose aussi des qualités pour vendre ces structures à l’international : les anciennes équipes de l’entité turbines à gaz le faisaient au quotidien. Et Belfort doit devenir « le leader mondial » des SMR. « Il y a une très bonne opportunité pour un acteur majeur sur le marché européen », glisse Philippe Petitcolin.

Arnaud Marthey, président de l'AER, Damien Meslot, maire de Belfort, Philippe Petitcolin et Frédéric Thomas, de Capgemini Engineering.

Accord avec Capgemini

À côté du nucléaire, l’association poursuit ses travaux autour de l’hydrogène. L’un des groupes de travail planche sur la création d’une activité autour de la maîtrise d’œuvre et de la maîtrise d’ouvrage des projets hydrogène stationnaires. « Ce qui manque dans la chaîne de valeur hydrogène, c’est la capacité à concevoir le processus complet », relève Philippe Petitcolin. Ces travaux doivent mener à la création de bureaux d’études. Un autre groupe de travail s’intéresse à la conversion de puissance pour développer la performance des piles à combustible et une cartographie des besoins est menée avec France Hydrogène. Des activités autour de la certification, de la sécurité, de la conformité peuvent être envisagées et ce sont des compétences que l’on trouvait à General Electric.

L’association vient aussi de signer un accord avec Capgmini engineering, pour le déploiement de jumeaux numériques, un outil de modélisation d’installations hydrogène. « C’est une première étape qui ouvre naturellement la voie à des opportunités concrètes industrielles dans notre région », relève Frédéric Thomas, responsable d’unité chez Capgemini engneering. Cet outil doit apporter une valeur ajoutée à un futur bureau d’études qui travaillerait sur l’installation d‘écosystèmes hydrogène. Il est attendu pour l’automne. La société travaille sur l’hydrogène depuis 2016. Elle conçoit notamment une turbine hybride pour transports terrestres et maritimes, visant à assurer la transition vers la massification de l’hydrogène. Capgemini enginnering, 350 collaborateurs dans le nord Franche-Comté, accompagne aussi EOdev dans le lancement de son groupe électro-hydrogène, présenté en illuminant la tour Eiffel, le 28 mai.

Les collectivités accompagnent cette dynamique. La région Bourgogne Franche-Comté a ainsi annoncé jeudi le vote d’une subvention de 100 000 euros, conditionnée à l’arrivée d’un investissement privé de valeur similaire. La Communauté d’agglomération du Grand Belfort a, elle, accordé une subvention de 32 000 euros à l’association.

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