Mobilisation des Belfortains pour préserver l’emploi à General Electric [Photos]

Face à la menace d’un plan social, l’intersyndicale CFE-CGC – Sud Industrie – CGT a lancé un appel à la mobilisation ce mardi matin. Elle a accompagné, symboliquement, la sortie de la turbine à gaz 9HA, image du savoir-faire belfortain.

Face à la menace d’un plan social, l’intersyndicale CFE-CGC – Sud Industrie – CGT a lancé un appel à la mobilisation ce mardi matin. Elle a accompagné, symboliquement, la sortie de la turbine à gaz 9HA, image du savoir-faire belfortain. Après avoir évoqué les pistes de diversification, l’intersyndicale veut maintenant montrer sa détermination pour sauvegarder les emplois. Reportage.

C’est un nouveau chapitre du dossier General Electric qui s’est ouvert ce mardi matin à Belfort. La cité du Lion s’est mobilisée et a présenté sa résistance contre le plan de suppressions de postes attendu dans la filière turbines à gaz, en France et dans le Territoire de Belfort en particulier. Les chiffres de 800 à 1 000 suppressions de postes sont avancés à Belfort. Soit près de la moitié des 1 900 salariés de l’unité turbines à gaz. Après avoir présenté des projets de diversification, après avoir rencontré les élus, c’est dorénavant dans la rue que se noue le dossier. En battant le pavé. En résistant. Et les salariés l’ont bien compris. Bien compris que c’est l’avenir de tout un territoire qui se joue. « Un emploi industriel, c’est 5 emplois indirects », a glissé Alexis Sesmat, délégué syndical Sud Industrie, à ce sujet.

Refaire de Belfort un centre mondial

Il est 8 h 30. Les 100 mètres du convoi de la turbine à gaz 9HA, qui pèse près de 450 tonnes, vont se mettre en branle. Quelques centaines de salariés – 350 selon la police, 500 selon l’intersyndicale – ont d’abord laissé passer la tête du convoi. Puis ils se sont intercalés devant le brancard de la turbine. Ils ont ouvert la voie à cette technologie, symbole du savoir-faire belfortain. Ils l’ont accompagnée pendant cent mètres avant de prendre la parole sur le pont de la rue de Roubaix, enjambant les voies de chemin de fer. « Nous pouvons construire à Belfort neuf types de turbines et les tester », a rappelé Fabrice Chirat, délégué syndical CGT. Il a listé le savoir-faire belfortain, son histoire vieille de 140 ans et la place occupée par la cité du Lion à l’échelle du globe dans la fabrication des turbines à gaz.

« Les turbines à gaz, c’est le segment de marché le plus profitable de GE », a remarqué pour sa part Philippe Petitcolin, représentant CFE-CGC. Glissant, que, depuis 1999, Belfort a rapporté près de 3 milliards d’euros de dividendes au géant américain. Il regrette surtout que General Electric soit passé, ces dernières années, de 48 à 26 % de parts de marché des turbines à gaz 50 Hz. « GE va mal car Belfort n’est plus centre mondial », dénonce-t-il, pointant du doigt des centaines de millions d’euros de dérapages budgétaires. « Il faut revenir à des choses qui fonctionnent », a-t-il dit.

Alexis Sesmat a souligné que la turbine à gaz « est le partenaire indispensable du renouvelable ». « Il faut tordre le coup à une idée reçue qui consiste à dire qu’un plan est inéluctable », a-t-il poursuivi. Pour l’intersyndicale, le marché des turbines à gaz a de l’avenir, malgré une conjoncture délicate. Mais cyclique. La relance est attendue. Et des choix peuvent être fait pour stimuler cette activité.

Des élus reçus à l’Élysée ce mercredi

Des élus locaux seront reçus, ce mercredi à 11 h, par la secrétaire générale adjointe de l’Élysée, Anne de Bayser. La délégation sera composée de Damien Meslot (LR), maire de Belfort et président du Grand Belfort, du sénateur Cédric Perrin (LR), des députés Michel Zumkeller (UDI) et Ian Boucard (LR), du président du conseil départemental du Territoire de Belfort Florian Bouquet (LR) et de la présidente de la région Bourgogne-Franche-Comté, Marie-Guite Dufay (PS). Ils doivent évoquer le dossier General Electric et « réaffirmer leur attachement aux savoir-faire belfortains et les engagements d’Emmanuel Macron, pris en 2015 », indique Florian Bouquet. Ils attendent du chef de l’État que toutes les pistes de diversification soient exploitées.

Reçue par la direction

Après avoir accompagné la turbine, les manifestant se sont rendus au siège de General Electric, avenue du Maréchal-Juin. La direction, menée par Antoine Peyratout, le directeur, et Catherine Letang, directrice des ressources humaines, les attendait devant le siège. Les salariés ont redit leur malaise. Les huées et les sifflets ont fusé sur cette délégation de cinq personnes. Ils ont écouté. « On ne vous connaît pas monsieur Peyratout (en poste à Belfort depuis septembre 2018, ndlr), a fustigé Alexis Sesmat. À vous de montrer que vous n’êtes pas là pour faire le ménage ». Philippe Petitcolin a demandé une stratégie à long terme et à rencontrer les vrais décideurs, notamment Scott Strazik, directeur général de General Electric Gaz. Fabrice Chirat a réclamé des investissements pour préserver la filière turbines à gaz et pour la diversification, et non des suppressions de postes. Les salariés ont aussi invité la direction à communiquer. Et de regretter qu’aujourd’hui, c’est le gouvernement français qui annonce l’imminence d’un plan social. Un plan social qui risquerait de fragiliser la « taille critique » de l’entreprise et de menacer sa pérennité à Belfort. Antoine Peyratout, invité à s’exprimer, a simplement déclaré : « Ce n’est pas le bon forum pour discuter. Je vous ai entendu et je comprends votre inquiétude. » Il a reçu une délégation de six membres de l’intersyndicale en début d’après-midi, pendant deux heures. Selon nos informations, il a confirmé que des études étaient en cours autour d’une diversification vers l’aviation. L’intersyndicale a également été reçue par la préfète du Territoire de Belfort en fin de matinée. La mobilisation s’est dispersée vers 10 h.

Le message du jour était pacifiste. Positif. Mais il visait surtout à démontrer toute la détermination des salariés de General Electric et des Belfortains face à l’intrigue qui se joue face à eux. Ils sont prêts.

Des élus mobilisés auprès des salariés

Ils n’y avaient pas d’écharpes tricolores, mais les élus locaux étaient bien présents ce mardi matin. « C’est important d’être là pour supporter les salariés. Il faut se battre pour sauver les emplois. Le président de la République a pris des engagements à Belfort. Il faut qu’il les tienne », a déclaré Ian Boucard (LR). « C’est une action symbolique, pour montrer la détermination des salariés et des élus face à la menace du plan social », a complété Damien Meslot (LR), qui sent « la pression » montée. Il attend des « actions fortes pour l’emploi ». « Cette première marche était une façon constructive d’alerter à l’échelle locale et nationale sur les enjeux de ce dossier, que ce soient les risques de perte de compétences et de savoir-faire pour l’écosystème local », a noté Maude Clavequin, vice-présidente socialiste de la Région Bourgogne-Franche-Comté. « C’est une présence absolument nécessaire, acquiesce le sénateur Cédric Perrin (LR). On a su montrer, il y a quelques années, avec Alstom (en 2016, NDLR), notre capacité à nous mobiliser. Aujourd’hui, il faut se mobiliser pour la suite de General Electric à Belfort et pour la diversification. » Les élus ont salué ce mouvement quasi spontané – il a été programmé vendredi. « Les syndicats se sont montrés dignes », a résumé Florian Bouquet (LR). Samia Jaber (divers gauche), élue d’opposition à la mairie de Belfort et au Département, regrette la gestion du dossier par la majorité belfortaine. Qu’elle juge naïve. Elle craint que les projets de restructuration successifs n’atteignent la taille critique de General Electric à Belfort, fragilisant sa pérennité. Bastien Faudot (GRS), qui dit recevoir régulièrement les syndicats de General Electric et Alstom depuis 2015, croit pour sa part « que l’industrie a encore un avenir dans notre pays et à Belfort en particulier ».

La marche de l'intersyndicale de General Electric

Photos prises par Thibault Quartier (Pour Le Trois)

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