Matthieu Godard, itinéraire d’un libraire rebelle

Après avoir écumé les conventions et les salons de la France entière, Matthieu Godard a ouvert sa propre librairie, Le Chat borgne, il y a trois ans. Il reste néanmoins un fidèle de la Necronomi’Con de Belfort.

Océane Provin

Après avoir écumé les conventions et les salons de la France entière, Matthieu Godard a ouvert sa propre librairie, Le Chat borgne, il y a trois ans. Il reste néanmoins un fidèle de la Necronomi’Con de Belfort. L’enfant du pays est comme un poisson dans l’eau entouré de ses livres et au contact du public.

10 h. Ce dimanche 2 février. Les premiers visiteurs investissent le parc des expositions d’Andelnans. Matthieu Godard est en retard pour l’installation de son stand. Il dispose méthodiquement ses livres, mais sans perdre de temps. C’est le début de la journée et le trentenaire est déjà essoufflé et en sueur. Aux vues des caisses de livres qu’il déplace à toute vitesse, on comprend pourquoi il a, il le dit lui-même, « le dos bousillé ».

Poser pied à terre

Matthieu Godard travaille avec Caroline Gelly et leur apprenti, Antoine Levrey, 20 ans, à la librairie du Chat borgne, dans le centre-ville de Belfort. Si, aujourd’hui, ils ont pignon sur rue, cela n’a pas toujours été le cas. Caroline et Matthieu ont commencé la vente de livres comme itinérants. Avec une voiture et une petite remorque, ils ont sillonné les routes de France pour vendre leurs livres pendant plus de deux ans. Des conditions de travail qui ont montré leurs limites. « Certains jours tu fais 100 balles » et d’autres, une dizaine de visiteurs à peine passent par l’événement où ils exposent. À Carcassonne par exemple, les organisateurs d’un salon avaient omis de retirer les pancartes « Terrain militaire, défense d’entrer », décourageant même les plus aventureux. Ces expériences ont tout de même du bon. « Même quand tu te fais pas de fric », sourit Matthieu. Selon lui, c’est l’occasion de partager sa passion, armé d’un immense sourire, à peine masqué par une moustache en bataille.

Le conseil d'Antoine Levrey

Lire tous les tomes de La série L’Epouvanteur, de Joseph Delaney. C’est la série « qui a bercé son enfance » et à fait naître son attrait pour la science fiction. Ces ouvrages jeunesse suivent l’histoire de Tom, l’apprenti qui va devoir maitriser le surnaturel et lutter contre l’obscur.

Ce sont quand même parfois des opportunités économiques. Depuis la première saison de la Necronomi’Con, son équipe de libraires propose des ouvrages de science-fiction, des mangas, des bandes dessinées, neufs ou d’occasion. Un style de livre qui connait un succès grandissant et pour preuve, par rapport à 2018, son stock a été multiplié par quatre pour répondre à la demande des passionnés de culture geek et nippone.

Le conseil de Caroline Gelly

Un livre engagé. En direct de la planète minuit, de Nalo Hopkinson.  L’autrice, originaire de Jamaïque, pointe du doigt la représentation des minorités dans la science-fiction. Un recueil de nouvelles et d’entretiens qui explique comment parfois, on « se débarrasse de la diversité ».

Il faut dire qu’ici, Matthieu « joue à domicile ». Parce qu’il est habitué des salons et des conventions en tout genre, mais aussi parce qu’il est né à Belfort. En témoignent les bises et les salutations échangées avec des amis de passage aux abords de son stand. Les clients n’hésitent pas non plus à lui demander conseil ou à réclamer un ouvrage pointu, que seul un véritable geek peut connaitre. « Moi j’achète tous mes livres au Chat Borgne, lance un habitué. Ils ont des éditions introuvables ailleurs, même sur internet. » Parole de convaincu. 

Je me faisais toujours virer

Le libraire est un punk dans l’âme et ses choix littéraires le démontrent (lire par ailleurs). Renvoyé à plusieurs reprises des librairies où il a travaillé, il explique avoir du mal avec l’autorité « mal placée ». Plus jeune, Matthieu « maudissait les libraires qui ne sortaient jamais de leur commerce et ne cherchaient pas à se diversifier ». Son goût pour les ouvrages underground témoigne de son ennui face à l’ordre imposé. Un livre va l’enthousiasmer parce qu’il est « stupide et toujours surprenant ». Pourtant, il a à coeur de s’adresser au plus grand nombre : « Je n’aime pas l’élitisme, pour moi la culture doit rester populaire. »

L’équipe de l’unique stand de libraire de la convention a continué à conseiller les lecteurs jusqu’à la fin de la journée. Certains visiteurs ont peut-être été tentés par l’achat de l’ouvrage emblématique de la convention : le Necronomicon, ouvrage maléfique que l’on retrouve dans l’univers de l’écrivain américain Howard Philips Lovecraft, qui était bien sûr dans les rayons du libraire.

Le conseil de Matthieu Godard

Un ouvrage subversif. Le club des  punk contre l’apocalypse zombie, de Karim Berrouka.L’auteur, membre du groupe musical Ludwig von 88, raconte la vie d’amis punks, résidant dans un squat, face à une attaque zombie.  Un livre drôle, avec une « bande-son formidable ».

(©Le Trois – Valentin Machard x 3)
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