[L’été du vélo #1] De Paris à Montbéliard par l’Eurovélo6

Arrivée à Montbéliard

« Get your kicks, on Eurovéloroute6 ! » Installé à Paris depuis trois décennies, il est né à Montbéliard. Avec son fils de 22 ans, ce sportif quinquagénaire a choisi le vélo pour sa première visite à sa vieille maman après le déconfinement. Il raconte ses 450 km de vélo-trip. Premier épisode de notre périple estival de sept étapes sur le vélo dans le nord Franche-Comté.

« Après plus de deux mois de confinement dans la capitale, (rien à redire, grand appartement, pas d’enfant en bas âge, balcon en plein soleil, balade chaque soir dans le quartier du Marais déserté), j’ai quand même fini par avoir envie de grand large. Mon fils, 22 ans, parisien de naissance lui, avait confiné de son côté, faisant contre mauvaise fortune bon cœur : pris de court par le corona, il avait dû annuler un périple Norvège-Montana-Argentine-Chili. Quand je lui ai proposé de m’accompagner en vélo pour rendre visite à ma mère, il a sauté sur l’occasion. Précision : je suis né à Montbéliard (il y a 56 ans) et ma mère y vit toujours. A vol d’oiseau et à vue de nez, Paris-Montbéliard, ça va chercher dans les 400 km et même si l’un et l’autre (mon fils et moi) sommes férus du vélo dans Paris, c’est une autre paire de pédales que de se lancer sur les chemins du Grand Est pour une équipée au long cours. Paris vaut bien une messe et une mère mille bornes dans les fesses.

Adieu vélos de ville bien affûtés pour se faufiler entre les voitures, il faut du robuste, du confort. Un petit tour sur le net nous dissuade d’acheter : un bon vélo de randonnée équipé, c’est entre 1500 et 2000€. On se reporte sur l’option location : plusieurs magasins de vélos la proposent dans Paris, j’en choisis un pas loin de la gare de l’Est. On m’y recommande un « gravel » avec sacoches et kit réparation pour 220€ la semaine. Avec une bonne souplesse de planning, enlèvement la veille et rendu le lendemain. Première surprise en soulevant le fameux gravel : une plume… 8kg tout mouillé. Petit tour d’essai : une bombe. Dès qu’on appuie un peu, il décolle.

Premier écueil, la sortie de Paris. Sur les cartes, impossible de trouver un chemin à l’écart des autoroutes urbaines pour rejoindre l’Eurovélo6 qui passe vers Nevers et longe les cours d’eaux jusqu’à Montbéliard –et bien au-delà. 480 km sans trop de dénivelés. L’exfiltration s’opérera donc en train jusqu’à Nevers. On gagne deux jours sur le voyage (nous n’avons qu’une semaine de congés devant nous) et la SNCF a le bon goût de proposer des places gratuites pour les vélos sur ses intercités. Petit regret : une amie m’informera quelques jours après mon retour que la « scandibérique », voie nord-sud récemment rendue aux vélos permet de s’extraire de la capitale par les berges de la Seine.

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Photos Rémi LAINÉ pour Le Trois

Une nuit sous la protection de Bernadette

Mais revenons aux dernières formalités avant départ. Alors que l’on règle le contrat de location au comptoir du magasin, un client se présente pour demander des caleçons renforcés à l’entre-cuisses spécial randonnée. Je rassure mon fils : nous ? Pas besoin. On ne va pas se compromettre dans ces futilités pour petites natures. En vrai, je ne lui ai pas dit comme ça : je lui ai suggéré avec des mots un peu crus que notre anatomie avantageuse nous dispensait d’un rembourrage d’appoint. J’ai alors entendu le vendeur marmonner sous son masque : « J’en connais deux qui vont dormir sur le ventre ». Comme il ne vendait pas de caleçon, j’en ai déduit que l’âme marchande n’avait rien à y voir et que c’était à percevoir en conseil d’ami. Détour par Go Sport sur le chemin de la gare, deux caleçons à 10€ pièce, somme bien modeste au regard de l’avantage perçu : dès les premiers kilomètres, nos mâles attributs ont goûté l’investissement de dernière minute.

Passons vite sur la première nuit à Nevers. Des chambres à bon prix sont disponibles à l’Espace Bernadette Soubirou. Cette dernière repose sur place dans un catafalque digne de Lénine sur la place Rouge. Mais gare, on ne plaisante pas avec Bernadette. Peut-être ne l’avons nous pas suffisamment prise au sérieux : le lendemain matin, j’ai crevé deux fois dans les dix premiers kilomètres. Devant, derrière. Parvenus hors de la zone de l’influence de Bernadette, roues réparées mais un peu inquiets (les deux chambres à air de rechange y sont passées), nous filons le long du canal guidés par les conseils du site

Nous n’avons plus crevé de tout le périple, comme quoi… Première petite pause à Fleury-sur-Loire avant de rejoindre les berges du fleuve. Il a beaucoup plu, l’eau très haute chahutée de forts courants charrie des troncs. Personne à l’horizon. Soudain on se croirait perdus en Amazonie.

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Photos Rémi LAINÉ pour Le Trois

"Avec ces conneries de confinement, j'ai pas pu me faire livrer"

Nous n’avons pas fixés d’étapes au préalable, tenant à moduler en fonction de nos limites et nous arrêter avant de nous rendre corps et âmes façon Bernadette (qui elle, repose sur le dos). On trouve un équilibre à une moyenne de 100 à 120 km par jour, suivant la Loire, la Saône, le Doubs et puis le canal du Rhône-au-Rhin. Au fil de l’eau, nous nous faisons doubler par un compère suisse qui file vers Bâle. Plus courageux ou plus pressé, il s’apprête à quitter l’Eurovélo qu’il suit depuis Nantes pour un raccourci par les reliefs du Morvan. Nous optons pour les chemins de halage, nous ménageons des pauses dans de petits bistrots aux terrasses ombragées à l’image du caractère parfois rugueux des tenanciers du cru.  « Vous avez des jus de fruit ?

– P’t-êt’orange. Parce qu’avec ces conneries de confinement, j’ai pas pu me faire livrer. Demain, j’aurai ananas et pomme. Et… abricot. ». Je pense très fort que c’est aujourd’hui que nous avons soif. Demain, nous serons loin. Va pour l’orange.

Ici on s’arrête pour contempler un héron à l’affût, là un faucon en vol stationnaire ou plus loin échangeons des regards fraternels avec quelques vaches placides qui, faute de trains, se repaissent du passage des vélos. Nature en friche, juin explose de verdure, loin des villes, de la foule et des soucis du covid. On est seuls, on respire et c’est si bon. Vertu du net, à la mi-journée, nous réservons pour le soir-même et trouvons tout du long gîtes ou chambres d’hôtes bien agréables pour la nuit pour une moyenne de 80€ pour 2. Hommage spécial à Chantal et Jacques, deux Belges établis aux Barongères à Farges-les-Chalon pour leur accueil attentionné dans un cadre idéal, diner réparateur et accès piscine pour apaiser les rougeurs.

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Photos Rémi LAINÉ pour Le Trois

Une halte à Saint-Maurice-Colombier

Quatre jours et demi de vélo, à travers toute la Bourgogne-Franche-Comté. Le soleil nous couve presque tout du long. Nevers, Digoin, Chalon, Dôle… Comme il fallait bien « un peu de temps de merde, le seul qui laisse des souvenirs», dixit le loueur, la sortie de Dôle nous offre une matinée de pluie. Il est donc bien hasardeux de colporter le dicton local qui prétend qu’ici, « il n’y a que deux saisons, l’hiver et le 15 août ». Allez, soyons exhaustif, une averse nous a cueilli à deux pas de l’arrivée, dans la dernière –courte- étape Besançon-Montbéliard. La pluie nous pousse à l’abri chez un spécialiste du vélo installé dans une ancienne maison éclusière à Saint-Maurice-Colombier.  Il offre quant à lui la douche –chaude- à 5€. Il en connaît un rayon du bonheur cycliste, des articles et des vélos à tous prix, y compris des électriques qu’on ne trouve nulle part ailleurs et sert volontiers quelques bonnes anecdotes de l’Eurovélo. Il est promis à un bel avenir, à collecter des histoires qui n’ont rien à envier aux légendes de la Route 66. Au titre des réjouissances vécues qui pourront toujours nourrir la mythologie, citons encore une pause dans une guinguette tout juste déconfinée où deux serveuses sans complexe comparent à voix haute les performances de leurs amants –tout en jetant quelques regards appuyés à mon beau gosse de fils. On a vu un chamois qui se prend pour une chèvre et broute les herbes du canal pour, à notre arrivée, rejoindre la falaise en quelques bonds de cabri. On retiendra un bon coup de soleil sur le cou (à l’heure du bilan, le seul stigmate, comme quoi le fessier n’est pas forcément le talon d’achille du cycliste au long cours). Et puis une fugitive rencontre à Clerval avec un type débonnaire venu de Thann, qui a installé un panneau solaire en guise d’auvent sur son vélo à bras, et fait ses derniers essais en vue de son propre tour de France, à défaut de rejoindre le Kirghistan, stoppé net dans son élan par la fermeture des frontières.

Bien d’autres sont passés avant nous. À commencer par notre ami suisse qui nous a cloués sur place et s‘est fondu dans l’horizon des monts du Morvan. Ou bien ce graffeur qui a laissé sa griffe tout le long du parcours en tagguant -ce que je crois pouvoir retranscrire TUNR – « DONAU»- sous les ponts, les cabanes abandonnées, les poteaux, les transformateurs, confirmant ainsi la direction à prendre.  Allez savoir pourquoi, à pédaler tout simplement sur ces chemins le nez au vent, on se sent une âme de pionnier. Et de bon fils, ce qui ne gâte rien. »

  • Pour notre 2e étape, ce lundi, rencontre avec l’association du Maillon Solidaire, à Belfort, qui surfe depuis plusieurs semaines sur le Coup de pouce vélo déployé par le Gouvernement après le déconfinement.

Les mots des pistes cyclables

  • Piste cyclable : c’est une voie de circulation réservée aux cyclistes, séparée physiquement de la chaussée, par exemple par un terre-plein
  • Bande cyclable : c’est une voie de circulation réservée aux cyclistes, contiguë à la route et séparée par un marquage au sol spécifique
  • Chaussée à voie centrale banalisée (Chaussidou) : aménagement comprenant trois voies de circulation, dont notamment deux bandes cyclables qui entourent une voie centrale de circulation. C’est un espace de voirie partagée
  • Voie verte : « voies de communication autonomes réservées aux déplacements non motorisés, développées dans un souci d’aménagement intégré valorisant l’environnement et la qualité de vie […] pour garantir une utilisation conviviale et sécurisée à tous les usagers de toute capacité», indique la déclaration de Lille, en 2000. La voie verte dispose d’un panneau de circulation propre, carré, sur fond bleu, avec une bande verte qui le traverse et sur laquelle évoluent un cycliste et un piéton. Elle dispose d’un revêtement bitume
  • Eurovélo6 : Eurovélo renvoie un réseau de 16 itinéraires cyclables, à travers l’Europe, de 90 000 km. L’Eurovélo 6 relie la mer Noire, en Roumanie, à l’océan Atlantique (à Saint-Brévin-les-Pins), en France. Elle est mesure 3 653 km et relie notamment Saint-Louis, Mulhouse, Montbéliard, Besançon…
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