Législatives : ce que les résultats de 2017 posent comme questions en 2022

Emmanuel Macron réélu, la majorité présidentielle cherche aujourd’hui à doter l’exécutif d’une majorité parlementaire, à l’occasion des élections législatives, programmées les 12 et 19 juin. La campagne est déjà lancée. Localement, les ambitions s’affichent, les candidatures s’affinent. Mais quelles sont les leçons à tirer des résultats de 2017 ? Objectif des candidats : 5 500 voix. Le ticket d’entrée au second tour. Où les duels seront la norme. Analyse.

Emmanuel Macron réélu, la majorité présidentielle cherche aujourd’hui à doter l’exécutif d’une majorité parlementaire, à l’occasion des élections législatives, programmées les 12 et 19 juin. La campagne est déjà lancée. Localement, les ambitions s’affichent, les candidatures s’affinent. Mais quelles sont les leçons à tirer des résultats de 2017 ? Objectif des candidats : 5 500 voix. Le ticket d’entrée au second tour. Où les duels seront la norme. Analyse. mis à jour le 29 avril à 9h13

Avantage LREM

Si l’on compare le 1er tour de l’élection présidentielle d’avril 2017 avec celui du 1er tour des élections législatives de juin 2017, on s’aperçoit que les candidats à la députation transforment majoritairement les voix comptabilisées par Emmanuel Macron au 1er tour de le présidentielle. Dans la 1re circonscription (Sud), Christophe Grudler, candidat MoDem soutenu par la majorité présidentielle, enregistre 7 379 voix, alors qu’Emmanuel Macron avait comptabilisé 7 220 voix quelques semaines plus tôt dans la circonscription. Le constat est le même dans la 2nde circonscription (Nord), même si Bruno Kern ne convertit qu’à hauteur de 90,5 % les voix d’Emmanuel Macron ; 6 836 pour Bruno Kern au 1er tour des législatives contre 7 551 pour Emmanuel Macron au 1er tour de la présidentielle. En 2022, Emmanuel Macron a accru son nombre de voix dans les deux circonscriptions par rapport à 2017 : il a enregistré 8 426 voix dans la 1re et 8 342 voix dans la 2nde. Les candidats vont bénéficier de la dynamique de l’élection présidentielle. Même s’ils marquent le pas, la probabilité est particulièrement forte qu’ils soient en tête au soir du premier tour, le 12 juin, et qu’ils soient qualifiés. La problématique des candidats de la majorité présidentielle résulte plutôt dans la réserve de voix disponibles au second tour.

L’abstention en juge de paix

Comment se qualifie-t-on pour le second tour ? C’est une question d’importance aux élections législatives. Tous les candidats recueillant 12,5 % des suffrages des inscrits – et non des suffrages exprimés – se maintiennent au second tour. De fait, plus l’abstention est élevée, plus le seuil de maintien au second tour est élevé. En 2017, ni Michel Zumkeller (UDI) dans la 2nde circonscription ni Ian Boucard (LR) dans la 1re circonscription qui terminent 2e ne recueillent 12,5 % des inscrits. Le premier nommé enregistre 11,34 % des inscrits et 5 386 voix et le second, 11,47 % des inscrits avec 5 493 voix. Ils ont été repêchés car ils ont fini en 2e position et que le premier n’a pas dépassé le seuil de 50 % des suffrages exprimés permettant de gagner dès le 1er tour.

Dans ce contexte, les triangulaires sont particulièrement rares. Comme le rappelait Europe 1 en 2017, on a comptabilisé 1 triangulaire en 2017 (sur 577 circonscriptions), 34 en 2012, 1 en 2007, 10 en 2002, 79 en 1997 et 15 en 1993. En 2017, la participation s’est élevée à 44,25 % dans la 1re circonscription, au 1er tour de l’élection législative, et à 49,57 % dans la 2nde circonscription. À la présidentielle, quelques semaines avant, la participation était de 77,29 % dans le Territoire de Belfort au 1er tour. Cette année, elle était légèrement inférieure. Ces éléments posent un constat : la probabilité d’une triangulaire est extrêmement faible. Il n’y a donc que deux places à prendre. Et l’inconnue se situe surtout sur la place de deuxième. Au regard de 2017, le ticket d’accès au second tour se situe environ à 5 500 voix.

Le Rassemblement national doit transformer l’essai

10 110 voix dans la 1re circonscription au soir du 1er tour de l’élection présidentielle, le 10 avril, en faveur de Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national (RN), et 8 951 dans la 2nde circonscription. Elle a terminé en tête dans le département, comme en 2017. La dynamique du Rassemblement national est forte (lire notre article). Au second tour, si elle termine 2e dans le département, elle glane 4 000 voix supplémentaires par rapport à 2017. Son nombre de voix total s’est toutefois légèrement effrité au 1er tour entre le scrutin de 2017 et celui de 2022, passant de 10 171 en 2017 à 10 110 en 2022 (- 61 voix) dans la 1re circonscription et de 9 078 en 2017 à 8 951 en 2022 (- 127 voix). En 2017, si Marine Le Pen recueille 19 122 voix dans le département au soir du 1er tour, les deux candidats frontistes n’avaient recueilli de leurs côtés, en cumulé, que 7 568 voix au soir du 1er tour des législatives quelques semaines plus tard, soit une conversion de 39,6 % des voix, alors que le taux de conversion des suffrages exprimés entre le premier tour de la présidentielle de 2017 et le premier tour des législatives de 2017 est de 64,3 %, dans le Territoire de Belfort. Le RN a perdu des votes en route. 

Alors que le nombre d’électeurs inscrits est presque le même (plus de 47 000 électeurs), on observe que le vote FN a été plus fort dans la 1re circonscription (Sud), avec 4 057 voix enregistrés par Jean-Raphaël Sandri en 2017, que dans la 2nde circonscription (Nord), avec 3 511 voix pour Laila Leroy. Le score de Marine Le Pen en 2022 confirme cette meilleure implantation dans le sud : 10 110 voix au premier tour dans la 1re contre 8 951 dans la 2nde , même si la circonscription du sud a 1 000 électeurs de plus cette fois-ci.

Cette dynamique du Rassemblement national entraîne une question dans les états-majors politiques : qui est en mesure de prendre la place de 2e et de grappiller des voix au Rassemblement national (RN) ? De son côté, le parti d’extrême droite est-il en mesure de mobiliser au-delà du scrutin présidentiel ?

L’épuisement du parti Les Républicains

Les partis traditionnels ont totalement dévissé au premier tour de l’élection présidentielle. Dans le cas du parti Les Républicains, le candidat est passé de  12 668 voix en 2017 (François Fillon) à l’échelle du département, à 3 322 en 2022 (Valérie Pécresse) : elle a recueilli 1 790 voix dans la 1re et 1 532 dans la 2nde. En 2017, quand François Fillon enregistrait 6 547 voix dans la 1re circonscription à la présidentielle, Michel Zumkeller en glanait 5 386 au 1er tour des législatives, soit 82,2 % de taux de conversion des voix de la présidentielle. Dans la 2nde circonscription, quand François Fillon enregistrait 6 121 voix à la présidentielle, Ian Boucard en glanait 5 493 au 1er tour des législatives, soit 89,7 % de taux de conversion des voix de la présidentielle. Mais François Fillon, s’il n’avait pas accédé au second tour de la présidentielle, n’avait pas pour autant décroché, comme Valérie Pécresse aujourd’hui.

Cette année, les candidats liés à cette coalition n’ont donc pas du tout de dynamiques et ils doivent remonter 4 000 voix pour espérer se qualifier pour le second tour, avec un contexte national tendu en ce qui concerne le parti Les Républicains. Dans cette équation, il ne faut pas éluder la prime aux sortants, que sont Michel Zumkeller et Ian Boucard. Le premier, à l’UDI, député depuis 2002, n’a jamais vraiment eu de dynamiques nationales pour être porté dans sa circonscription. Par contre, la candidature de Didier Vallverdu (lire ici) fragilise sa position. Ian Boucard dispose de son côté d’une armée de militants permettant de battre la campagne pour rattraper ce conséquent retard. Il pourrait bénéficier d’une candidature de Reconquête, la formation politique d’Éric Zemmour qui diviserait les voix de l’extrême droite. Mais la multiplication des candidatures abaisse aussi mécaniquement le seuil d’accès au second tour. Si la division de l’extrême droite renforce la position de Ian Boucard, par exemple, elle l’expose aussi au poids d’un autre candidat, à gauche notamment s’il y a une union, même minimale (lire ci-dessous). Et l’objectif, c’est bien de terminer deuxième. Dans la circonscription du nord, la candidature de Didier Vallverdu (lire notre article) repose sur ce raisonnement du dernier survivant. Lui aussi verrait d’un bon œil une candidature Reconquête. Mais elle renforcerait d’autres candidats. Les places sont (très) chères.

Quid de la gauche

Selon nos informations, Europe Écologie Les Verts (EELV) ne présentera pas de candidat dans le Territoire de Belfort et laisse la main à la dynamique de l’Union populaire portée par La France Insoumise. Aujourd’hui, quels sont les candidats ? Les noms de Florian Chauche et de Mathilde Regnaud sont soufflés. Le premier est chef de file de la France insoumise (LFI) dans le Territoire de Belfort. La seconde n’est pas encartée mais s’est toujours située entre LFI et EELV. Où iront-ils, mystère pour le moment. Les deux sont conseillers municipaux d’opposition à Belfort.

Au 1er tour de l’élection présidentielle de 2017, le bloc de gauche (Jean-Luc Mélenchon et Benoit Hamon) avait collecté 8 406 voix dans la 1re circonscription et 9 455 voix dans la 2nde circonscription. En 2022, ce bloc (Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot, Anne Hidalgo et Fabien Roussel) collecte 9 327 voix dans la 1re circonscription et 10 609 dans la 2nde circonscription. En cumul, il a progressé. Aux législatives de 2017, le bloc de gauche avait cumulé 5 820 voix dans la 1re circonscription avec 4 candidatures (Laurent Soler (LFI), Vincent Jeudy (EELV), Maude Clavequin (PS) et Jean-Parenty (PCF)) et 5 265 voix dans la 2e circonscription, avec trois candidatures (Bastien Faudot (GRS), Anaïs Beltran (LFI) et Sabine Verdant (PCF)). Cela représente, peu ou prou, le volume de voix nécessaires pour se qualifier au second tour. En 2017, le bloc de gauche a donc converti 69,2 % des voix du premier tour de la présidentielle dans la 1re circonscription et 55,7 % dans la 2nde circonscription. En reprenant ces taux (0,69 et 0,55), les deux blocs de gauche obtiendraient respectivement 6 435 voix et 5 834 voix dans la 1re et la 2nde circonscription en extrapolant les résultats du premier tour de l’élection présidentielle de 2022. Mais cela implique une union.

L’alliance de la gauche est aujourd’hui pourtant hypothétique. Les derniers scrutins locaux ont surtout révélé des fractures. Le retour, dans le paysage politique belfortain, d’un candidat chevènementiste, a réveillé d’anciennes blessures (lire notre article). Samia Jaber s’est, qui plus est, déjà positionnée dans la 2e circonscription (lire notre article) ; on attend le nom du candidat La France Insoumise. Dans le sud, les observateurs se questionnent sur un départ à ce scrutin de Christian Rayot, maire de Grandvillars et président de la Communauté de Communes Sud Territoire. Deux candidatures peuvent-elles cohabiter à gauche sans risquer l’élimination directe ? Les prochains jours permettront de clarifier toutes ces positions. Les candidatures seront à déposer avant le 20 mai.

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