General Electric : une mission pour accompagner les sous-traitants

Depuis janvier, le cluster de la Vallée de l’Énergie porte une mission pour accompagner les sous-traitants de General Electric du nord Franche-Comté et du sud Alsace dans leur recherche de nouveaux clients et leur diversification.

Depuis janvier, le cluster de la Vallée de l’Énergie porte une mission pour accompagner les sous-traitants de General Electric du nord Franche-Comté et du sud Alsace dans leur recherche de nouveaux clients et leur diversification. Un diagnostic a aussi été dressé pour la première fois . Près de 1 500 emplois en sous-traitance sont directement concernés par la situation de General Electric. Le point (notre dossier complet).

Les craintes autour d’un plan social dans la filière turbine à gaz à General Electric (GE EPF) Belfort se précisent. Elles se font plus pressantes. Si plan social d’envergure il y a, les conséquences seront douloureuses pour les sous-traitants, mais aussi pour l’ensemble du nord Franche-Comté. Il est de coutume de dire qu’un emploi industriel génère trois à quatre emplois indirects. Le combat d’un territoire contre la fatalité s’est donc engagé.

Des milliers d’emplois en jeu

La Vallée de l’Énergie porte depuis le mois de janvier une mission d’accompagnement des sous-traitants du géant américain (lire par ailleurs). Selon nos informations, on estime à une centaine le nombre de sous-traitants significatifs de la filière turbine à gaz, dont une trentaine concentre 80 % du chiffre d’affaires sous-traités.

La mission de la Vallée de l’Énergie a commencé par une cartographie de la situation, dont les détails devraient être dévoilés au mois de mai. Une centaine de questionnaires a été adressée à des entreprises de l’énergie. Vingt-six, directement concernées par la situation de General Electric, ont répondu nous confirme-t-on. Ces entreprises embauchent en moyenne 50 personnes. Ce sont donc au moins 1 300 emplois qui sont directement concernées par la situation qui se noue actuellement. Selon nos informations, en moyenne, ces entreprises réalisent 30 % de leur chiffre d’affaires avec la filière turbine à gaz de GE. 

Entre 2017 et 2018, on estime que le marché des turbines à gaz a baissé de l’ordre de 40 %, se répercutant sur les sous-traitants. Les estimations auxquelles nous avons eu accès évoquent une perte de commandes de l’ordre de 15 millions d’euros pour les sous-traitants. « Aujourd’hui, nous savons que le marché des turbines à gaz va se stabiliser sur un niveau bas avec un besoin annuel de production de 30 GW », détaille Dominique Balduini, président de la Vallée de l’Énergie. En plus du ralentissement du marché, il s’avère que la production de composants a quitté Belfort au profit des États-Unis.

Même si l’on annonce une reprise, dès 2020, du marché des turbines à gaz de l’ordre de 3 à 5 % par an, la conjoncture et la nouvelle structure de cette activité obligent les sous-traitants à travailler sur de nouvelles orientations. Quelles que soient les annonces du géant américain.

Une mission appuyée par la Région

Cette mission, qui se termine à l’été 2020, est soutenue par la Région Bourgogne-Franche-Comté à hauteur de 200 000 euros. Un financement validé le 18 janvier en séance plénière du conseil régional. De son côté, General Electric a accepté de détacher deux à trois personnes pour accompagner ce travail ; une participation correspondant à 200 000 euros également. Ce projet est né en juillet 2018, lorsque la présidente de la Région, Marie-Guite Dufay, avait rencontré des syndicats et la direction de General Electric Belfort, ainsi que des sous-traitants.

Trouver de nouveaux débouchés

Deux consultants ont donc été recrutés par la Vallée de l’Énergie pour travailler avec les sous-traitants, autour de trois axes : identifier les savoir-faire transférables vers d’autres domaines industriels ; identifier des prospects à l’étranger pour de nouveaux marchés ; et identifier les formations à mettre en place. Paradoxalement, le niveau de technologie atteint par le nord Franche-Comté implique que les entreprises se tournent vers des marchés lointains pour trouver de nouveaux débouchés, notamment en Asie. D’où l’accompagnement proposé par la Vallée de l’Énergie. « Nous allons les aider à trouver des solutions et à manager leur diversification », explique Dominique Balduini. Les aider à trouver les aides. Orienter les pouvoirs publics pour créer les bonnes formations et conserver les savoir-faire. 85 % des sous-traitants interrogés avouent avoir des problèmes de recrutement et 87 % réclament des aides pour la formation confirme-t-on au Trois.

Préparer la diversification

Le travail mené autour de la diversification conduit notamment vers l’aviation ; un virage déjà emprunté par certaines sociétés. Avec l’idée, en filigrane, de faire venir Safran ou une filiale de l’avionneur à Bourogne, dans le bâtiment non utilisé par General Electric, mais dont la location est contractualisée auprès de Tandem pendant encore plusieurs années. « Ces métiers sont dans les compétences mécaniques du nord Franche-Comté, insiste Dominique Balduini, avant de compléter : Nous avons à Belfort un avantage compétitif certain. » Il voit l’enveloppe de 50 millions d’euros de pénalités comme une aide à cette installation. Les pistes de diversification mènent également vers la filière hydrogène ou la filière nucléaire, certains acteurs évoquant la création de co-entreprises avec EDF ou Areva.

Si les prochaines annonces sont redoutées, ils sont déjà nombreux à travailler pour la suite. « Nos vrais intérêts sont à plusieurs années », reconnaît Dominique Balduini.

"Le bon signal, c'est de dire que nous sommes soudés"

« Notre rôle est d’être à l’écoute du terrain, des salariés et des sous-traitants, relève Sophie Élizéon, préfète du Territoire de Belfort. Puis, de faire remonter les informations pour éclairer le gouvernement. »  « Le bon signal, c’est de dire que dans le territoire, nous sommes soudés et volontaires pour maintenir les compétences et les valoriser », glisse-t-elle également, rappelant que la décision n’est pas de notre ressort. Il faut par contre montrer que « d’autres industriels peuvent venir » et que les « compétences sont transférables ».