General Electric : pas de licenciements contraints, le blocage levé chez Steam

Les organisations syndicales et la direction ont trouvé un accord pour ne pas avoir de départs contraints apprend-t-on de sources concordantes. Les salariés ont approuvé ce jeudi après-midi la levée du blocage de la porte des Trois-Chênes, à Belfort, qui empêche le départ d’un rotor de turbines à vapeur depuis vendredi.

Les organisations syndicales et la direction ont trouvé un accord pour ne pas avoir de départs contraints apprend-on de sources concordantes. Les salariés ont approuvé ce jeudi après-midi la levée du blocage de la porte des Trois-Chênes, à Belfort, qui empêche le départ d’un rotor de turbines à vapeur depuis jeudi dernier. – mis à jour le 7 mai à 13h30.

8 jours. 8 jours de blocage de la porte des Trois-Chênes par l’entité Thermal System Belfort de General Electric à Belfort, une entité spécialisée dans l’intégration des équipements dans les centrales nucléaires (turbines, alternateurs). Une entité surtout composée d’employés de bureau, d’ingénieurs, de techniciens et de cadres. Il n’y a pas de production. Mais face aux différents refus de la direction, leur mobilisation est montée d’un ton jeudi dernier. Ils ont d’abord décidé de bloquer la sortie du rotor d’une turbine à vapeur destinée à la centrale nucléaire d’Hinkley Point C, en Angleterre, puis de bloquer totalement la porte d’entrée, empêchant la sortie de ce convoi, mais aussi des suivants, dont celui d’ une turbine à gaz 9HA. Des méthodes de lutte dont ils ne sont pas familiers. En France, l’ensemble du plan supprime 144 postes.

« Nous avons l’assurance qu’il y a 0 départ contraint », confie Laurent Humbert, élu CFE-CGC au comité social et économique. L’obtention de cet engagement a été difficile. Les négociations âpres. Selon nos informations, la direction ne voulait surtout pas créer de précédent. Et la formulation « 0 départ contraint » ne pouvait pas apparaître. Il s’est donc joué un jeu d’allers-retours sur la bonne formule à trouver, avec appui des avocats, afin de « sécuriser » cet engagement. Chacun mettant la pression sur l’autre. La direction en menaçant de passer en force. Les syndicats en menaçant de maintenir un blocage alors que d’autres turbines devaient sortir, dont une turbine à gaz 9HA.

« Sauvegarder les savoir-faire »

Finalement, le plan va se dérouler en quatre phases. Avant l’été, un plan senior. De juillet à septembre, un plan de départs volontaires. À l’automne, un plan de reclassement. Au cours du premier trimestre 2022, on ouvrira une période de reclassement exceptionnelle. La direction sera obligée de proposer deux offres de reclassement au sein de General Electric, dont une au sein du bassin d’emplois, donc à Belfort. Et une commission doit valider « la viabilité » de l’offre notent les syndicats ; si ces personnes sont reclassées en interne, ce sont aussi autant de postes en moins à supprimer, observe Laurent Santoire.

Les syndicats ont aussi obtenu un portage de 36 mois pour les volontaires au plan senior, pour les catégories professionnelles concernées, mais aussi la validation du principe de substitution entre les postes à la fin du processus, au mois de décembre ; cela permet d’ouvrir à plus de personnes le plan de départs volontaires et pas seulement à ceux visés par le plan. Cette formule doit permettre « de sauvegarder les savoir-faire », remarque Christian Mougenot, de la CFDT. Les besoins seront peut-être différents début 2022, nécessitant des ressources humaines et cela permet aussi, en cas de rachat, de garantir au repreneur le maintien de ces compétences.

« Nous condamnons le plan et les mesures d’accompagnement », rappelle Laurent Santoire, de la CGT. Le syndicat contestataire rendra un avis négatif sur le plan. Mais il signera, car les salariés ont voté en ce sens les mesures d’accompagnement pour qu’ils puissent en bénéficier. « C’est le en même temps de la CGT », glisse-t-il. Le syndicat Sud ne faisait pas partie des négociations, car pas représentatif. Plusieurs de ses militants estiment que l’on aurait pu obtenir davantage, en s’appuyant sur ce blocage. « On aurait pu négocier un peu plus pour les départs volontaires, relève Jean Bérillon. Je remarque que le chèque est environ 20 000 euros moins élevés que ceux obtenus dans les plans chez Gaz et Hydro. » Il y a un peu « d’amertume », même « s’il se félicite de ce qui a été fait ».

« De la force pour l’avenir »

« Il s’est passé quelque chose de fort », estime Laurent Santoire. « Nous avons pu montrer que des ingénieurs et des cadres étaient capables de se mobiliser pour leur emploi, leur entreprise, tout en défendant le projet industriel », ajoute Laurent Humbert. « Une des grandes victoires de cette mobilisation, observe Christian Mougenot, de la CFDT, c’est d’avoir été unis au début, tout au long du mouvement et jusqu’à la décision finale. Cela donne de la force pour l’avenir. » Christian Mougenot insiste sur « la vigilance », à avoir dans les prochains mois, tant sur le charge que sur le projet industriel. “La direction de GE Steam Power Systems a conclu un accord avec les organisations syndicales à la suite d’un dialogue constructif. L’accord soutient notre engagement commun envers l’industrie nucléaire française et les compétences nécessaires pour assurer son avenir », commente pour sa part la direction dans un communiqué de presse.

C’est une victoire pour l’intersyndicale. « L’espoir renaît, conclut Laurent Santoire, avant d’interroger : sans General Electric ? » Tout le monde l’a sur le bout des lèvres. Une autre bataille va débuter, celle de la souveraineté industrielle, nucléaire et énergétique française. C’est tout l’enjeu du rachat de cette activité, partie en 2015 sous pavillon américain. Le piquet sera levé ce vendredi matin.

 

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