GE : la direction veut une production, les syndicats remontés

La direction de General Electric à Belfort va relancer la production, après une suspension d’activité liée à l’exercice du droit de retrait de 250 salariés mardi, en raison de la pandémie de coronavirus. L’industriel veut toutefois assurer un service minimum, dixit les syndicats, avec une cinquantaine d’ouvriers. Les syndicats sont vent debout.

La direction de General Electric à Belfort va relancer la production, après une suspension d’activité liée à l’exercice du droit de retrait de 250 salariés mardi, en raison de la pandémie de coronavirus. L’industriel veut toutefois assurer un service minimum, dixit les syndicats, avec une cinquantaine d’ouvriers. Les représentants du personnel sont vent debout. Selon plusieurs informateurs, la production doit reprendre dorénavant lundi. – mis à jour à 13h, le 19 mars.

Dans un document interne envoyé aux salariés, que Le Trois a pu consulter, la direction du géant américain explique avoir « temporairement stoppé l’ensemble des activités de production afin d’évaluer et de préparer une reprise d’activité dès que possible dans les meilleures conditions sanitaires ». Mardi matin, près de 250 salariés ont fait valoir leur droit de retrait à Belfort et à Bourogne, inquiets des conditions de travail, compte tenu de l’évolution de la pandémie de Covid-19.

« L’entreprise ne prend pas ses responsabilités après mainte et mainte interpellations ni ne prend en compte à sa juste valeur cette période tragique car aucune disposition de masque FFP2 ni de gel hydro-alcoolique ne sont disponibles dans les ateliers, aucune désinfection des postes de travail n’est effectuée », pouvait-on notamment lire dans un tract de la CGT, distribué mardi.

Télétravail obligatoire

Cyril Caritey, délégué syndical, a martelé qu’il fallait respecter les mesures de confinement. « On est des bêtes à produire que l’on n’est pas capable de protéger », s’était-il emporté, mardi soir. Dans sa lettre envoyée mardi soir, Patrick Mafféïs, vice-président des opérations industrielles en Europe, rappelle que General Electric doit pourtant « assurer la continuité [des] activités critiques et [ne peut pas] les stopper durablement sans risques pour la stabilité des réseaux électriques ».

Depuis ce mercredi, comme indiqué dans cette lettre, le télétravail est obligatoire s’il est possible et Skype devient la règle pour les réunions. Mais il y a clairement eu un changement de ton de la direction. Mardi matin, dans un courrier d’Hugh Bailey que nous avons aussi pu consulter, le directeur général de GE France, n’évoquait pas d’obligation : « Tout employé qui peut raisonnablement travailler à domicile doit le faire immédiatement, après avoir échangé avec son supérieur et/ou son RRH. » Une précaution de langage qui avait irrité les syndicats. Aujourd’hui, si un employé doit se rendre sur le site, il doit avoir l’accord de son manager. Le bâtiment Te05, avenue du Maréchal-Juin, est fermé. Et le bâtiment 66, au cœur du site, fera l’objet de mesures d’hygiène renforcées.

« On est le Wuhan de la France, dans l’Est. Et la direction s’entête. »
Cyril Caritey
Délégué CGT de General Electric

« De nous dépend le bon fonctionnement de nombreuses centrales électriques dans le monde qui à leur tour sont clef pour maintenir l’activité d’industries vitales pour nos concitoyens », insiste encore Patrick Mafféïs dans sa lettre. Cette position, qui implique de poursuivre l’activité de production, a dû mal à passer auprès des représentants du personnel. Face à la pression, cette reprise n’est envisagée dorénavant que lundi, selon des sources concordantes. « On ne peut pas mettre décemment la santé des salariés en jeu, avec les risques qu’il y a, car il y aura peut-être un risque de manque d’une pièce. Cela me parait léger », s’étonne un délégué syndical. Et de relever que de nombreuses usines ne tournent pas, en France ou en Allemagne.

Fonctionnement minimum

Selon nos informations, la direction cherche une cinquantaine de volontaires pour assurer la livraison de livrables, pour des centrales en France, Allemagne ou encore à Singapour. Ce sont des opérations pour des pièces de rechange. Cette position d’une activité minimale n’a pas été confirmée par la direction. Dans un communiqué transmis mercredi soir, l’industriel américain rappelle : « En tant qu’acteur stratégique dans le domaine de l’énergie, nous devons assurer la continuité de la production et de nos activités de services pour répondre aux besoins vitaux de nos clients en France et dans le monde. » Puis de glisser : « La priorité numéro 1 de GE est la santé et la sécurité de nos employés. » La production va donc reprendre. Et l’attitude concerne autant la branche turbines à gaz que Steam, ex-Alstom.

La direction demande aux partenaires sociaux de « participer activement à l’application et au renforcement des mesures de distanciation et de gestes barrières conformément aux recommandations des autorités sanitaires ». Cela doit permettre « une reprise du travail pour nos équipes dans les meilleures conditions ». Selon les élus syndicaux, on promet des solutions savonneuses, des masques FRP2 et des dispositifs pour confiner le matériel si besoin. Dans sa lettre, Patrick Mafféïs énumère également plusieurs nouvelles mesures pour assurer la sécurité sanitaire : signalisation accrue ; fréquence de nettoyage augmentée ; nouveau protocole d’accueil des fournisseurs. Mais les syndicats ne comprennent pas pourquoi on n’acte tout simplement pas 15 jours de confinement, avec instauration d’un dispositif d’activité partielle. Pour eux, cela ne remet pas en cause l’efficience des centrales.

La fédération de la métallurgie de la CGT va appeler les salariés à ne pas se rendre au travail précise Cyril Caritey. « On change de ton », certifie le délégué de la CGT, confiné à son domicile. « On est le Wuhan de la France dans l’Est, image-t-il. Et la direction s’entête. » La CGT a déposé mardi matin une procédure de danger grave et imminent, sur l’absence de matériel de protection. D’autres procédures sont évoquées.

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