Eurockéennes : mais que fait un programmateur pendant le festival ?

Kem Lalot est le programmateur des Eurockéennes de Belfort, organisées ce week-end. Pendant la durée du festival, on le voit aller et venir. Passer d’un concert à l’autre. Les portes du festival ouverte, il devrait pouvoir lever le pied ! Pourtant non… immersion dans l’autre vie du programmateur.

Kem Lalot est le programmateur des Eurockéennes de Belfort, organisées ce week-end. Pendant la durée du festival, on le voit aller et venir. Passer d’un concert à l’autre. Les portes du festival ouvertes, il devrait pouvoir lever le pied ! Pourtant non… immersion dans l’autre vie du programmateur.

On pourrait se dire que quand le festival commence, son travail est définitivement terminé ! Ce travail, c’est celui de programmateur. La mission confiée à Kem Lalot. Le programmateur des Eurockéennes a calé 80 % des artistes présents ce week-end, sur les quelque 70 concerts prévus. Alors, que fait-il pendant le festival, outre répondre aux élucubrations d’un journaliste ? « J’aime bien aller picorer à tous les concerts », confie, sourire aux lèvres, Kem Lalot. Il n’en voit que très peu en entier, mais il va voir beaucoup de représentations. Sur la soirée de jeudi, il peut décrire la performance de The Hu – « très gutturaux, une puissance phénoménale » –, celle de NTM – « quelle puissance ; JoeyStarr et Kool Shen étaient très complices » – sans oublier « la légende » The Slach et même avoir un mot sur The Chainsmokers et les locaux de The Bigger. « Ce n’est jamais facile d’ouvrir le festival », concède Kem Lalot à leur égard, très satisfait de leur prestation sur la plage. Heureux aussi de les voir assurer comme ça sur scène. Plusieurs milliers de personnes ont profité de leurs notes.

Pendant le festival, justement, Kem Lalot prend le temps de voir des jeunes pousses. « Je regarde si cela tient la route sur scène », détaille-t-il, tout en précisant que s’il programme, c’est qu’il est presque sûr de son coup. Il n’envoie personne à la casse. « Si je ne suis pas sûr, je préfère leur dire d’attendre l’année d’après », confie-t-il. Il guette « leurs évolutions », complète-t-il, en se souvenant avec émotion de la programmation du rappeur belfortain Pihpoh, en 2018, sur la GreenRoom. C’était un petit pari. Mais le rappeur a rencontré son public. Ses fans. Et quelle gestion de la scène, avec un concert capté par des caméra 360°.

Du business

Outre les jeunes pousses, Kem Lalot regarde aussi la complicité des artistes avec le public. Et se questionne. Était-ce programmé au bon moment ? Trop tôt ? Trop tard ? Au bon endroit ? Une programmation, c’est une alchimie jamais simple à trouver. Dont les paramètres bougent constamment. Il a par exemple le souvenir d’un concert qui n’a pas du tout rencontré son public. C’était en 2010, avec Missy Eliott. « Son show n’était pas prêt », se remémore-t-il. Elle avait changé une partie de son équipe la semaine d’avant et avait maintenu sa tournée. Ç’a finalement foiré ! Ces quatre jours représentent donc l’étape du contrôle qualité de son année de travail. Il surfe un peu sur les réseaux sociaux pour écouter les bruits autour des concerts. Il écoute les festivaliers sur le site. Sur cette programmation des 30 ans, il est content « de la bonne rythmique générale », note-t-il. « Si tu aimes le rap ou que tu aimes le rock, tu peux te faire un parcours exclusivement rap ou rock, voire électro », remarque-t-il, tout en insistant sur le fait de rechercher à programmer toutes les esthétiques sur toutes les scènes. « Pour amener le public à bouger sur le site du festival », explique-t-il.

Mais au-delà des concerts, sa vraie mission lors des Eurockéennes, ce sont les relations publiques. « Je profite de la présence des artistes pour échanger, pour rencontrer les personnes avec qui j’ai travaillé pendant un an pour programmer un concert », énumère-t-il. Il capitalise également sur la présence des agents pour évoquer de futurs concerts. De leur programme de l’année suivante. Des artistes en tournée. Des projets que l’on peut monter. Pendant les Eurockéennes, « je fais du business », sourit-il, avant de passer à la prochaine interview !