Éric Peultier : « Sochaux 2022, une équation à beaucoup d’inconnues »

Éric Peultier, délégué syndical Force ouvrière à Stellantis Sochaux (ex PSA) et secrétaire de la section FO Métaux de Sochaux.

Éric Peultier, délégué syndical Force ouvrière à Stellantis Sochaux (Ex-PSA) et secrétaire de la section Force ouvrière Métaux Sochaux, revient sur les grands dossiers qui animent l’usine de Sochaux : la naissance de Stellantis ; le projet industriel Sochaux 2022 ; ou encore le télétravail. Autant de sujets où le syndicat réformiste a des choses à dire. Entretien.

Éric Peultier, délégué syndical Force ouvrière à Stellantis Sochaux (Ex-PSA) et secrétaire de la section Force ouvrière Métaux Sochaux, revient sur les grands dossiers qui animent l’usine de sochalienne : la naissance de Stellantis ; le projet industriel Sochaux 2022 ; ou encore le télétravail. Autant de sujets où le syndicat réformiste a des choses à dire. Entretien.

L’actualité de ce début d’année, c’est la naissance de Stellantis, issu de la fusion de PSA avec Fiat Chrysler Automobiles (FCA). Quelle est votre réaction ?

Devenir le 4e groupe mondial, c’est forcément une bonne chose ; cela va ouvrir des portes, notamment sur des territoires où PSA n’était pas présent. Cela va renforcer le groupe, on l’espère. Nous espèrons aussi que l’avance technologique que nous avons aujourd’hui sur la recherche et le développement (R&D) va permettre de conserver cette avance et les salariés sur Sochaux. Nous souhaitons que Sochaux reste le centre de R&D le plus important, Stellantis compris. Sur la partie production, cette fusion est aussi intéressante. Demain, pourquoi ne pas fabriquer à Sochaux un véhicule de FCA. Peu importe si nous faisons un Peugeot 3008, un Opel Grandland X ou si demain nous faisons un Lancia ou un Alpha Roméo en SUV. L’intérêt, c’est de garder de l’emploi. Pour le site de Sochaux, Stellantis doit nous garantir de l’emploi en termes de production, mais aussi en termes de R&D. Avec nos plateformes, nous avons une longueur d’avance sur FCA.

L’autre actualité de ce début d’année, c’est le chiffre de la  production 2020 de l’usine de Sochaux, une année marquée par la crise sanitaire. 310 000 véhicules ont été produits. Un niveau similaire à 2014. Quel constat faites-vous ?

C’est un chiffre historiquement bas par rapport aux chiffres historiquement haut que nous avons pu avoir ces deux dernières années (515 000 véhicules en 2019 et 501 319 en 2018, NDLR). Ce que je retiens, c’est que le site de Sochaux reste pour le groupe, en France, le site qui a produit le plus de véhicules. Côté social, cela s’est fait avec 2 000 salariés de moins qu’en 2014. Effectivement, il y a eu des rationalisations faites régulièrement sur les lignes. Il y a peut-être eu aussi des temps d’ouverture différents ; je n’ai pas encore analysé la question. En 2014, l’amplitude horaire n’avait pas de VSD par exemple. Ce qui faut retenir, c’est que le site de Sochaux se porte bien, car nous savons répondre à la demande des clients.

3008, 5008 par exemple…

Les 3008 et 5008 fonctionnent très bien. La 308 fonctionne encore bien. Nous avons la chance d’avoir des véhicules porteurs, qui se vendent. En parallèle, nous avons aussi des salariés qui fatiguent. Il va falloir impérativement trouver un réglage.

"Peu importe si nous faisons un Peugeot 3008, un Opel Grandland X ou si demain nous faisons un Lancia ou un Alpha Roméo en SUV. L’intérêt, c’est de garder de l’emploi"
Éric Peultier, délégué syndical Force ouvrière à Stellantis Sochaux (ex PSA) et secrétaire de la section FO Métaux de Sochaux.
Éric Peultier
Délégué syndical Force ouvrière

Vous abordez le volet des conditions de travail. Avec la crise sanitaire, les intérimaires n’ont pas été prolongés. En parallèle, on observe la programmation de séances supplémentaires : 3 séances pendant les vacances de Noël ; travail le samedi pour les tournées A et B du système 2 fin 2020 ; activation des plages horaires de flexibilité. On sollicite de plus en plus les équipes. Comment sentez-vous l’ambiance des ateliers ?

Ce que nous dénonçons aujourd’hui à FO, c’est le manque d’effectifs. Nous sommes à la limite de l’exercice dans beaucoup de secteurs. Il va falloir que la direction se penche sur le sujet. Faire des samedis ou faire des allongements d’horaire, avec les effectifs, cela passe encore. Notamment parce que nous avons signé des accords et que les salariés le sentent à la fin du mois sur la feuille de paie. Mais, n’ayant pas les effectifs, les salariés, au lieu tenir un poste, en tiennent 2. Le rythme devient compliquer et ils ne peuvent plus prendre leurs congés. Cela devient pesant. Ok, il y a de la production. Ok, les salariés veulent bien faire un certain nombre d’efforts. Maintenant, à la direction de faire les efforts pour qu’ils puissent prendre leurs congés et qu’ils puissent se reposer.

Nous sommes sur cette jonction qui mène à Sochaux 2022.

Il n’y aura pas de problèmes en termes d’effectifs pour Sochaux 2022 par rapport à ce que nous avons aujourd’hui. Mais pas de problème, CDI ! Les intérims vont être certainement beaucoup moins nombreux sur Sochaux 2022. À FO, nous tirons la sonnette d’alarme sur les métiers qui risquent de changer. Qu’a prévu la direction comme plan de formation et comme moyens donnés aux salariés pour pouvoir changer de métier ? Sochaux 2022, ce n’est pas le Sochaux des années 2000. Des métiers vont changer : je pense notamment à la logistique. Sochaux 2022 veut réduire le longueur de cheminement des pièces. Ce cheminement se fait par des salariés en logistique. Il faudra bien retrouver un job à ces salariés. La direction dit qu’on aura de la place pour eux. Mais comment les forme-t-on ?

"On ne pourra pas être au nominal, former les salariés et sortir la production. Il y a une équation à beaucoup d’inconnues aujourd’hui. Nous sommes très clairs : il faut former les salariés, pour qu’ils puissent demain tenir leur poste à Sochaux 2022"
Éric Peultier, délégué syndical Force ouvrière à Stellantis Sochaux (ex PSA) et secrétaire de la section FO Métaux de Sochaux.
Éric Peultier
Délégué syndical Force ouvrière

C’est l’enjeu de 2021…

Pour nous, c’est l’enjeu de 2021, parce que ce n’est pas en 2022 qu’il faudra se dire : « Mince, j’ai un cariste et il faut que je le transforme en ferreur, en monteur, en contrôleur ou en maintenancier… » Ce sera trop tard. Il y a beaucoup de métiers, s’il y a besoin de faire un changement, il faut le préparer et l’opérer en 2021. Pour que nous soyons prêt en 2022.

D’où la nécessité d’avoir des effectifs supplémentaires…

D’où la problématique qui en découle automatiquement en termes d’effectifs… On ne pourra pas être au nominal, former les salariés et sortir la production. Il y a une équation à beaucoup d’inconnues aujourd’hui. Nous sommes très clairs : il faut former les salariés, pour qu’ils puissent demain tenir leur poste à Sochaux 2022.

Est-ce la seule inquiétude aujourd’hui ?

C’est la grande interrogation, effectivement. Mais le site de Sochaux, demain, n’aura plus, non plus, de transport. Nous le dénonçons depuis des années. La direction supprime les lignes de transport, mises en place par la famille Peugeot, pour aller chercher les salariés. Elles permettaient justement d’avoir les salariés à l’heure tous les jours sur les lignes de montage. Nous souhaitons qu’il y ait une compensation et nous souhaitons qu’il y ait une réflexion aussi – et j’ai commencé à initier la démarche – avec Pays de Montbéliard Agglomération, sur les transports en commun du pays de Montbéliard, voire sur Belfort. Ne peut-on pas se mettre autour de la table avec PMA, avec Moventis, et Belfort, avec Optymo, pour peut-être créé des lignes. Aujourd’hui, l’usine commence à bosser à 5 h : il n’y a pas de bus. Et elle finit à 22 h : il n’y a pas de bus non plus (en marge, Éric Peultier rappelle aussi l’accord national qui impose à l’employeur de prendre en charge 50 % d’un abonnement de transport en commun, NDLR).

Sur Sochaux 2022, vous évoquez aussi la partie sociale. C’est-à-dire ?

Nous avons eu une belle présentation de la partie industrielle. Mais nous serons vigilants sur la partie sociale : les places de parking, les vélos, le cheminement, les lieux de restauration, de pause, les toilettes… Est-ce qu’on prend en compte la crise sanitaire et les problématiques d’hygiène ?

"Quand vous êtes au bureau, vous levez la tête, vous allez voir le copain, vous allez à la machine à café, on discute du problème et on revient avec une solution."
Éric Peultier, délégué syndical Force ouvrière à Stellantis Sochaux (ex PSA) et secrétaire de la section FO Métaux de Sochaux.
Éric Peultier
Délégué syndical Force ouvrière

Un des gros dossiers 2020 fut le télétravail. PSA veut en faire une norme. Vous parlez de travail à la maison…

On impose aux salariés d’aller travailler à la maison. C’est PSA, mais aussi le Gouvernement, avec la crise covid. Je n’aime pas cette notion de télétravail. Il y a des choses qui ont déjà été négociées dans nos deux précédents accords chez PSA, où nous avons eu bien des difficultés à le mettre en place. À l’époque, la direction – et ça ne remonte pas à si longtemps – disait : « Non. Ce n’est pas possible de faire télétravailler les gens, qu’ils restent à la maison et qu’ils bossent. » Aujourd’hui, c’est un revirement complet, en disant : « Tout le monde doit rester à la maison. » Les salariés ne sont pas protégés par un accord et surtout ne bénéficient de rien. Ce que nous disons à FO, c’est que le télétravail doit être un choix. Pourquoi doit-il le choisir ? Parce que tous les salariés n’ont pas la possibilité de télétravailler dans de bonnes conditions. Le télétravail, ce n’est pas je pose mon ordi sur la table de la cuisine et je m’assois sur le tabouret. Ce ne sont pas des conditions de travail acceptables. Le télétravail impose un certain nombre de règles pour que les salariés puissent travailler dans de bonnes conditions à la maison. Dans ce cadre, la direction doit donner des compensations financières, pour peut-être investir dans un bureau, un fauteuil, un écran, les connexions Internet… Tout cela doit se mettre en place et se négocier. Aujourd’hui, la direction freine des quatre fers et se retranche derrière le Gouvernement. FO a négocié au niveau national un accord interprofessionnel sur le télétravail, qui dit bien que le télétravail reste du double volontariat. C’est-à-dire que le salarié et le patron doivent être d’accord. Après, restera à gérer toute la problématique des accidents ou du droit à la déconnexion.  

Le télétravail, ce n’est pas forcément le travail à la maison…

Cela peut en effet être du travail dans des lieux spécifiques. Mais bien souvent, ce n’est pas gratuit. Qui va payer dans ce cas-là ? Ce n’est pas aux salariés de payer un abonnement parce qu’il va louer une place dans un lieu prévu pour. Il va falloir que la direction se positionne. Le télétravail n’est pas une mauvaise idée – je ne vais pas dire le contraire alors que nous avons amené le sujet il y a quelques années – sauf qu’il faut l’encadrer. Nous avons le retour d’expérience d’un certain nombre de salariés qui sont psychologiquement détruits parce qu’ils sont à la maison. Ils n’ont plus de contacts avec l’extérieur. Ils n’ont plus de contacts avec leurs collègues. Combien de solutions sont trouvés autour de la machine à café, parce qu’on en discute avec le copain ? Quand vous êtes à la maison, vous faites une audio, ça dure 10 minutes, 20 minutes, mais ce n’est pas le moment de détente qui sert aussi à trouver des solutions. Quand vous êtes à la maison, vous êtes planté sur un truc : le copain est en ligne, l’autre ne travaille pas aujourd’hui. Quand vous êtes au bureau, vous levez la tête, vous allez voir le copain, vous allez à la machine à café, on discute du problème et on revient avec une solution.

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