Dans le secteur privé, le manque de reconnaissance des métiers de l’humain suscite l’exaspération

Dans les métiers de l’humain, tout le monde n’est pas traité à la même enseigne. Notamment dans le secteur du privé non lucratif, où nombreux sont les postes à ne pas avoir été revalorisés financièrement, contrairement au public.

Dans les métiers de l’humain, tout le monde n’est pas traité à la même enseigne. Notamment dans le secteur du privé non lucratif, où nombreux sont les postes à ne pas avoir été revalorisés financièrement, contrairement au public. Fédération des acteurs de la solidarité, Fehap, Unapei, Nexem, Uriopss, toutes ces instances se sont réunies en interfédérale pour dénoncer une crise qui menace tout un éco-système de santé. 

La colère gronde. Fédérations, syndicats d’employeurs, associations : ils sont 5 instances de représentation du secteur social, sanitaire et médico-social à se regrouper pour dénoncer le manque de reconnaissance financière dans le secteur privé non lucratif. « Depuis deux ans, nous soulignons la nécessité de mesures urgentes en faveur d’une revalorisation de tous les métiers du social et du médico-social », soulignent les différents acteurs dans un communiqué commun, mettant en exergue « mécontentement » et « exaspération »

Si la crise a mis en avant « le rôle indispensable » des professionnels qui accompagnent les plus fragiles, les acteurs déplorent que les revalorisations ne suivent pas. « De nombreux professionnels sont exclus des revalorisations, alors qu’ils sont tout autant engagés dans l’intérêt général.» Ils poussent un cri d’alarme : ce manque de reconnaissance cause des tensions sociales grandissantes, de l’épuisement, des départs. Thierry Fromont, délégué régional de Nexem, organisation professionnelle des employeurs associatifs dans le secteur social, sanitaire et médico-social détaille : « Une partie des métiers a eu une revalorisation. Mais pas tous ! Cela amène de fortes tensions, à des démissions. Qui mettent aussi en insécurité les personnes accueillies.»

« Au total, ce sont plusieurs dizaines de milliers de nos concitoyens en région Bourgogne-Franche-Comté qui sont concernés par nos soins », pointent les organisations, pour montrer l’importance de ce réseau et l’importance de reconnaître tout le personnel pour le garder. « C’est un système complet avec des personnes accompagnées au quotidien », rappelle gravement Lauriane Prandato, porte-parole d’Unapei, fédération d’associations  de représentation et de défense des intérêts des personnes handicapées mentales et de leurs familles. 

Thierry Fromont parle de « 1 500 postes vacants » dans ces milieux sur la région. « Et au niveau national, ce sont 150 000 départs à la retraite qui arrivent dans les prochaines années : cela nous inquiète beaucoup.» Dans le détail, Catherine Serre, porte-parole d’Uriopss qui s’occupe de la valorisation des acteurs privés non lucratifs de solidarité pointe une non-activité de 10% dans le secteur de l’aide à domicile. « Les associations formulent des demandes, mais il n’y a plus personne pour les mettre en place », détaille-t-elle.  Tous s’accordent sur un point : « Il n’est plus possible d’attendre. Il faut agir maintenant.»

Disparité public/privé

Luc Bénet, délégué régional de la Fehap (fédération des établissements hospitaliers et d’aide à la personne privés non lucratifs) dénonce les disparités de traitement entre public et privé. « Les accords Ségur ont créé un appel d’air vers l’hôpital. Les personnels du privé sont tentés d’aller vers le public.» Pour lui, il est intolérable que les deux milieux ne soient pas traités de la même manière alors que le milieu privé permet, notamment dans les milieux ruraux, de faire le lien et d’accompagner au plus proche. « Si nous tombons, c’est tout le tissu associatif qui tombe avec nous. C’est un coup sur la tête que de ne pas revaloriser.»

Quant aux démarches engendrées pour être mieux reconnu, Thierry Fromont explique avoir sollicité l’exécutif. Mais dénonce un manque de visibilité. « Nous n’avons aucun retour sur l’alerte », raconte-t-il. Avant d’ajouter attendre des réponses très rapidement pour pouvoir revaloriser le personnel rétroactivement sur le salaire de juin. Catherine Serre, d’Uriopss, ajoute : « Nous n’avons pas les moyens d’augmenter sur nos fonds propres », démontrant la nécessité d’une augmentation de la part de l’Etat à « l’euro près ». Si leurs revendications viennent à être prises en compte, ce qui n’est pas chose faite, Hélène Melquiot, chargée de mission à la Fehap, regrette tout de même que les revalorisations ne se fassent pas en même temps dans le public et le privé. « Encore une fois, si certains obtiennent une revalorisation et d’autres non, il y aura de nouvelles tensions », s’inquiètent les différentes organisations. 

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