Cédric Perrin : « Il faut augmenter le budget de la défense »

Cédric Perrin, sénateur Les Républicains du Territoire de Belfort, mène un retour d’expérience sur la guerre en Ukraine, dans le cadre de la prochaine loi de programmation militaire. Dans ce contexte, il invite aussi à penser l’économie comme une économie de guerre.
Cédric Perrin, sénateur Les Républicains du Territoire de Belfort. | ©DR
Cédric Perrin, sénateur Les Républicains du Territoire de Belfort, mène un retour d’expérience sur la guerre en Ukraine, dans le cadre de la prochaine loi de programmation militaire. Dans ce contexte, il invite aussi à penser l’économie comme une économie de guerre.

Si vis pacem, para bellum. Si tu veux la paix, prépare la guerre, indique cette locution latine. La question qui se pose, c’est quelle guerre ? Depuis plusieurs décennies, la paix repose sur la dissuasion nucléaire et la définition d’intérêts vitaux qui, menacés, justifieraient le déclenchement de la riposte nucléaire. Mais comment réagit-on lorsque la menace se situe sous le seuil de cette riposte ? L’invasion de l’Ukraine par la Russie, en février 2022, rebat les cartes des conflits et pose cette question, ramenant par la même occasion la guerre sur le continent européen. Elle replace sur l’échiquier géopolitique mondial la potentialité d’un conflit entre États après deux décennies de guerres asymétriques et de luttes anti-terroristes.

Cédric Perrin, sénateur Les Républicains (LR) du Territoire de Belfort, vice-président de la commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées au Sénat, multiplie les auditions depuis début décembre dans le cadre d’une mission d’informations sur les enseignements de la guerre en Ukraine. Ce retour d’expérience vise notamment à discuter des besoins capacitaires de l’armée française, dans le cadre du vote de la prochaine loi de programmation militaire (LPM), qui courra de 2024 à 2030, et qui sera votée en 2023.

La 4e compagnie du 35e régiment d'infanterie de Belfort en stage d'aguerrissement au sommet du ballon d'Alsace (©Le Trois – TQ).

« On a besoin de retrouver de la masse »

Aujourd’hui, il faut se préparer à la guerre à haute intensité. L’artillerie y joue notamment un rôle précieux. « Elle a repris ses lettres de noblesses », constate le sénateur Cédric Perrin. C’est ainsi que l’armée ukrainienne a réussi à repousser la Russie ces derniers mois. L’armée française a notamment envoyé des canons Caesar et des lance-roquettes unitaires (LRU) du 1er régiment d’artillerie de Bourogne (lire notre article), dernier matériel chenillé de l’armée française avec le char Leclerc.

Ce type de conflit nécessite beaucoup de moyens humains et matériels. Et met en valeur le manque de ressources de l’armée française. Et de citer les 129 avions Rafales prévus par la loi de programmation militaire, dont douze vendus à des puissances étrangères ; la moitié est utilisable. Et on ne sait combien sont équipés des dernières technologies, comme le radar AESA. Côté artillerie, les estimations évoquent une cinquantaine de pièces disponibles, sur la centaine inscrites sur le papier. Côté chars, on annonce 200 chars Leclerc disponibles. « On a besoin de retrouver de la masse », estime le sénateur. De la masse, qui permet aussi de durer. À ce titre, il trouve intéressant de retrouver des réserves ; le Gouvernement ambitionne de disposer de 85 000 réservistes prochainement, contre 77 000 aujourd’hui (lire notre article).

Mais cet investissement dans le matériel ne doit pas se faire sans un investissement ailleurs. Il faut toujours gagner la guerre avant la guerre, en disposant de moyens numériques et cybernétiques insiste-t-il. « Si la cyber n’est pas une arme suffisante pour gagner la guerre, elle constitue en revanche une capacité indispensable pour conserver l’avance sur l’ennemi », relevait à ce titre, sur les réseaux sociaux, Cédric Perrin avant une nouvelle audition. La guerre informationnelle menée depuis des années par Vladimir Poutine, le dirigeant russe, a fragilisé l’Occident convient-il. Et elle n’était pas loin de le diviser.  « Ç’a failli réussir », admet le sénateur, évoquant l’opération de déstabilisation contre l’armée française du groupe paramilitaire russe Wagner, au Mali. Paradoxalement, son invasion de l’Ukraine a cette fois soudé les membres de l’Union européenne et les partenaires de l’Otan. En Ukraine, on a aussi vu la force de l’inter-opérabilité des armées membres de l’Otan, avec des systèmes qui savaient communiquer les uns avec les autres.

Aujourd’hui, les partenaires de l’Otan ont validé l’idée « d’une stratégie de défense avancée », comme on peut le lire dans un rapport de la commission défense et sécurité de l’assemblée parlementaire de l’Otan, à laquelle appartient Cédric Perrin, et dont il était rapporteur. « Dès lors que la menace se fait ressentir davantage sur le flanc Est, une telle stratégie requerrait la présence permanente de forces d’une taille significative dans la partie orientale du territoire de l’Alliance », peut-on également lire dans ce document. L’Europe de l’Est a été replacée sur la carte de l’Otan, très tournée vers la zone Indo-pacifique. Mais les États-Unis ont aussi fortement investi en Ukraine pour montrer leur puissance à la Chine et les dissuader d’intervenir à Taïwan.

Le poids de l’inflation

Pour retrouver de la masse, le pays a aussi besoin de revoir la manière de produire. Plus vite. Et mieux. « Il faut être en capacité de mettre en place des mesures extraordinaires. On ne peut pas mettre 2 ans à valider quelques chose », met en garde le parlementaire. Même les montées en cadence des usines seraient difficiles alerte-t-il. Il met enfin en garde sur les difficultés de financements des entreprises, par les banques, réticentes à soutenir les activités de défense déplore Cédric Perrin, invitant à la vigilance sur ce dossier. La défense, ce sont 200 000 emplois directs, insiste le sénateur. La crise sanitaire a aussi souligné l’importance de maîtriser nos chaînes d’approvisionnements et de disposer d’une industrie résiliente.

« Il faut donner les moyens et faire des commandes », indique le sénateur, qui réclame une augmentation du budget de la défense. Et d’indiquer que contrairement aux annonces du ministre des Armées, il n’y a pas eu de demandes complémentaires à ce qui était prévu dans le budget. « Nous n’avons pas d’autres solutions que d’augmenter le budget de la défense », insiste-t-il, surtout que l’inflation et l’invasion ukrainienne ont mobilisé plus de crédits. Certes, le budget de la défense était en augmentation de 3 milliards d’euros en 2022, conformément aux engagements de la loi de programmation militaire (LPM) couvrant la période 2019-2025, mais l’inflation a déjà coûté 400 000 euros, soit plus de 10 % de cette enveloppe supplémentaire. L’enveloppe des opérations est quant à elle passée de 1,3 à 2,2 milliards d’euros. Il comprend pourquoi les budgets ont diminué depuis le milieu des années 2000. « Mais pour tenir nos engagements et améliorer l’ordinaire, il faut aller plus loin », souligne Cédric Perrin, rappelant l’importance de renforcer nos capacités aériennes et maritimes pour défendre aussi les intérêts français dans les zones stratégiques du Globe, comme certains détroits. « Nous avons besoin de moyens pour défendre nos intérêts au large », soutient-il.

La prochaine enveloppe de la loi de programmation militaire doit osciller entre 375 et 420 milliards d’euros. Quel sera l’arbitrage d’Emmanuel Macron questionne alors Cédric Perrin. « Lorsque le monde est en paix, un homme de bien garde son épée à son côté », écrit Sun Tzu dans L’Art de la guerre, invitant à rester sur le pied de guerre en temps de paix. Mais la guerre en Ukraine invite à redéfinir la manière de se préparer.

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