Amazon : petite leçon de tactique politique au Grand Belfort

Samia Jaber et Bastien Faudot, conseillers municipaux d’opposition à Belfort et conseillers communautaires au Grand Belfort, ont soumis ce lundi soir une motion aux élus du conseil d’agglomération, demandant de la transparence sur ce dossier. Les élus ont largement voté contre cette proposition. Mais elle a donné l’occasion d’une joute verbale intense. Acculée depuis plusieurs jours, la majorité de Damien Meslot, a riposté.

Samia Jaber et Bastien Faudot, conseillers municipaux d’opposition à Belfort et conseillers communautaires au Grand Belfort, ont soumis ce lundi soir une motion aux élus du conseil d’agglomération, demandant de la transparence sur le dossier de l’installation d’Amazon à l’Aéroparc de Fontaine. Les élus ont largement voté contre cette proposition. Mais elle a donné l’occasion d’une joute verbale intense. Acculée depuis plusieurs jours, la majorité de Damien Meslot a riposté.

« Notre collectivité́ souhaite garantir un contrôle démocratique exigeant sur ces implantations compte tenu de l’ampleur des projets et de leurs conséquences potentielles », peut-on lire dans la motion soumise par Bastien Faudot (Gauche républicaine et socialiste) et Samia Jaber (divers gauche), conseiller municipaux d’opposition à Belfort, de la liste Belfort en Grand, et conseillers communautaires. Leur demande concerne le dossier Amazon, client final envisagé sur l’une des deux plateformes logistiques en projet à l’Aéroparc de Fontaine, si ce n’est les deux.

Les deux élus réclament « un débat citoyen transparent », invoquant les débats organisés lors du projet d’implantation de DHL à l’Aéroparc en 1996 ou le projet d’implantation de Center Parc à Florimont en 2001. Ils proposent un référendum local pour acter l’implantation.
« Ce sont des carabistouilles », a d’abord répondu Damien Meslot, président Les Républicains du Grand Belfort, avant de dérouler son plan de bataille. Il avait bien préparé le dossier, mais avait surtout bien organisé un feu croisé entre lui, Florian Bouquet (LR), président du conseil départemental du Territoire de Belfort, et le député Ian Boucard (LR).

Légitimité des urnes

D’abord, décrédibiliser. L’information a été véhiculée par « un site extrêmement activiste », remarque Damien Meslot. L’information a été dévoilée par le site Factuel.info. Le document apporté par le site d’information confirmait de profonds soupçons. Après plusieurs vérifications, de nombreux médias, dont Le Trois, mais aussi France bleu Belfort-Montbéliard, L’Est Républicain, France 3 Bourgogne-Franche-Comté et l’Agence France Presse (AFP) ont également relayé ce fait. Car c’est un fait. Ni plus, ni moins.

Ensuite, organiser la riposte. « Il y a eu des élections, relève le président du Grand Belfort et maire de Belfort. Les gens se sont prononcés. » En filigrane, il n’y a pas besoin de référendum. Il a ressorti un tract publié par les deux élus d’opposition au mois de juin 2020. « Le seul moyen de mettre un terme à ce projet dévastateur est de le sanctionner dimanche dans les urnes », lit Damien Meslot. Selon lui, il a été élu, les électeurs ont donc tranché. « Faudot, 14 %, Meslot, 57 % », ironise le président du Grand Belfort en rappelant les résultats du second tour des élections municipales, le 28 juin ; la liste de Samia Jaber et Bastien Faudot a recueilli 14,38 % des suffrages exprimés, arrivant 3e et celle de Damien Meslot, 56,98 %.

L’emploi, argument massue

« Le seul débat, c’est l’emploi », insiste Florian Bouquet, président du conseil départemental. Et celui-ci rappelle que les plateformes offrent des débouchés professionnels aux bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA). Ian Boucard (LR) rappelle qu’il y 12 912 demandeurs d’emplois dans le Territoire de Belfort (source Insee, au 31 mai 2020) et que 22 % sont des employés non qualifiés. On ne lutte pas « contre la précarité en multipliant les aides sociales », estime-t-il. Dans la motion, Bastien Faudot et Samia Jaber rappellent que « l’activité́ économique n’est pas positive par principe » et invitent à veiller « à l’intérêt général de notre territoire ». « Le monde d’Amazon, c’est le monde du moins-disant social », interpelle également Samia Jaber, qui demande plus de cohérence entre le soutien aux commerces de centre-ville et l’implantation d’Amazon. « Le débat sur l’emploi est totalement biaisé, a regretté Mathilde Regnaud-Nassar. Il n’y a qu’à regarder la taille des parkings pour savoir qu’il n’y a pas 1 000 emplois. »

« Vos interventions intempestives nuisent à l’image des entreprises qui veulent s’installer », tance Damien Meslot en s’adressant à Bastien Faudot, le comparant à Don Quichotte. Mathilde Regnaud-Nassar, conseillère municipale d’En Commun pour Belfort et conseillère communautaire, a voulu rappeler que plus de la moitié de l’assemblée communautaire « n’a pas voté sur ce programme ». Sa liste a terminé 2e le 28 juin, avec 19,55 % des suffrages exprimés.

Les élus d’opposition sont en ordre dispersés sur le sujet. Ils n’ont pas réussi à s’entendre pour un texte commun. Un élu du Grand Belfort reprochant même « un ton trop politique » au document.

Premier contournement en 2024

Après avoir clivé, il est l’heure de rassembler. Dernière étape, donc, rassurer les maires présents au Phare pour ce conseil d’Agglomération et inquiets des nuisances induites par ces projets. « Le problème qui existe, c’est la desserte de l’Aéroparc et les maires ont raison », glisse, habilement, Damien Meslot. « Nous travaillons sur la construction de deux tronçons, pour canaliser les flux », confirme Florian Bouquet. Ce sont des prolongements de la R.D. 60. Les études de ces deux tronçons seront lancées en 2021. Le contournement de Frais peut être espéré mi-2024. Celui de Lagrange, mi-2026 selon le calendrier présenté par le président du conseil départemental, en marge de la séance.

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En millions, le nombre de visiteurs uniques moyen qui consultent chaque mois Amazon, en France, selon la Fevad, sur le 3e trimestre 2020. Près d’un Français sur 2. Le 2e site, C Discount, enregistre plus de 22 millions de visiteurs uniques.

« Les contournements ont été promis il y a tant d’années, rappelle Ian Boucard, en taclant les anciennes majorités, avant de rappeler : Il y a déjà un problème de circulation routière. » Des échanges sont aussi lancés pour engager des réflexions sur la prise d’arrêtés limitant le passage des poids lourds dans les villages.

Neuf personnes ont approuvé la motion, 71 ont voté contre, 3 se sont abstenues et 5 ne se sont pas prononcées. « On aurait pu cacher les choses, on ne l’a pas fait », assure finalement Damien Meslot, pour rejeter l’absence de transparence. Il n’a cependant jamais cité le nom Amazon, mais toujours ceux de Vailog et Vectura, les deux prestataires construisant les deux plateformes. En fin de soirée, il savourait sa victoire. Les oppositions attendaient toujours leurs réponses.

La guerre des chiffres

Les chiffres ont été au cœur de la bataille. Bastien Faudot invoque l’enquête du député La République en Marche Mounir Mahjoubi. Selon lui,  chaque emploi créé chez Amazon logistique France entraîne la suppression de 2,2 emplois dans le commerce physique. Damien Meslot a pour sa part cité une donnée de la fédération de e-commerce et de la vente à distance (Fevad) de 2019, évoquant 180 000 emplois dans le secteur du e-commerce en France. En 2020, la Fevad, qui recense 600 entreprises et 800 sites Internet en France, annonce même le chiffre de 200 000. Le secrétaire d’État au numérique, Cédric O, rappelait de son côté au mois de novembre que le e-commerce, c’est 10 % du commerce en France et qu’Amazon, c’est 20 % du e-commerce ; un propos cité par nos confrères de 20 minutes. À côté des promesses d’emplois, Damien Meslot a aussi assuré qu’aucune « subvention publique » ni « abattement fiscal » ne seront accordés à l’exploitant final. René Schmitt (Europe-Écologie Les Verts), conseiller municipal d’opposition de la liste En commun pour Belfort et conseiller communautaire, a tout de même rappelé que les compensations écologiques seront assurées par la Sodeb, une société d’économie mixte dont l’actionnaire principal est dorénavant le Grand Belfort. Damien Meslot estime tout de même que le Grand Belfort pourrait percevoir 500 000 euros de cotisation foncière des entreprises (CFE). Pour reprendre une citation que le maire de Belfort aime à prononcer, invoquant saint Thomas : « Je ne crois que ce que je vois. »

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