À Ronchamp, la restauration de la chapelle permet sa redécouverte

Les travaux vont durer jusqu’en 2024. À Ronchamp, la chapelle Notre-Dame-du-Haut est en train de se refaire une beauté. Pour l’occasion, des visites du chantier sont organisées. Le Trois est parti en visite.

Les travaux vont durer jusqu’en 2024. À Ronchamp, la chapelle Notre-Dame du Haut est en train de se refaire une beauté et dévoile ses surprises. Pour l’occasion, des visites du chantier sont organisées. Le Trois y a participé.

C’est dans la Porterie que Chloé Le Brech, chargée d’accueil et de médiation, attend les visiteurs. Plus précisément devant la maquette de la colline Notre-Dame-du-Haut, lieu si particulier de rencontres entre trois artistes majeurs : Le Corbusier, Renzo Piano et Jean Prouvé (lire ici pour découvrir l’histoire de la colline). Elle réexplique brièvement l’histoire de la colline : un site privé détenu par 40 familles après la Révolution française, la destruction de la chapelle pendant la seconde Guerre mondiale, l’intention de la reconstruire. Elle remet en perspective le choix de Le Corbusier. « La commission d’art sacré du diocèse de Besançon a fait le choix de la reconstruire avec un parti-pris moderne.» Elle nous dévoile une photo de l’église du Sacré-Cœur d’Audincourt, qui se lie dans la même dynamique moderniste. 

Quelques pas pour sortir de la Porterie, et nous voilà après une petite côte devant la puissante chapelle Notre-Dame-du-Haut, coiffée d’échafaudages. Le coût de la rénovation s’élève à 2,3 millions d’euros que se partagent l’Etat, la Région, le Département et l’association propriétaire, qui doit assumer sur ses fonds propres 10% du financement (elle a d’ailleurs lancé un appel aux dons). Une somme nécessaire, après soixante ans sans rénovation. « Il n’y avait jamais eu de restauration complète depuis sa création. Jusqu’ici, les travaux consistaient en la superposition de couches de peinture pour camoufler.» À force, les façades ont perdu de leur éclat. En plus de cela, de nombreuses microfissures se sont créées au fil du temps dans le béton, entraînant le gonflement de l’armature en fer qui se trouve juste derrière.  

En faisant le tour, on distingue effectivement de nombreuses fissures. Mais aussi des tâches devenues noirâtres au fil du temps, causées par l’humidité. De l’usure normale pour un édifice de cette ampleur. Les travaux, eux, ont démarré en mars; ils sont effectués par l’entreprise terrifortaine Albizzati, connue pour son savoir-faire sur ce type de chantier. Mais il aura fallu avant cela une longue phase de tests pour trouver la meilleure manière de redonner son éclat aux façades blanches, presque beiges, en béton projeté. Et pour trouver la meilleure manière de décaper les couches superficielles sans abîmer l’édifice. « Il a fallu trouver la meilleure manière de décaper la peinture sans tout abîmer. Faire une cartographie des fissures, les traiter… Trouver la recette moderne du béton projeté pour avoir la même finition que celle du Corbusier. Et puis, documenter tout cela pour les prochains ! », détaille la guide. 

Sur place, tout le monde enfile son casque. Direction l’échafaudage. La façade sud, actuellement en rénovation, est presque terminée. L’occasion de voir de près l’ampleur de la tâche, et la différence avec les autres façades. Ça vaut le coup : le béton projeté a retrouvé son aspect nerveux, sa blancheur sans aucune tâche reflète la lumière. Les vitrages, eux, ont eu droit à un petit nettoyage.

Découverte et petites surprises

Le Corbusier est connu pour ses structures métalliques et des architectures avec des murs non-porteurs. C’est d’ailleurs ce que la plupart des visiteurs pensaient, en arrivant, au sujet de la chapelle. Pour eux, l’édifice tient debout grâce à une structure métallique et du béton projeté. Mais à la surprise générale, derrière le béton projeté se trouve de la pierre de calcaire et de grès : des pierres de l’ancienne chapelle bombardée. « C’est une forme d’hommage rendu à l’ancien édifice. Le béton projeté a été mis par-dessus les murs en pierres», expose Chloé Le Brech. Pour autant, les murs ne sont pas porteurs. Ce sont bien 15 piliers qui supportent toute la structure, rassure-t-elle. 

On apprend aussi, par la même occasion, que le mur sud, actuellement en restauration, a une particularité par rapport aux autres. Il est creux ! Une pièce secrète se trouve d’ailleurs dans ce mur, en passant par l’intérieur. « Ici, nous avons seulement une double couche de maillage métallique et du béton projeté. Cela avait une utilité : il s’agit du mur où il fallait laisser passer la lumière pour les différents vitrages.» 

Lors des travaux, certaines découvertes font sourire. Notamment la couche métallique sous le béton projeté, qui est tout simplement faite avec du grillage à poules. Ou encore ce détail : « Nous avons constaté que des tuyaux d’arrosage servaient de joints entre deux façades », raconte-t-elle en riant, en nous désignant le joint vétuste. Après la façade sud qui sera terminée au  mois de septembre, ce sera au tour des trois autres de subir la même chose. Peut-être y aura-t-il d’autres découvertes. 

Etudes et documentation

De retour à la Porterie, une heure et demie plus tard, la directrice, Morgane Blant-Boniou nous accueille dans son bureau. Elle se réjouit de cette phase de travaux. « Même si cela nous fait perdre un peu en fréquentation, c’est aussi une phase d’études très importante. Un moment singulier de la vie du monument.» Un exercice pointu, alors que l’édifice est classé au patrimoine mondial de l’Unesco. « Il va y avoir un travail de suivi, de documentation important pour voir comment la façade réagit », pointe-t-elle. Un travail nécessaire pour assurer la pérennité du bien et qui aura un rôle très important pour les prochaines rénovations. Mais aussi pour apprendre de nouvelles choses sur l’édifice, comprendre la manière dont il a été construit, au gré des travaux. 

Des visites du chantier de restauration sont prévues jusqu’à l’automne, une à deux fois par semaine. À vos casques de chantier ! 

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