À l’université de Franche-Comté, l’autre élection du mois de mars

30 000 apprenants retrouvent le chemin de l’université de Franche-Comté, ce mardi 1er septembre.

Plus discret, mais non moins important. À l’instar des élections municipales, un scrutin est organisé le 10 mars au sein de l’université de Franche-Comté, duquel découle l’élection du président de l’université.

Plus discret, mais non moins important. À l’instar des élections municipales, un scrutin est organisé le 10 mars au sein de l’université de Franche-Comté, duquel découle l’élection du président de l’université. Avec la montée de l’autonomie des universités, les établissements d’enseignement supérieur souhaitent s’inscrire davantage dans le paysage local. Pour l’université de Franche-Comté, deux projets s’opposent. Et le nord Franche-Comté représentent un enjeu de taille.

Conférence de presse pour l’un. Démarche plus discrète pour l’autre. On compte ses forces en présence. On regarde ses « prises ». On édite son programme. Et on glisse quelques piques. Ici et là. On a bien les ingrédients d’une élection. Ce qui n’était qu’une soupe interne il y a encore quelques années devient un enjeu public. Et de territoire.

Le 10 mars, dans un scrutin à un tour, chaque collège composant l’université de Franche-Comté (celui des professeurs, des maîtres de conférence, du personnel administratif et technique, et celui des étudiants) va procéder à l’élection de ses représentants au sein des instances du conseil d’administration de l’université, une institution vieille de 597 ans ; elle a été créée en 1423, à Dole (Jura). De là sera élu un président, à la majorité absolue, parmi les enseignants-chercheurs, chercheurs, professeur ou maître de conférence. Il est élu pour quatre ans et le mandat n’est renouvelable qu’une fois. Les élections doivent déterminer le successeur de Jacques Bahi, en poste depuis 2012.

Nouvelle page

En août 2007, l’adoption de la loi LRU a accordé de nouvelles libertés aux universités et plus de responsabilités. L’université a plus de libertés de gestion et d’organisation et le président gère notamment le personnel ou encore le patrimoine immobilier. « On nous a donné l’autonomie, en nous donnant la charge de la masse salariale », tempère une personnalité de l’université de Franche-Comté. Mais les ressources n’ont pas été totalement compensées et on ne donne pas les moyens de répondre aux évolutions de carrière du personnel. Les finances sont donc constamment contraintes. Des emplois ont dû être gelés.

Macha Woronoff, candidate à la présidence de l’université de Franche-Comté (©Le Trois – Thibault Quartier).
Daniel Gilbert (à gauche), accompagné d'une partie de ses soutiens (©Le Trois – Thibault Quartier).

Actuellement, on parle plutôt des projets des deux candidats, qui se déplacent dans les différents sites pour promouvoir leur bonne parole et recueillir des soutiens, que de ces soucis structurels. D’un côté, Daniel Gilbert, professeur en biologie et écologie, est le directeur du laboratoire Chrono-environnement. Il se positionne en opposition à l’actuel exécutif de l’université. Et veut renouveler les pratiques et la gouvernance. De l’autre côté, Macha Woronoff, actuelle vice-présidente. Elle est professeur des université et praticienne en hôpital. Elle est docteur en pharmacie. Mais elle ne veut surtout pas être identifiée comme la représentante d’un 3e mandat de Jacques Bahi.

Acteur territorial

L’université de Franche-Comté a la particularité de ne pas être seulement basée à Besançon. Elle a des sites à Lons-le-Saunier, Belfort, Montbéliard et Vesoul. Il y a deux campus importants : Besançon et le nord Franche-Comté. « Elle est distribuée sur une grande partie du territoire », salue la professeure. Elle doit être un acteur territorial majeur appuie les deux candidats. « Il faut une matrice territoriale en matière d’enseignement supérieur et de recherche », insiste de son côté Daniel Gilbert, militant pour l’édition d’une cartographie à l’échelle de la grande région (lire par ailleurs). Une logique de territoire, qui sont les « racines » du projet, pour reprendre les termes de Michaël Gauthier, directeur de recherche au CNRS, chercheur en microrobotique, et un des soutiens de Daniel Gilbert. « Il faut ancrer [l’université] dans le territoire pour aller chercher et pour discuter avec le tissus socio-économique », poursuit-il. « Il n’y a pas eu de volonté politique [de l’université] d’avoir un lien avec les collectivités », regrette Daniel Gilbert, qui se positionne clairement comme un candidat de renouvellement à Jacques Bahi. Il est bien conscient qu’il y a Synergie campus à Besançon. « Mais cela marche mal », déplore-t-il. Il veut que ce type de structure, ou que le pôle métropolitain nord Franche-Comté, ait plus de prérogatives sur l’enseignement supérieur pour réfléchir de manière globale à la politique territoriale de l’enseignement supérieur : « Comment on loge un étudiant ? comment on loge un étranger ? comment placer nos stagiaires. »

« L’université est déjà en lien avec le territoire », modère toutefois Macha Woronoff, pour couper court à toute idée que ces liens n’existeraient pas. « Mais on peut encore les développer », valide-t-elle. Les deux candidats reconnaissent que si l’université de technologie Belfort-Montbéliard (UTBM) est bien identifiée, ce n’est pas le cas de l’Université et de ses différentes déclinaisons nord franc-comtoises que sont l’UFR STGI ou l’IUT Belfort-Montbéliard. Pourtant, « l’UFR STGI est très cohérent par rapport à la dynamique industrielle du territoire », constate Macha Woronoff. Cette dernière veut s’appuyer sur la personnalité de Daniel Hissel, directeur du FC-Lab, le pôle pile à combustible qui travaille sur l’hydrogène énergie à Belfort, pour assurer, dans le nord Franche-Comté notamment, ce lien entre université et monde économique, « pour développer les relations et adapter les formations aux besoin de l’entreprise et pour les ouvrir à nos étudiants. » Aujourd’hui, un club des entreprises et de chercheurs se retrouvent déjà régulièrement dans le nord Franche-Comté autour des développement de l’hydrogène énergie.

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En millions d’euros, le budget de l’université de Franche-Comté. Chaque année, il faut trouver 1,2 million d’euros supplémentaire pour compenser les évolutions mécaniques des salaires, liées aux évolutions de carrière. L'université compte près de 30 000 apprenants, dont 24 000 étudiants et 2 500 personnels.

L’aspect territorial, Macha Woronoff l’observe déjà sur la responsabilité sociétale de l’université vis-à-vis des lycéens. Avec l’enjeu de la proximité. « Nous devons donner la possibilité d’aller dans l’enseignement supérieur avec un enseignement de qualité », insiste-t-elle. Elle veut que l’université soit un acteur « de l’ascenseur social ». À la cartographie prônée par Daniel Gilbert, elle répond qu’il faut déjà « offrir aux jeunes des formations [et la possibilité] de faire des études, mais sans forcément partir ».

Transition écologique

Quand Macha Woroff insiste sur « une ambition » pour cette université historique et met en avant son intégrité, son humanité et sa bienveillance, la liste de Daniel Gilbert évoque une volonté d’imbriquer la transition écologique dans le quotidien de l’université. « Démocratie et environnement sont deux termes très importants », confirme Marie-Cécile Pera, soutien de Daniel Gilbert et professeure en génie électrique à l’IUT Belfort-Montbéliard, membre du laboratoire FEMST-ST. Elle travaille également sur l’hydrogène énergie. « La vie a 40 ans d’un étudiant qui rentre aujourd’hui à l’université sera très différente de la nôtre », insiste Daniel Gilbert. Et l’université se doit d’accompagner ces mutations.

Deux visions de l’enjeu régional

Le 24 mars, un autre scrutin est important. Celui de l’université de Bourgogne-Franche-Comté, une communauté d’universités et d’établissements d’enseignement supérieur, qui regroupe 68 000 étudiants et près de 8 000 personnels. Cette communauté, sorte de fédération, regroupe l’université de Franche-Comté, celle de Bourgogne, l’université de technologie Belfort-Montbéliard (UTBM), l’école nationale supérieure de mécanique et des microtechniques de Besançon (ENSMM), AgroSup Dijon, Burgundy School of Business (BSB, anciennement ESC Dijon) et l’école nationale supérieure d’arts et métiers (ENSAM), campus de Cluny (Saône-et-Loire). Cette élection est un enjeu d’autant plus important que l’on reconnaît au conseil régional, depuis la loi NOTRe, un rôle d’acteur dans l’enseignement supérieur. Cette communauté d’universités et d’établissements portent les Plans d’investissement d’avenir (PIA), tout comme les écoles doctorales. Daniel Gilbert veut renforcer la visibilité de cette institution, pour faire rayonner la Bourgogne-Franche-Comté à l’international, notamment dans le classement de Shangaï. « Nous avons besoin de fédérer les moyens, tout en restant des établissements séparés pour garder le contact territorial », insiste-t-il, ne parlant donc pas de fusion, mais d’une volonté d’éditer une carte de formation cohérente, sans concurrence, à l’échelle de la grande région. « Nous voulons une université fédérale où l’on pense globalement le service public mais où l’action est locale », poursuit-il. Macha Woronoff adhère à l’idée d’une université fédérale Bourgogne-franche-Comté. Mais elle « trouve déraisonnable de fusionner les établissements, vis-à-vis des lycéens », insiste-t-elle. Elle veut déjà bâtir la confiance entre la Bourgogne et la Franche-Comté. « Co-construire », insiste-t-elle. Daniel Gilbert, qui dénonce une dynamique à l’arrêt, remarque qu’il construit déjà avec un homologue dijonnais un projet commun. Le timing accordé à cette ambition régionale par les deux candidats n’est pas du tout le même.

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