Il est 14 h 45. Les coureurs du Tour de France et le vainqueur Mauro Schmid (lire notre article) ne seront là que dans trois heures. Mais l’ambiance est déjà folle sur la ligne d’arrivée, à Belfort, pour cette 13e étape de l’édition 2026, ce vendredi 17 juillet. Le public applaudit et fait résonner les pancartes publicitaires installées le long de la ligne droite finale. Au pied de la maison du Peuple, il y a déjà un goût de victoire.
Youssouf, 13 ans, originaire de Besançon, passe la célèbre ligne d’arrivée. Son fauteuil roulant est porté par un vélo doté d’un plateau accroché sur la fourche avant. C’est Yannick, éducateur sportif à l’Alled, à Besançon, qui donne les coups de pédales derrière. Youssouf est l’une des vingt-cinq personnes en situation de handicap qui ont terminé la 13e étape, reliant Dole à Belfort. « On peut dire que j’ai fait une partie du Tour de France », confie le jeune homme, adepte de foot fauteuil. « Les gens nous applaudissent, nous encouragent », confie Youssouf, sous le coup de l’émotion. Ce qu’il a apprécié : la vitesse. C’est ce que permet son équipement : retrouver le plaisir de la vitesse, en faisant du vélo, malgré le handicap.
Une cinquantaine de personnes a parcouru les derniers kilomètres de l’étape grâce à cette initiative en joëlette, vélocargo, triporteurs, handbikes, tricycles, tandem, hippocampe, vélo Scorpion ou encore Fun2go… « C’est un panel de tout ce qui existe », sourit Diane Dubresson, responsable de la fondation Arc-en-Ciel, qui a porté ce projet baptisé « Vélo pour tous ». Des équipements qui permettent de favoriser la pratique sportive à tout-à-chacun.
En début d’année, elle a lancé l’idée auprès de différentes structures du handicap pour monter cette action. Arc-en-Ciel a été rejoint par l’Adapei, le Sesam autisme ou encore l’association hospitalière Bourgogne-Franche-Comté. « Nous voulions faire vivre ces sensations à tout le monde, explique Diane Dubresson. Et les gens sont toujours sensibles à notre cause. Cela permet de créer du lien. » Les différents matériels ont permis d’amener des personnes âgées dépendantes, des personnes souffrant de troubles psychiatriques, d’handicaps moteurs ou mentaux. Pour que chacun puisse faire, selon ses capacités.
« Je ne baisse pas les bras »
« Je retiens de l’émotion », confie Romain, 22 ans, à bord d’un Fun2Go, avec Jean-Louis Saugier à ses côtés, de la société Colibrius (notre article), qui propose des équipements de mobilité adaptés. Jean-Louis Saugier, 73 ans, ancien ingénieur PSA, se définit comme un « entrepreneur engagé dans l’amélioration de la mobilité et motricité des personnes à mobilité réduite, seniors et personnes porteuses d’un handicap. Handisport et cyclotourisme adapté, labellisé Tourisme et Handicap ». Le terme « entrepreneur engagé » correspond bien au personnage.
« Je regarde toutes les étapes du Tour de France à la télévision », ajoute Romain plein d’enthousiasme, heureux de vivre ça en vrai. Il a pris part à l’aventure il y a quelques semaines lorsque Jean-Louis Saugier lui a demandé de faire le mannequin pour la revue Marie-Claire, pour un article évoquant le Frame Running, sport qu’il pratique ; c’est un engin à trois roues sur lequel une personne handicapée peut se positionner sur une selle tout en prenant un appui sur le ventre en se penchant en avant. Le gérant de Colibrius lui a alors proposé de participer à cet événement « Vélo pour tous ». Cette course de Belfort permet surtout à Romain de s’entraîner pour un prochain projet d’envergure, en Suisse, où il participera à une course de 24 heures. Le jeune n’est jamais à cours défis.
Son plus grand, depuis un an, est tout autre. Cet ancien agent d’accueil chez France travail recherche un emploi depuis juillet 2025. Il a déjà reçu 77 refus… « Mais je ne baisse pas les bras », assure-t-il, déterminé. C’est l’un des messages adressés par les organisateurs de cette initiatives, ce vendredi après-midi à Belfort : ne jamais baisser les bras, pour les lever un jour sur la ligne d’arrivée.




