Lors de la conférence de presse organisée quinze jours avant les Eurockéennes, Jean-Paul Roland, directeur, avait dit sa volonté de mieux structurer la démarche éco-responsable du festival , fin d’aller plus loin. Une volonté bienvenue : le Malsaucy est une zone naturelle remarquable.
Pendant le festival, Le Trois a rencontré Jérémy Debreu éco-conseiller des Eurockéennes, et Vincent Rouire, directeur de la Maison de l’environnement. Voici quelques pistes qu’ils dessinent pour un festival plus « éco-responsable ».
Les déplacements des festivaliers, mais aussi des artistes
Environ 30 000 festivaliers viennent chaque jour aux Eurockéennes, cela fait autant de déplacements potentiels, très souvent de la proche région, mais aussi de bien plus loin, avec à la clef un bilan carbone pas joli, joli. Mais la situation n’est pas aussi catastrophique qu’on pourrait le craindre et est plutôt sur une tendance positive. Premier constat que font Jérémy Debreu et Vincent Rouire : il est rare que le festivalier vienne seul dans sa voiture : le co-voiturage est presque la règle, tout simplement parce que les festivaliers viennent avec leurs copains ou leurs amis. Une tendance s’est largement développée ces dernières années : le vélo. On estime que 5 à 8000 festivaliers viennent à vélo au Malsaucy, depuis Belfort, grâce à la nouvelle piste cyclable. Et parfois même à pied, en empruntant cette même piste. La surface du parking à vélos a été multipliée par trois ces dernières années. A cela s’ajoutent les transports en commune avec les bus d’Optymo et les trains qui font des liaisons spéciales. Bref, la mobilité douce des festivaliers est sur une bonne tendance et ne demande qu’à être encore développée.
Quid des artistes ? Spontanément, on pense au recours à l’avion, aux camions pour le matériel. Jérémy Debreu va un peu plus loin et pose la question de l’organisation des tournées, avec parfois des déplacements d’un bout à l’autre de la France (voire au-delà) en très peu de temps. Là aussi, on pense spontanément au carbone émis, mais Jérémy Debreu pose aussi la question de l’épuisement des artistes (en citant les exemples de Jane ou Stromae, avec des tournées hyper éprouvantes qui débouchent sur un burn out), aussi l’épuisement des équipes techniques. « Un festival éco-responsable doit donc prendre en compte les déplacements des artistes et des intervenants », expose Jérémy Debreu.
Ces arbres qui font l’identité des Eurockéennes
Les Eurockéennes doivent beaucoup à leur cadre : la presqu’ile du Malsaucy. C’est vrai pour les festivaliers, ça l’est encore plus pour les artistes dont les loges sont installées à l’ombre des arbres, pour les journalistes, dont l’espace média est dressé au bord de la Véronne, ou encore des mécènes, avec par exemple le « bar des bouleaux ». Cette appellation est d’ailleurs typique de ce uq’un appelle les arbres remarquables pour les Eurocks : ce sont ces arbres qui sont devenus des points de repère pour les habitués du festival. Ils sont fragiles, donc il faut les protéger. Les camions et engins peuvent les blesser au niveau des troncs et provoquer des cicatrices qui vont entraver leur croissance. Des protections ont été posées autour des troncs les plus proches des passages. D’autres blessures au niveau des branches peuvent intervenir. Par exemple avec des câbles d’arrimage pour les scènes : des protections sont utilisées pour protéger l’arbre de la blessure du câble. Troisième et dernier risque identifié (par une étude menée par le festival Wheel of green) : le tassement autour des arbres et plus généralement sur le site. Pour les arbres, ce tassement renforce l’effet de sécheresse, en compactant notamment les poches d’eau qui peuvent subsister entre les racines A titre préventif, le sol a été recouvert de copeaux à certains endroits : ils doivent limiter le tassement et apporter une couche propice à garder l’humidité. Idéalement, il faudrait que ces copeaux proviennent de l’entretien et de l’élagage du site. Ce sera peut-être le cas dans les années à venir.
Dans le même état d’esprit, les tables montées entre des arbres ou autour de tronc ont été fixées sans clou ni vis dans l’arbre.
Des actions de pédagogie sont faites envers les chauffeurs d’engins qui interviennent sur le site, et peut-être un jour en direction des festivaliers, qui seraient prêts à en apprendre plus sur les arbres du Malsaucy, pour peu que cela soit fait de façon ludique. Par exemple : « Combien cet arbre a-t-il vu de festivals des Eurockéennes ? », pour ensuite aller vers des questions sur l’espèce, ses spécificités, etc.
La nécessaire adaptation au changement climatique
L’éco-responsabilité, c’est aussi s’adapter au changement climatique. Si cette édition 2026 a fait exception avec une météo parfaite, la pluie et les orages aux Eurocks sont devenus sujet de plaisanterie. Mais pas que, avec des grosses frayeurs et même l’annulation d’une journée en 2022, où l’orage avait fait des blessés. Cette année, les Eurocks ont échappé à la canicule. « On a eu du pot », avoue Jérémie Debreu, qui estime qu’un diagnostic reste à faire, par exemple via le dispositif « Diagnostic adaptation » de la BPI (Banque publique d’investissement). Pour la chaleur, la mise en place de points d’eau en accès gratuit est un vrai plus. On pourrait penser que plus d’arbres serait aussi une solution, mais ils peuvent représenter un risque en cas d’orage ou de coup de vent. Alors des voiles d’ombrage. Autant de sujet à étudier pour les prochaines éditions.
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