« Avant de parler de formation sur l’intelligence artificielle, il faut qu’on enlève les freins », observe Valentin Gouineau, chargé de mission à Trajectoire Ressources. Cet organisme régional accompagne les acteurs des quartiers prioritaires de la ville (QPV) de Bourgogne-Franche-Comté, notamment en matière de politique de la ville. Il se base sur trois missions : l’animation du réseau d’acteurs, faire monter les acteurs en compétences et capitaliser les ressources documentaires. Les acteurs peuvent être les habitants des quartiers, les associations comme les membres des collectivités et les écoles.
Avec ces trois idées en tête, Valentin Gouineau a eu l’idée de mettre en place une journée d’échanges entre les différents acteurs des QPV avec au cœur des débats l’IA (lire notre article). Il part d’un constat personnel : « Dans le cadre de mon alternance, je devais traiter des données en grande quantité. J’ai commencé à me faire aider par l’IA, j’ai vu les limites et les forces. » En échangeant avec les autres membres de Trajectoire Ressources le constat est posé et une question sort du lot : Comment les acteurs des QPV mobilisent l’intelligence artificielle ?
Une base de réflexion théorique
Pour essayer de répondre à cette question, le chargé de mission se base sur la théorie. « Le premier élément, c’est ce qu’on appelle un fait social total dans le sens de Marcel Mauss (sociologue français, NDLR) », présente Valentin Gouineau. Concrètement, l’IA est présente partout dans notre quotidien. Que ce soit sur le plan juridique, économique, politique et social. « Nous utilisons l’IA pour faire notre déclaration d’impôts, pour se faire rembourser pour la sécurité sociale, pour faire un post sur Instagram … »
Valentin Gouineau évoque aussi le principe de littératie. « C’est la capacité à comprendre un outil au-delà de ce qu’il est censé nous procurer. En bref, c’est l’esprit critique. » Transposé à l’intelligence artificielle, le principe n’est pas seulement d’apprendre comment utiliser l’outil mais aussi d’avoir en tête les limites, les bénéfices et les effets de l’utilisation.
Un risque de fracture numérique
Après le théorique, place à la pratique. Trajectoire Ressources a réuni une quinzaine d’acteurs des QPV. Cet entretien collectif avait pour objectif de comprendre comment les personnes perçoivent et utilisent l’IA. « Le premier constat, c’est que les usages existants sont limités. » Les acteurs vont s’aider de l’intelligence artificielle, mais pour des tâches ciblées comme la synthèse de documents ou la génération d’images.
L’autre observation est que les acteurs n’ont pas tous les mêmes niveaux dans leur utilisation de l’IA. « Il y a un risque de fracture numérique entre les professionnels. » Certains s’aident de l’intelligence artificielle quotidiennement, d’autres pas du tout. Et pour cause, de nombreux freins sont révélés. Ils peuvent être à la fois éthiques, comme avec la problématique de la gestion des données personnelles, écologiques et de légitimité professionnelle.
Expliquer avant de former
C’est avec ces constats que la journée du 11 juin a été imaginée. « Les acteurs ont plus besoin de sensibilisation avant d’être formés », observe Valentin Gouineau. Trajectoire Ressources, en tant que centre de ressources de la politique de la ville, n’a pas vocation à former. « L’objectif est de montrer et démontrer que l’IA peut être un outil sur la politique de la ville » avec des points de vigilance sur ce qui est bon à prendre et « bons à laisser », développe Benjamin Coignet, directeur de Trajectoire Ressources.
À travers des tables rondes et des ateliers, l’objectif n’est pas d’expliquer aux acteurs des QPV de Bourgogne-Franche-Comté comment utiliser l’IA, mais plutôt d’ouvrir un débat. « L’idée n’est que l’on se dote d’un règlement ou d’une charte stricte mais qu’on ait des principes communs d’utilisation de l’IA en politique de la ville. »

