Malgré le soleil de plomb, une vingtaine de militants était présente ce mercredi 27 mai après-midi devant la préfecture de Belfort. Sous le chapiteau orange de la CFDT, un marqueur noir et des feuilles blanches sont mis à disposition. Les militants écrivent des slogans pour les afficher sur les grilles de la préfecture : « L’hôpital a besoin de la branche à domicile », « Plus de moyens pour un meilleur avenir », « Des moyens humains et des moyens financiers ». La vingtaine de personnes a répondu à l’appel national de l’intersyndicale concernant la branche associative sanitaire et sociale, médico-sociale et aides à domicile (lire notre article).
La CFDT reçue à la préfecture
« Nous représentons 1,3 million de salariés en France. Chaque année, il y a 240 000 postes à pourvoir et il manque 40 000 personnes », pose en préambule Dominique Heidet, secrétaire général adjoint de la CFDT santé sociaux du Territoire de Belfort. Il l’admet, les métiers du secteur ne sont plus attractifs. « En 15 ans, on a perdu l’équivalent de deux à trois salaires », ajoute-t-il. Dans le public, les salaires sont 30 % supérieurs à ceux du privé non lucratif. « Ici, s’ajoute l’appel de la Suisse où eux aussi manquent de main-d’œuvre. »
Dominique Heidet et d’autres représentants quittent le groupe pour aller à la rencontre du directeur du cabinet du préfet, Maxime Gutzwiller et de la directrice territoriale de l’ARS, Sandrine Bulet. Après trois quarts d’heure de réunion, ils en ressortent. « Nous avons pu leur donner un tas d’exemples concrets de difficultés. Nous avons des témoignages de salariés qui pendant l’hiver ont dû choisir entre se chauffer et se nourrir », souligne Dominique Heidet. « L’autorité préfectorale s’est engagée à remonter au ministère de l’Intérieur », assure Maxime Gutzwiller. La directrice territoriale va elle-aussi faire remonter les revendications de la CFDT à l’ARS régionale et au ministère de la santé.
Manque de moyens, manque d’effectifs
« Nous sommes éducatrices », explique Nicoline qui accompagne les familles à domicile. « On accompagne les familles en difficulté, mais on n’est pas reconnu dans ce que l’on fait et le salaire ne suit pas », déplore-t-elle. Entre le travail un week-end sur deux, les horaires à rallonges et le manque de valorisation, les mauvaises conditions de travail ne datent pas d’hier. « On pourrait mériter un petit peu plus », regrette-t-elle.
« Le salaire, c’est une chose, mais s’il y avait déjà les effectifs », déplore Olivier de la Fondation Arc-en-ciel. Il évoque un cercle vicieux. À cause des mauvaises conditions de travail, de plus en plus de personnes se mettent en arrêt de travail. Conséquence : ceux qui restent ont davantage de travail à charge et s’épuisent. Autre problématique, la prise en charge des enfants via le service d’éducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD). « Normalement, notre travail est d’offrir une prestation complète avec psychomotricien, orthophoniste, psychologue, éducateur. Mais, il y a des enfants qui n’ont pas droit aux soins. » En cause, un manque de moyens attribués pour l’ensemble des soignants.
Hervé, jeune retraité de l’Adapei 90, est lui aussi venu prêter main-forte à ses collègues avec son gilet de la CFDT sur le dos. « J’avais l’impression, avant de prendre ma retraite, qu’avec le manque de personnel et l’évolution de la réalité, d’être moins avec les gens. » Olivier le confirme : « Les financeurs, ce qu’ils veulent, ce sont des tableaux Excel. » Une dimension humaine, pourtant pilier de leur travail, disparaît petit à petit.
Même mot d’ordre du coté de la Coordination nationale des infirmières (CNI)
La CFDT n’est pas le seul syndicat à monter au créneau sur les conditions de travail de la branche santé sociaux. La Coordination nationale des infirmières (CNI) écrit dans un communiqué : « À chaque hausse du SMIC, le même scandale se répète : des professionnels indispensables, qualifiés, épuisés, responsables de vies humaines, voient leurs grilles salariales écrasées par le bas. Et l’État ose appeler cela de “l’attractivité”. »
La coordination s’en prend également au plan pour prendre soin des soignants. « Il fallait une sacrée dose de déconnexion pour réussir à annoncer, avec sérieux, des “minutes de prévention”, des “labels”, des “portails d’information” et des “numéros verts” à des professionnels qui croulent sous les heures supplémentaires, les rappels sur repos, les postes vacants et l’épuisement chronique. »

