Le stress commence à monter dans la Maison des jeunes et de la culture (MJC) Saint-Exupéry d’Audincourt. Ce jeudi après-midi, la MJC accueille la finale du concours d’éloquence. À l’origine, il était 98, aujourd’hui, ils sont dix élèves à passer devant le jury. « C’est la première année que les projets de la cité éducative sont mis en oeuvre et ce projet en fait partie », annonce Aurélie Vrignaud Kakudji, directrice de la MJC (lire notre article).
Chacun des dix jeunes finalistes s’est interrogé sur une question qui lui tenait à cœur. Peut-on être heureux seul ? La différence est-elle une force ou une faiblesse ? Peut-on apprendre de ses erreurs ? Un par un, ils sont passés devant le public, composé du jury et des élèves du collège des Hautes Vignes. Parcourant l’estrade, les jeunes ont seulement quelques minutes pour convaincre, persuader le jury. À la force de leur voix et de leurs gestes, les élèves ont défendu leur discours. « Tous les textes que vous entendez sont écrits entièrement par les jeunes, sans l’aide de l’intelligence artificielle », précise la directrice de la MJC.
Dix finalistes, un gagnant
Anaïs est la première à monter sur scène. Sa problématique : « Peut-on être heureux seul ? » Dès ses premiers mots, la collégienne de troisième attire les regards. Le public se tait et l’écoute. Elle, tout comme une partie des finalistes, a suivi, avec son collège des cours d’éloquence. Mais d’autres candidats ont participé spontanément au concours en suivant la section éloquence de la MJC.
C’est le cas de Maria. En sixième, elle détonne par sa jeunesse. Et pour cause, elle est la cadette du concours. Vêtue d’un ensemble blanc, elle monte sur scène. « Mesdames et messieurs, regardez autour de vous. Regardez bien. Parmi toutes les personnes, aucune ne se ressemble vraiment et pourtant on passe notre vie à vouloir ressembler aux autres. » Le ton est donné. Dans un discours ponctué d’exemples, de références et d’interrogations, elle défend l’idée que la différence est une force.
Le milieu judiciaire à travers l’éloquence
Les dix finalistes défilent un à un, le jury semble absorbé par les discours. Un jury qui a l’habitude de ce genre d’exercice. Il est composé d’acteurs politiques tels que : le maire d’Audincourt, Martial Bourquin ; le sous-préfet de Montbéliard, Renaud Nury. Mais aussi d’acteurs judiciaires comme : Jean-Louis Cioffi, président du tribunal judiciaire de Montbéliard ; Paul-Édouard Lallois, procureur de la République ; Huriye Celik-Topak, directrice du service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) ; Nathan Mackenzie-Peers, juge d’application des peines.
Alors que le délibéré ne devait durer que quelques minutes, la sélection semble complexe pour le jury. « Cela a été un plaisir de vous entendre mais plus compliqué de vous départager », assure maître Sofia Oulad Hammou, avocate et présidente du jury. Pour la majorité d’entre eux, ce rôle de jury d’éloquence. « J’espère qu’il y aura des vocations pour le monde de la justice », ajoute l’avocate. Puisque l’objectif est aussi de faire découvrir ces professions aux plus jeunes. « Il y a également la volonté de mettre en lumière des talents et de les valoriser », complète le procureur Paul-Édouard Lallois. Les deux premiers sur le podium vont d’ailleurs pouvoir, pendant une semaine effectuer un stage auprès du procureur auprès du sous-préfet.
Peut-on être heureux seul ?
Après de longues minutes d’attente et de stress, le jury a fait son choix. Dans les rangs, les finalistes rejoignent leurs amis et leur famille. « C’était super » « J’étais stressé pour toi, je ne sais pas comment tu as fait », peut-on entendre. La seconde place est accordée à Maria. « Le terme pépite a été utilisé en délibération et je pense que ça lui va bien », fait savoir maître Sofia Oulad Hammou.
Mais le prix revient à Julio. À l’annonce des résultats, son visage est marqué de surprise. Il a convaincu le jury que oui, on peut être heureux seul. « Ça m’affecte énormément car, la plupart du temps, je reste seul chez moi. » Pourtant, même si cela peut paraître contradictoire, ce qu’il retient de l’aventure sont les relations entre les finalistes.