(AFP)
« C’est mieux que de fermer des usines. » Comme Stellantis en Espagne, les constructeurs européens sont tentés de vendre leur usines sous-utilisées à des groupes chinois (lire notre article). Avec le brutal ralentissement du marché automobile européen depuis 2019, les constructeurs du continent sont encombrés par leurs usines en surcapacité, de 50% en moyenne. Et ils font face à la guerre des prix des Chinois qui, eux, sont freinés par une demande intérieure trop faible et voient l’Europe comme un eldorado.
Des marques comme BYD, MG, Chery, Geely, Leapmotor, Jaecoo et Xpeng, inconnues il y a trois ans, représentent déjà 9% des ventes européennes et 14% des électriques, selon le cabinet Dataforce. Pour mieux vendre en Europe, elles cherchent désormais à produire sur place, en construisant des usines ou, plus simple encore, en les rachetant. Chery a lancé le mouvement en 2023 en rachetant à Barcelone, en Espagne, une ancienne usine Nissan où il veut maintenant produire 200 000 véhicules par an. Nissan a cédé cette année son usine sud-africaine de Rosslyn, près de Pretoria, et envisagerait même, selon la presse, de vendre à Chery ou au chinois Dongfeng son usine britannique de Sunderland, sa dernière en Europe.
Ce vendredi, le constructeur franco-italo-américain Stellantis (Peugeot, Fiat, Opel, Jeep, Citroën, Chrysler…) a été le premier constructeur européen à franchir le pas en annonçant envisager de vendre partiellement son site de Villaverde (Madrid) à son partenaire chinois Leapmotor (lire notre article). Il a déjà prévu d’ouvrir son usine de Saragosse pour que Leapmotor y produise bientôt un modèle sous sa marque. Un SUV électrique sous marque Opel pourrait aussi être produit à Saragosse en collaboration avec Leapmotor. Et ce n’est qu’un début: cette voiture germano-chinoise servira de modèle pour d’autres véhicules Stellantis.
Volkswagen est aussi tenté
Nombre de voitures européennes intègrent déjà largement des éléments chinois, comme la Twingo électrique de Renault, mais c’est la première fois qu’un modèle mixte est aussi ouvertement affirmé. Selon Bloomberg, Stellantis ne s’arrêterait pas là et envisagerait de vendre à un autre groupe chinois, son allié historique Dongfeng, son site Citroën de La Janais, près de Rennes, celui de Cassino en Italie et un site en Allemagne. Une délégation de Dongfeng a récemment visité le site breton, a confirmé un syndicaliste à l’AFP. Ce site ne fabrique plus que le Citroën C5 Aircross.
Ford a aussi confirmé jeudi être en discussion avec le chinois Geely pour la cession partielle d’un site à Valence en Espagne. Geely, par ailleurs copropriétaire de sites Renault au Brésil et en Corée, produirait un modèle pour le marché européen. Le géant allemand Volkswagen est lui aussi tenté. Son PDG Oliver Blume a déclaré « étudier s’il existe des opportunités pour nos voitures chinoises en Europe, ou pour ouvrir ces capacités à des partenariats avec nos partenaires chinois ». Selon lui, « c’est toujours une solution intelligente que de réduire des surcapacités en transférant un site à un autre propriétaire – comme une entreprise de défense – ou en partageant les capacités avec d’autres activités. La deuxième option, et la pire car la plus coûteuse, consiste à fermer une usine ».
Un commentaire qui rejoint celui de la directrice générale de l’équipementier OPmobility, Félicie Burelle, pour qui vendre des usines automobiles européennes à des constructeurs chinois serait « une option intelligente, plutôt que de rajouter des surcapacités ». Toutefois pour Bernard Julien, maître de conférence à l’Université de Bordeaux et spécialiste de l’automobile, « il ne faut pas céder à ces sirènes ».
"Courte échelle"
« Les constructeurs organisent le sauve-qui-peut en se hâtant de faire la courte échelle aux ambitions chinoises », critique-t-il. « Seules les régulations publiques » permettraient de contenir cette tentation qui va sinon « pourrir la situation de l’automobile européenne ».
