« On ne peut pas se rendre malade au travail. Ça ne devrait pas être admis », dénonce Mélanie Meier, secrétaire générale de la CFDT santé sociale du Territoire de Belfort. Comme tous les ans, l’hôpital Nord Franche-Comté (HNFC) a fait son bilan. Un rapport du service de santé au travail se base sur les consultations des agents avec les psychologues. Soit 650 consultations en 2025. Alors que le bilan était présenté en instance aux syndicats, ces derniers ont décidé de quitter la salle en signe de protestation.
Charge de travail, fatigue, instabilité…
Et pour cause, ce rapport met en évidence une souffrance importante des agents de l’hôpital Nord Franche-Comté. Carine Jacquot, secrétaire syndicale FO à l’hôpital, le rapporte : de plus en plus de membres du personnel consultent le psychologue du travail. « Ils sont en détresse psychologique. Il y a la charge de travail, la fatigue, mais aussi les conditions de travail et la sensation de mal faire son métier », dénonce-t-elle.
En parallèle, le nombre de patients augmente, mais pas le nombre de soignants (lire notre article). Une situation qui ne permet pas aux personnels d’exercer leur métier dans les meilleures conditions. « Bien soigner les patients, c’est aussi bien traiter les soignants. » Avec le manque de personnel, les agents se doivent d’être polyvalents. « On a beau être infirmière diplômée en soins généraux, on acquiert quand même des compétences spécifiques au vu de chaque service », explique Mélanie Meier. Il est donc complexe pour une infirmière de passer de services en services. Des problématiques qui s’ajoutent parfois à des rappels sur des jours de repos et une instabilité des plannings.
Dégradation des relations professionnelles
Le bilan constate également une dégradation des relations professionnelles pour 68,9 % des consultations avec le psychologue du travail. « Il y a une dégradation des relations professionnelles que ça soit d’un point de vue horizontal et vertical », développe Luc Kahl, secrétaire de la CGT à l’HNFC. En cause, toutes les raisons déjà citées qui jouent sur l’ambiance globale.
Des propos que confirment Céline Durosay, présidente de la Coordination nationale des infirmières (CNI) à l’HNFC. « Nous demandons que le management soit revu. Mais c’est compliqué, il y a de moins en moins de candidats. Les difficultés, on les connaît, ils ont une position extrêmement difficile. Gérer les équipes avec le manque d’effectif qu’il y a, c’est loin d’être facile. »
Des alertes qui ne datent pas d’hier
Mélanie Meier le regrette, il y a une différence entre ce que le personnel apprend à l’école et la réalité du monde du travail. « Aujourd’hui, c’est à avoir des soignants qui travaillent en totale contradiction avec leurs valeurs. » Le recrutement pourrait être une solution, mais les syndicats le savent à cause du manque de valorisation, les métiers ne font plus rêver. « Mais il ne faut pas oublier la fidélisation des agents qui restent et qui rament tous les jours », interpelle Céline Durosay.
Pourtant, ce n’est pas la première fois que les syndicats alertent la direction sur ces problématiques. « Ces choses-là qui ressortent, c’est vraiment le reflet des alertes que l’ensemble des organisations avait déjà faites », révèle Céline Durosay. Luc Khal le rappelle aussi : « Nous avons fait des demandes pour avoir un point de vue extérieur, une expertise. » En 2022, les syndicats avaient fait cette demande, à la direction qui a refusé. « C’est aller jusqu’en cours d’appel, jusqu’en cours de cassation », se souvient-il. Plus récemment, la CGT a déposé une alerte pour danger grave et imminent face à la situation dramatique traversée par les urgences (lire notre article).
Pour Carine Jacquot, un grand pas serait effectué si la direction essayait de comprendre pourquoi le personnel est en détresse. « On trouve qu’ils ont complètement minimisé (la citation, NDLR). Pour eux, c’est vraiment passé comme une lettre à la poste. » Un constat présent chez l’ensemble des syndicats.
« Des difficultés psycho-sociales, il y en a tout le temps »
« Le service de santé au travail est interne à l’hôpital, en vigilance permanente. » Il accueille des infirmières, des psychologues, des ergonomes, des référents handicaps. « Sa mission est de recevoir individuellement les professionnels ». Le service ne fait pas de soin. Au besoin, les gens sont ensuite réorientées. Lorsque le service est amené à « constater » des problématiques, il a obligation de le signaler à la direction. « Des difficultés psycho-sociales, il y en a tout le temps, indique Pascal Mathis. Mais ce n’est pas toujours le même service, ni les mêmes métiers. »
L’hôpital emploie plus de 430 médecins, internes et attachés, ainsi que près de 3 250 personnels non médicaux (soignants, médico-techniques, administratifs, logistiques et techniques).
