Quelle est la stratégie de l’Éducation nationale vis-à-vis de l’intelligence artificielle ?
À la Délégation régionale académique au numérique pour l’éducation (DRANE), c’est un sujet dont nous nous sommes emparés très rapidement, il y a maintenant trois ans. Nous avons un discours qui est très raisonné par rapport à cet outil. C’est-à-dire que l’IA, c’est oui, mais dans un cadre commun. L’Éducation nationale a mis en place un cadre d’usage de la loi d’éducation. L’intelligence artificielle (lire notre article) est accepté à partir du moment où il y a une plus-value réelle. Elle est aussi de plus en plus présente dans les métiers. On ne travaille plus de la même manière qu’il y a trente ans. Il y a aussi une nécessité d’accompagner les élèves dans son usage.
Ce mercredi 29 avril, vous proposez des rencontres aux professionnels de l’Éducation nationale. Quel est l’objectif ?
Aujourd’hui, nous sommes sur des exemples concrets de la manière dont l’intelligence artificielle peut aider les enseignants. C’est aussi un espace de réflexions puisque nous avons notamment des inspecteurs qui sont là pour questionner sur la place de l’évaluation du travail personnel. Ce séminaire est conduit tous les ans à destination de l’ensemble du personnel de la région académique. C’est une nouveauté cette année, nous avons aussi inclus le personnel administratif, pas que le personnel enseignant. Ce séminaire a vocation à être déployé dans l’ensemble des départements de la région académique. Dans un second temps, nous accompagnons, avec des formations, l’ensemble des enseignants, mais aussi les inspecteurs du personnel de direction. Nous avons un plan régional académique de formation qui est doté de plusieurs modules. Nous pouvons aussi intervenir directement au sein des établissements scolaires, ce qu’on appelle une formation d’initiative locale. Ce sont des formations qui sont sur-mesure et qui correspondent aux besoins de l’établissement scolaire.
Pourquoi est-ce important de sensibiliser toutes les personnes qui gravitent autour de l’éducation ?
Derrière l’intelligence artificielle, il y a un certain nombre d’enjeux. Il y a les enjeux numériques, mais il y a aussi les enjeux de protection des données personnelles. Il y a aussi les problématiques liées à la sécurité des systèmes informatiques. Nous proposons aussi des webinaires, qui s’adressent plutôt aux chefs d’établissement, aux inspecteurs, aux cadres des rectorats…. Former les enseignants, c’est indispensable, mais il faut aussi que nous puissions apporter une aide à tous ceux qui pilotent les structures.
Comment accompagnez-vous les professeurs dans cette transition ?
Je prends toujours cet exemple. L’IA, c’est comme une voiture. Il y a ceux qui savent conduire. Il y a ceux qui croient savoir conduire, mais qui font quelques petits excès de vitesse. Il y a ceux qui ne savent pas conduire. Nous sommes un peu moniteurs d’auto-école. Notre job est d’arriver à accompagner tout le monde, en fonction de ses compétences et de son niveau de connaissances. Nous prenons aussi en compte la volonté d’usage de l’intelligence artificielle en classe. Un enseignant qui vient nous voir qui dit : « Je n’y connais rien, mais je veux l’utiliser. » Nous sommes là. Un autre qui nous dit : « Moi votre truc, je n’en veux pas. » Nous sommes là aussi.
Comment les professeurs doivent adapter leur travail, notamment pour les devoirs à la maison ?
L’idée est de transformer le rapport au travail personnel de l’élève. Il y a cette volonté d’accompagnement pour ne pas avoir des enseignants qui nous disent : « Moi, je n’évalue plus. Les élèves font leurs devoirs à la maison avec l’IA. » Nous pouvons par exemple donner plus de place à l’oralité. L’autre aspect fondamental est l’esprit critique. Comment j’aiguise mon regard pour être un peu plus attentif, ou en tout cas un peu plus prudent, sur les informations que je vois.
Est-ce que tous les élèves sont impliqués dans l’intelligence artificielle ?
Le cadre d’usage précise les âges et les conditions à partir desquelles nous pouvons utiliser l’intelligence artificielle en classe. Par exemple, à l’école primaire, ce n’est pas autorisé pour les élèves. Malgré tout, un directeur d’école peut utiliser l’IA pour créer sa séquence pédagogique.
Est-ce que l’Éducation nationale peut être dépassée par l’intelligence artificielle ?
L’IA à une vitesse d’évolution exceptionnelle. Il y a encore un an, vous voyiez une photo, vous saviez si elle était générée par l’IA. En regardant les mains par exemple. Il faut que nous soyons présents et qu’on évolue en même temps. Mais il ne faut pas non plus aller trop vite et faire n’importe quoi. Au niveau de la DRANE Bourgogne-Franche-Comté, nous sommes aussi en lien avec la recherche. Nous menons un certain nombre d’expérimentations dans les établissements scolaires. L’année dernière, à Dijon, il y a eu une option intelligence artificielle qui s’est ouverte dans un lycée. Aujourd’hui, au collège de Delle, ils sont en train de mettre en place cette option. L’idée est de voir comment nous pouvons, à partir de ces tests, l’élargir et le proposer aux autres établissements.
Stéphane Pini, délégué régional académique au numérique pour l’éducation, était présent au séminaire « Nous, nos métiers et l’IA », ce mercredi 29 avril, à l’institut national supérieur du professorat et de l’éducation (Inspé), le centre de formation des professeurs des écoles, de Belfort. À destination de l’ensemble du personnel de l’éducation, cette rencontre permet de former et de répondre aux questions concernant l’intelligence artificielle.
