Pas de grande surprise pour les syndicats du site Trecia à Étupes, division aménagements intérieurs du sous-traitant automobile français Forvia. « Depuis un an, il y avait des bruits qui circulaient sur la potentielle reprise par un fonds de pension », fait savoir Patrick Rougier, délégué syndical CGT sur le site Trecia à Étupes. Les 170 salariés du site, dont 128 personnes directement à la fabrication, s’attendaient à cette annonce.
Lundi 27 avril, le groupe Forvia a rendu officiel le rachat de sa division aménagements intérieurs par le fonds de pension américain Apollo pour un coût total de 1,82 milliard d’euros (lire notre article). Une vente qui a un double enjeu pour le sous-traitant automobile : surmonter ses difficultés, présentes depuis quelques années, et réduire sa dette.
Le rachat par un fonds de pension et non un industriel
Dans le nord Franche-Comté, Trecia à Étupes est particulièrement ciblé par cette cession. L’usine fait partie des 59 sites de la division aménagements intérieurs français. Le site d’Étupes est d’ailleurs un des principaux sous-traitants de Stellantis. Les salariés y sont chargés de la fabrication des consoles, des panneaux de portes ou encore des tableaux de bord. « Ça aurait été une nouvelle acceptable si on avait été repris par un industriel. Il aurait pu apporter des moyens pour développer l’outil industriel pour aller chercher de nouveaux marchés », dénonce Patrick Rougier, qui regrette la nature de l’acheteur, un fonds de pensions.
Karine Bourrat, déléguée syndicale CFDT, embraie : « Pourquoi un fonds de pension investit dans l’automobile alors qu’aujourd’hui c’est un secteur qui est en crise ? » Du côté de la CFE-CGC, les mêmes observations sont formulées. Noël Seri, délégué syndical central CFE-CGC Faurecia Interior Systems (FIS) l’assure : la direction essaie de rassurer les salariés en expliquant qu’Apollo a déjà acquis dans l’automobile. « Mais cela date d’il y a quatre ans. C’est encore jeune », regrette-t-il.
Primes, prévoyance santé… les salariés dans le flou
« Même si on a quand même une protection de douze à quinze mois, on redoute la perte de nos acquis », s’inquiète Noël Seri. Au-delà de l’avenir du site, à Étupes, les salariés sont préoccupés quant à la qualité de leur emploi. Karine Bourrat craint pour les différentes primes que les employés ont récupéré au fil des années : primes de rentrée, treizième mois… « On s’est battu pour les avoir. On les a obtenues par la grève, par le combat », souligne-t-elle. Elle explique aussi un sentiment d’isolement, en Bourgogne-Franche-Comté. L’usine d’Étupes est la seule à produire des systèmes intérieurs.
« On souhaite [conserver] l’ensemble de nos acquis sociaux et le renforcement de notre protection sur nos prévoyances santé », ajoute Patrick Rougier. D’après Karine Bourrat, une réunion aura lieu cette semaine pour tenir au courant les salariés des modalités de la vente. Même mot d’ordre chez les trois syndicats : avoir un engagement sur le long terme garantissant l’emploi, le site et les acquis.
Sollicitée, la direction de Forvia n’a pas souhaité commenter la situation de Trecia. La procédure juridique se poursuit. Elle communiquera selon les délais en vigueur.
