Drôle de spectacle à la citadelle de Belfort. Alors que les grilles de l’entrée principale sont fermées, un camion de la sécurité civile est garé sur le parking Bauer, sur les hauteurs du quartier des Glacis, à deux pas de l’esplanade du char Martin. En grosses lettres est écrit : « Déminage ». Mais pas de quoi inquiéter les promeneurs qui continuent de se balader le long des remparts. Pourtant, à l’intérieur de la citadelle, une opération des plus délicates est en cours. Quatre obus de 38 centimètres et de 400 kilos chacun, comprenant l’obus et sa charge, sont en train d’être extirpés (lire notre article).
Alors que la citadelle est désertée de tous ses visiteurs, Alexandre Accard, chargé de développement du site, est le gardien du temple. Les clés dans la poche, il s’assure que personne ne puisse entrer dans le monument. Personne hormis les experts du déminage. « Au total, nous sommes sept : deux membres du centre de déminage de Colmar et cinq membres du groupe de déminage en milieu périlleux (GDMP) », liste un des membres. Revêtus d’une tenue spéciale avec leur écusson scratché sur le bras, les démineurs sont armés d’un casque, de gants ainsi que d’un baudrier.
Des obus détruits dans un site en banlieue de Colmar
Arrivés dans la matinée de ce mardi 14 avril, les experts ont une tâche : retirer quatre obus allemands datant de la Seconde Guerre mondiale. Ces bombes ont été découvertes au mois de décembre, alors que le centre de déminage de Colmar retirait des munitions. Peu après 10h, les trois premiers obus, situés dans le magasin à poudre de la citadelle, sont déjà sortis de leur logis. Le dernier se situe dans la cour d’honneur. « On va faire le transbordement de cet obus dans le camion lourd », précise un démineur à son équipe. Par souci de logistique, le centre est venu avec deux camions : le premier fait la jonction entre le lieu de prélèvement de l’obus et le parking, où l’attend un second camion dédié à ce type de transport sur de plus longues distances.
Le groupe de démineurs se regroupe autour d’un des obus sur le seuil du magasin à poudre. Rouillé par les années, la munition a pris une couleur brune. À l’aide d’un bras articulé, l’obus est levé comme s’il ne pesait rien. « Faites attention à vos mains », prévient l’un d’entre eux. À trois, ils réussissent à hisser la bombe dans la remorque. Direction le poids lourd rouge floqué sécurité civile, stationné sur le parking. En apparence, rien ne laisse penser que ce véhicule transporte des obus. « On doit passer un permis pour transport de matières dangereuses », précise, tout de même, le démineur.
Le centre de déminage de Colmar intervient entre 1 000 et 1 200 fois par an
« Ils vont être transportés dans un site de dépollution qui se situe en banlieue de Colmar », complète le chef d’équipe. Traduction : les obus ayant toujours une charge vont être explosés en toute sécurité à trois mètres de profondeur. Les autres obus – ceux qui ne possèdent pas de charge explosive – pourront être restaurés et potentiellement rejoindre les collections des musées, comme celui de la citadelle.
Mais l’intervention n’est pas finie pour les spécialistes : « Ils vont effectuer une dépollution dans le puits. Ils vont sonder pour voir s’il y a des munitions », fait savoir Alexandre Accard. Juste à côté du café-restaurant de la Citadelle, les membres du GDMP sont en train de finir de s’harnacher. Dans quelques instants, ils vont justement explorer le puits profond de 60 mètres. Pour l’intervention, la grille de protection a dû être retirée ; en se penchant par-dessus le mur, la profondeur donne le vertige. Des lampes ont été installées le long de la bordure pour voir le fond, mais impossible de distinguer ce qui se trouve en bas. Le petit groupe semble pourtant serein. En France, seulement 40 personnes font partie du groupe de déminage en milieu périlleux. Ils sont répartis dans 26 centres, dans l’ensemble du territoire. Aujourd’hui, ils sont venus de Metz, Strasbourg, Roissy, Calais…
Le centre de déminage de Colmar intervient dans sept départements : « On a entre 1 000 et 1 200 interventions à l’année et 50 % d’entre-elles sont dans le Haut-Rhin. » Le spécialiste est sans équivoque, plus le département est proche de l’Allemagne, plus il y a de risques de trouver des obus.



