Dans un tract distribué aux salariés, la CGT de Forvia annonce la couleur. En rouge et lettres capitales il est noté : « Ils prennent l’argent public, ils suppriment nos emplois. » Les membres du syndicat dénoncent le paradoxe entre les subventions données à l’équipementier automobile Forvia et la perte d’emplois observée dans les différents sites du nord Franche-Comté. Des fonds notamment fléchés vers le développement de l’hydrogène, technologie pour laquelle Forvia a fait un virage important dès 2019. « Toutes les subventions qui ont été données par la Région, par Pays de Montbéliard Agglomération et par l’Europe pour, au final, déboucher sur la casse de l’emploi », regrette Tarek Zarhdad, secrétaire syndical à la CGT de Forvia.
Les membres du syndicat observent et dénoncent une baisse de l’emploi. « 230 emplois supprimés depuis 2024 sur le site de Bavans (R&D, NDLR) et 100 emplois perdus en fin d’année à FHS (l’entité hydrogène de Forvia, NDLR) », listent-ils. « Quand je suis rentré dans la boîte dans les années 1990, il y avait 2 000 personnes. Aujourd’hui, on est moins de 200 », complète Eric Nappiot, délégué syndical central de l’entité échappement. Des baisses qui s’accumulent aux annonces de Forvia de février 2024. Le fabricant avait annoncé la suppression de 10 000 postes en Europe d’ici 2028 (lire notre article). À noter que pour le moment aucun plan de licenciement n’a été observé.
Interrogée sur le sujet, la CFE-CGC est plus nuancée. « Le marché de l’hydrogène n’est pas à la hauteur des attendus et les aides de l’Europe nous permettent de traverser cette période compliquée », explique Christophe Husson, délégué syndical. Il revient notamment sur les salariés de l’entité hydrogène revenus sur l’entité échappement. « En tant que syndicat, notre objectif est surtout de conserver les emplois. » Dans ce sens, le délégué syndical demande à la direction d’être plus « agressive » dans la recherche de développement d’activités.
Une filière automobile en crise, les retombées pour les sous-traitants
« Ce sont des pertes d’emplois sous la fameuse coupe de l’attrition naturelle », dénonce Tarek Zarhdad. L’attrition naturelle désigne la baisse des effectifs causée par les départs en retraite, les décès et les mutations. « Après quand on arrive à des taux de 80 démissions par an avec des personnes de 42 ans, il y en a même 25 ans ou 27 ans, est-ce que ça reste de l’attrition naturelle ? » questionne-t-il. Le syndicat dénonce une politique poussant les salariés à démissionner.
La CGT est consciente des difficultés que la filière automobile traverse. D’après une étude de l’Insee sortie en février, les effectifs de l’industrie automobile en France ont fondu de 33 % entre 2010 et 2023 (lire notre article). Une chute avec des conséquences directes sur les sous-traitants comme Forvia. « Stellantis est notre plus gros client. Il représente à peu près 60 % du chiffre d’affaires de FSE [entité échappement de Forvia] », estime Eric Nappiot. Mais, le fabricant automobile enregistre lui-aussi des baisses de production.
Le constructeur automobile Renault a annoncé mardi 10 mars vouloir mettre l’accent sur l’électrique. D’ici 2030, la marque souhaite proposer à 100 % des voitures électriques ou hybrides en arrêtant la vente des voitures uniquement essence et diesel. Une stratégie opposée à celle de Stellantis qui souhaite réintroduire les moteurs diesel ; en février, le 4e constructeur automobile mondial a quand même vendu plus de 80% de véhicules électriques ou hybrides dans toutes ses ventes France soulignant une tendance forte de l’électrification de son parc. Pour Eric Nappiot, la stratégie de Renault n’est pas optimale pour les salariés : « Pour nous, s’il y a du tout électrique, il y a plus d’activités sur la partie échappement. »