4 ans après le discours de Belfort d’Emmanuel Macron, qui actait la relance du programme nucléaire français, le gouvernement a publié la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), ce jeudi. Une feuille de route qui conforte justement cette direction dans laquelle le nucléaire occupe une place centrale et où l’électrification est un enjeu majeur. Aujourd’hui, 60 % de l’énergie est carbonée en France. Demain, 60 % doit être décarbonée. C’est l’enjeu de l’électrification des usages. C’est ce qu’est venu dire, ce vendredi 13 février, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, dans les ateliers d’Arabelle Solutions à Belfort.
Avec Sébastien Martin, ministre délégué à l’Industrie, il a constaté les ambitions de l’équipementier nucléaire, qui fait le lien dans la centrale nucléaire entre l’énergie thermique de la fission nucléaire et l’énergie électrique livrée au réseau. Un équipementier, filiale à 100 % d’EDF, qui doit investir 350 millions d’euros d’ici 2029 (lire notre article) pour répondre aux ambitions françaises – 6 nouveaux EPR dont le premier en 2035 et 8 en option – et aux commandes internationales ; en 2025, Arabelle a enregistré 10 milliards d’euros de commandes, représentant un milliard d’euros de chiffre d’affaires.
« La tolérance de l’horlogerie à des dimensions gigantesques »
Arabelle Solutions veut produire deux turbines Arabelle (lire notre article) par an. « L’usine a un challenge d’améliorer de 25% le temps de production tous les deux ans », note, à ce titre, Bernard Fontana, président de EDF, actionnaire unique d’Arabelle Solutions.
Pour répondre à cet enjeu, l’entreprise investit dans ses capacités de production, dont le parc machine, et dans la ré-internalisation d’activités clés : la fabrication de grandes ailettes ; la fabrication des barres stator d’alternateur, aujourd’hui produites à Bucarest en Roumanie ; ou encore le bobinage des rotors d’alternateurs. L’industriel veut aussi maîtriser au mieux sa chaine de production et d’approvisionnement et être le plus agile possible. « Nous voulons plus de valeur du site de Belfort dans le produit final », a également indiqué Pierre-Marie Poisson, directeur du site de Belfort d’Arabelle Solutions, lors de la visite de l’impressionnante halle « turbine » : une trentaine de mètres de haut pour 350 mètres de long.
Les dimensions des pièces de turbines et des machines qui les façonnent – tour d’usinage ; fraiseuse de 37 m de long pour 7 m de large – sont impressionnantes. « Une cathédrale industrielle », comme a aimé la décrire Roland Lescure. Une cathédrale aux exigences considérable et au savoir-faire résumé dans une formule bien sentie par le directeur du site : « La tolérance de l’horlogerie à des dimensions gigantesques. »
Arabelle Solutions veut recruter 600 personnes d'ici 2030
Autre programme d’ambition : la construction d’un nouveau bâtiment de près de 20 000 m2, dédié à la fabrication du corps turbine. Aujourd’hui, ce futur site est en cours de définition. Plusieurs scénarios sont sur la table. Mais le bâtiment doit s’implanter au cœur du Techn’Hom. Ces investissements doivent contribuer « à la consolidation de la filière nucléaire », a souligné Catherine Cornand, présidente d’Arabelle Solutions, lors de sa prise de parole.
Le site de Belfort compte aujourd’hui 1 400 salariés ; dans le monde, Arabelle Solutions s’appuie sur 3 600 collaborateurs, répartis dans 16 pays. D’ici 2030, le site de Belfort doit accueillir 2 000 personnes, soit la création de 600 postes. Un travail autour de l’attractivité de la filière est en cours de développement, pour capter les jeunes, mais aussi les femmes, encore peu représentées dans l’industrie nucléaire ; elles représentent aujourd’hui 24 % des effectifs de la filière nucléaire.
Acteur de la souveraineté industrielle et énergétique
La relance du nucléaire répond à un enjeu de souveraineté. Le plan d’investissement d’Arabelle Solutions est un maillon de ce projet industriel qui doit y contribuer. « La puissance énergétique de la France est liée à sa puissance industrielle, comme sa puissance industrielle est liée à sa puissance énergétique », a rappelé Sébastien Martin, qui connaît bien la question nucléaire pour avoir accompagné le développement de Framatome en qualité de président du Grand Châlon. « Le nucléaire attire, assure notre autonomie et il est basé bien évidemment sur le savoir-faire indispensable des salariés, des ouvriers, des techniciens, des cadres d’Arabelle comme de Framatome et d’EDF », a-t-il ajouté.