C’est une grand-messe. Avec ses rites. Ses traditions. La direction de Stellantis France et les syndicats étaient réunis ce jeudi 12 février à Poissy pour les négociations annuelles obligatoires (NAO). Plus de 9 heures de palabres ont été nécessaires, rythmées autour de cinq rounds. S’en sont suivis des consultations. La rédaction de communiqués de presse et de tracts pour les salariés. Très tard dans la nuit.
La direction a finalement proposé « un budget de + 2,1 % de la masse salariale, dans un contexte d’inflation à 0,7% », écrit-elle dans un communiqué de presse. Cette augmentation anticipe déjà la transposition, en droit français, de la directive européenne sur la transparence des rémunérations, relève la CFE-CGC, syndicat majoritaire, représentant une hausse de 0,2 %. La négociation avait débuté avec une enveloppe de + 0,9 %.
« Dans le cadre d’une année difficile, il s’agit de reconnaitre la contribution des collaborateurs avec un budget d’augmentation engagé, préservant le pouvoir d’achat et valorisant la performance individuelle », a commenté Aude Blanc, DRH France de Stellantis, citée dans le communiqué de presse du constructeur automobile. En 2025, la hausse avait aussi été de 2,1 %, rappelle Stellantis, mais l’inflation était alors de 1,2 %.
Un talon d'augmentation des salaires de 23 euros
Pour les cadres, l’enveloppe ne comprend que des augmentations individuelles. Le taux de sélectivité est compris entre 75 et 80 %. Chez les techniciens et les ouvriers, l’enveloppe se décline en augmentation générale (respectivement + 0,9 % et + 1 %). Chez les techniciens, l’augmentation individuelle est de 1 %, avec un taux de sélectivité de 75 % et de + 0,9 % pour les ouvriers, avec un taux de sélectivité de 62 %. L’augmentation générale est toujours supérieure à l’inflation, indique Laurent Oechsel, délégué syndical central, affilié à la CFE-CGC. Le talon de l’augmentation se situe à 23 euros. L’augmentation générale sera rétroactive et sera versée dès janvier. « Les augmentations de salaires sont la seule garantie pour protéger le pouvoir d’achat, préserver les cotisations sociales et rétablir un partage plus juste de la richesse dans l’entreprise », souligne Laurent Oechsel.
L’augmentation générale est « trop faible », juge Jérôme Boussard, de la CGT. « La direction annonce 1,9 % (si l’on enlève les 0,2 % liée à une directive européenne, NDLR), alors que c’est seulement 1 % pour 40 % de l’effectif », replace-t-il. Et de compléter : « Le talon de 23 euros ne suffit pas à finir les fins de mois. » Du côté de Force ouvrière, c’est la déception. « Les salariés ne doivent pas faire les frais des mauvaises orientations », indique Thierry Giroux, en sortie de négociation. La CFTC espérait, quant à elle, « une proposition plus aboutie ».
En attente d'un accord majoritaire
Du côté des primes, la prime transport est revalorisée de 5 %. Et 180 euros de primes sont envisagées dans le cadre d’une prime « maîtrise ». Une prime « présence tardive » est aussi prévue à 18 euros, en hausse de 14 %.
La CFDT a trouvé que la direction était « davantage à l’écoute et moins dans une logique de confrontation ». Le syndicat est conscient « du contexte économique incertain » et d’un « marché automobile particulièrement tendu ». « Un véritable RESET ne se décrète pas d’en haut, interpelle toutefois Laurent Oechsel. Il se construit avec celles et ceux qui font vivre l’entreprise au quotidien ! » Le 6 février, le directeur général de Stellantis, Antonio Filosa, a annoncé le report de 22 milliards d’euros de charge sur les résultats de 2025 (lire notre article).
« Cette proposition s’appliquera sous réserve de la signature d’un accord majoritaire des organisations syndicales », rappelle la direction. Un vote sera proposé dans les prochains jours aux organisations syndicales. En cas d’absence de vote majoritaire, l’enveloppe retenue sera de + 1,5 %.