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Sociochaux : après le sauvetage, l’heure de la reconstruction

Léna Chatonnay et Mathieu Triclot reviennent sur l'été vécu par l'association Sociochaux. | ©Le Trois - EC
Portrait
C’est la fin de l’été. L’association Sociochaux a été un acteur majeur dans la survie du FC Sochaux-Montbéliard (FCSM). Mathieu Triclot, président et co-fondateur de Sociochaux, ainsi que Léna Chatonnay, bénévole émérite arrivée cet été, reviennent sur ces deux mois intenses, qui ont donné une autre dimension à l’association en passant de 300….à 9 000 socios.

Ils se sont rencontrés pour la première fois ce jeudi 31 août et pourtant ils ont travaillé ensemble tout l’été pour sauver le club à distance. Le président et co-fondateur de Sociochaux, Mathieu Triclot était avec Léna Chatonnay, bénévole, membre de la commission communication et du conseil d’administration. « Tu as regardé si on avait reçu un chèque de l’Ariège ? » questionne Mathieu. Léna vient d’arriver avec une salve d’enveloppes que Mathieu ouvre. Des chèques, accompagnés de longs mots d’amour pour le FC Sochaux-Montbéliard. Pari manqué. Toujours pas de chèque de l’Ariège. « C’est le seul département français où nous n’avons pas eu d’aide de supporters, en France », plaisante le président. 

L’optimisme et la sagesse. Les deux protagonistes face à face pour raconter l’histoire d’un sauvetage. « Moi, je suis originaire de Montbéliard, mais je n’ai jamais été attachée au foot plus que ça. Et puis, j’ai découvert que mon arrière-grand-père vérifiait les billets à l’entrée, que ma grand-tante jouait avec les filles du club », raconte la bénévole de 22 ans qui s’est engagée avec Sociochaux au début de l’été. Cette histoire de famille, c’est celle de beaucoup de personnes dans le nord Franche-Comté. Une histoire qui a créé un très fort attachement au club. 

« Moi, je suis de la région de Paris, mais j’ai beaucoup bougé. Je n’ai pas d’attachement particulier à un endroit », raconte Mathieu. Le professeur de philosophie à l’université de technologie de Belfort-Montbéliard (UTBM) arrive dans la région en 2007, pour travailler à l’université. « Je me suis retrouvé à travailler sur un jeu vidéo nommé Football manager où je me suis intéressé aux récits des joueurs du FCSM. Et puis je suis allé voir en vrai. » C’est comme cela qu’il se retrouve au milieu du stade, à décrire le match à une personne âgée qui ne voyait pas bien, à partager des anecdotes sur les joueurs à des supporters qui se trouvaient à côté de lui pendant les matchs. Il se passionne pour le FCSM. Lance avec quelques autres passionnés le blog La bande à Bonal, où chaque match fait l’objet d’un compte-rendu.

En 2018, le club vit une période très difficile. « On se dit que ça va se casser la figure. On passe sur une multi-propriété, le pire modèle pour un club. C’était désastreux. » L’association se fonde au milieu de cette année de boycott des tribunes, où les supporters tiennent une saison entière sur le parking Nord du stade Auguste-Bonal pour exprimer leur mécontentement. En 2019, l’association est déclarée. Elle compte 300 adhérents, avec une vingtaine de bénévoles actifs. « À ce moment-là, on lance une consultation en ligne sur l’attachement qu’ont les gens au club. Nous avions eu des milliers de messages. » Dans sa tête naît déjà le projet d’actionnariat populaire. Avec dans l’association, un noyau solide, réfléchi, loyal autour du projet. 

La traversée du désert

Et puis il y a eu Nenking. La vente sur le fil. Et Samuel Laurent, ancien directeur général français,  qui ne croit pas du tout au projet de l’association. « Il ne croyait pas à l’attachement des supporters, il ne voyait que les résultats et n’avait pas de considération pour les supporters. »  Le Havre, Bastia, Guingamp, Mathieu Triclot voit que d’autres projets d’actionnariat populaire fonctionnent. Mais il a du mal à y croire alors que l’opacité devient totale pendant toute cette période avec le groupe Nenking. 

« Nous en étions arrivés à un point où je voulais dissoudre l’association. Nous étions blacklistés de toutes les réunions liées aux supporters. On était sans objet. On ne foutait plus rien depuis deux ans », raconte le président de l’association, sans filtre. « On est passé certaines fois à une voix de dissoudre l’association. On aurait filé la tune aux Restos du coeur. » Il se remémore l’été dernier, bien différent de celui vécu cette année. « On était complètement en sommeil. De toute manière, l’association, c’était la traversée du désert. »

Alors, quel parcours, maintenant que les socios sont 9 000. Ils sont répartis dans quasi tous les départements français, et dans une trentaine de pays du monde. « C’est complètement dingue. » Mathieu et Léna n’en reviennent toujours pas. « Mon fer de lance, c’est de créer un canal Discord où tous les adhérents pourront discuter. Nous avons explosé les plafonds de WhatsApp, on ne savait même pas que c’était possible », raconte-t-elle, des étoiles plein les yeux.

Mathieu secoue la tête et revient sur cet été, les yeux dans le vague. Sur le basculement, le début de la fin. « Avec un peu de recul, je me remémore m’être dit que la responsabilité était effroyable. Début juillet, on savait. On savait qu’on allait prendre une pelle et enterrer nos vacances. »

Léna, de son côté, intègre l’association à ce moment-là. « Je me dis que ce n’est pas possible que ça s’arrête. Je suis positive dans l’âme. » La campagne de levée de fonds se structure. Léna, avec ses connaissances, met en place un live Twitch pour le lancement. Ce soir-là, l’espoir renaît. 50 000 euros sont récoltés en une soirée le 22 juillet. « J’étais dans la voiture avec mon fils, quelque part entre la Creuse et le pays de Galles. C’est lui qui m’annonçait le montant qui augmentait, impossible à croire », raconte Mathieu.

Le travail est immense, pour tous les bénévoles qui sont éclatés durant cet été aux quatre coins de l’Europe. Mais grâce à une organisation sans faille et des commissions qui se structurent, l’association est prise très au sérieux. Elle devient un pilier principal du sauvetage. « Ce travail-là, il a été permis par tous les membres du conseil d’administration. Quand je suis arrivée, je me suis dit : « Qui sont ces gens qui ne dorment jamais ? » », raconte Léna. Ces gens-là, ce sont ceux qui ont été là depuis le début. Qui sont parfois partis mais qui sont revenus au bon moment. Des personnes dotées de fortes compétences : des comptables, des avocats, « là à chaque besoin et à la seconde ».

« Nous en étions arrivés à un point où je voulais dissoudre l’association. Nous étions blacklistés de toutes les réunions liées aux supporters, on était sans objet, on ne foutait plus rien depuis deux ans »,
Mathieu Triclot

Viser plus fort

« Lors de la première assemblée générale début juillet, les politiques locaux ne voulaient pas que la levée de fonds soit organisée tout de suite. Ils ne voulaient pas effrayer les repreneurs », pointe Mathieu. Mais tant pis. Le vote populaire, favorable à 80% à l’ouverture de la levée de fonds triomphe. « C’est un événement qui aurait pu nous plomber, mais les votes ont parlé. Dans le même temps, nous avons eu plus de 120 candidatures de personnes qui ont voulu nous aider en direct. » 

Il y a eu des moments de creux. Mais depuis l’offre du duo Plessis-Wantiez, le montant de la levée de fonds ne s’arrête plus. Elle s’élève désormais à plus de 650 000 euros. « On avait des sommes en tête comme à Bastia, où la levée de fonds a permis de récolter 270 000 euros. On nous disait qu’ici, on n’aurait jamais autant, que les Corses étaient beaucoup plus attachés à leur club que les Francs-Comtois. » 

Mathieu et Léna se regardent, rigolent. Ils ont hâte, mais appréhendent la prochaine assemblée générale qui aura lieu dans la semaine du 18 septembre. 9 000 personnes à rassembler, en ligne, pour envisager la suite. L’enjeu est immense. Structurer le débat, gérer la modération, créer un tchat « où l’on risque d’avoir des centaines de messages à la minute », prévient Léna. 

Il est d’autant plus immense que Sociochaux ne veut perdre personne en route. L’association veut tenir le pari de ce projet populaire, avec les plus jeunes, les plus anciens, aussi. Avec ceux qui sont à l’autre bout du monde et avec ceux qui sont au stade à chaque match.

Il y a aussi de l’appréhension pour la suite. « Beaucoup, d’ailleurs, veulent prendre ma place ; nous avons énormément de candidatures », raconte le président en riant. Il faut dire que rien n’est encore stabilisé. Le président reste inquiet, car l’objectif était de pouvoir assurer trois saisons au club. Ce n’est pas encore le cas.

Le club n’est sauvé que pour une saison, pour le moment, explique-t-il. « Nous avons besoin d’autres socios et des investissements. Là, nous sommes dans une phase d’euphorie après avoir bravé la mort mais on sait aussi que ça peut retomber après les grosses émotions de l’été : la peur, la panique, ce sont des émotions qui poussent à agir.»

« On avait des sommes en tête comme à Bastia, où la levée de fonds a permis de récolter 270 000 euros. On nous disait qu’ici, on n’aurait jamais autant, que les Corses étaient beaucoup plus attachés à leur club que les Franc-Comtois. » 
Mathieu Triclot

Rendre hommage à ces 9 000 histoires

Sociochaux ne rêve que d’une chose : que le côté sportif donne de l’air pour créer de belles émotions et donner envie de continuer à supporter le club. « Il ne faut pas s’endormir maintenant. » Ce vendredi soir, ils se retrouvent tous, lors du premier match à domicile de la saison. Mais rien ne sera simple, ils le savent. Et les bénévoles savent leur forte responsabilité. « Nous avons 9 000 histoires différentes à porter », glisse Léna. Celle de ceux, par exemple, qui ont demandé des cartes de supporters pour leurs parents décédés, qui auraient adoré porter le projet. Celles de nouveaux-nés qui font déjà partie de l’histoire en ayant leur carte de supporters. « Nous sommes dépositaires de toutes ces histoires-là. La responsabilité est immense, et nous savons que derrière tout cela, il y a l’attente d’un autre modèle du foot. Un foot coopératif. On sait que cette histoire va être regardée dans toute l’Europe. » 

Au club, aux joueurs, aux supporters, à Sociochaux de la porter. « Il fallait sauver le club, on l’a fait. Ce soir on va tous faire la fête ensemble. Mais maintenant, ce club, il faut le reconstruire », conclut le président des Sociochaux. Le pari est lancé.   

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