Faux, usage de faux, usurpation de titre et escroquerie : c’est sur ces motifs que le procureur de la République de Montbéliard, Paul-Édouard Lallois, a ouvert une procédure judiciaire le 2 février 2026 à l’encontre de Florent Montaclair, enseignant à l’université Marie-et-Louis-Pasteur (UMLP). Né en 1970 à Besançon, il a décroché un DEA en 1993, puis un doctorat de littérature comparée en 1995, à l’université Paris IV-Sorbonne. Il obtient l’agrégation en juillet 2022, non sur concours, mais sur liste d’aptitude.
Il a exercé à Besançon et à Belfort, où il a été directeur adjoint de l’IUFM (institut universitaire de formation des maîtres, devenu Inspee, institut national supérieur du professorat et de l’éducation). Il habite à Montbéliard.
Un diplôme américain et une médaille de philologie contestés
Les interrogations du procureur de la République de Montbéliard portent sur un diplôme d’une « université » américaine et d’une médaille décernée par une société internationale de philologie, dont plusieurs éléments l’amènent à penser qu’elles relèvent de la supercherie. Des élément qui ont été dévoilés au cours d’une longue enquête publiée par nos confrères de L’Est Républicain.
De premières interrogations surgissent en 2018. Florent Montaclair dépose alors un dossier pour accéder à la fonction de professeur des universités. Il produit deux documents qui intriguent le ministère de l’Éducation nationale : un doctorat de philologie délivré par une université qui serait basée dans la commune de Lewes, dans le Delaware (USA), ainsi que le rapport de jury de la soutenance de ce diplôme.
Les fonctionnaires de l’Éducation nationale qui instruisent sa demande tiquent pour de multiples raisons : ils détectent des anomalies sur le diplôme (un format non utilisé aux États-Unis, des logos surprenants, des alignements mal faits, etc.) ; ils ont des doutes quant à l’existence de l’université de Lewes ; trois des membres du jury sont à la retraite ou difficilement identifiables ; un membre présumé du jury retrouvé affirme n’y avoir jamais pris part ; un des jurés clairement identifié, un certain Martin Balmont, se trouve avoir un lien avec une association bisontine présidée par Florent Montaclair et dont le trésorier est le père de ce dernier. Cette association a édité des ouvrages de ce mystérieux Martin Balmont, dont on ne retrouve cependant pas de trace concrète de l’existence.
Le procureur de la République de Paris saisi dès 2018
L’Education nationale saisit donc le procureur de la République de Paris, qui transmet le dossier au commissariat de Montbéliard en septembre 2018. Interrogé par les policiers de Montbéliard, Florent Montaclair explique avoir travaillé avec la prétendue université du Delaware uniquement par Internet, que Martin Balmont en est le directeur, que le diplôme qu’il a reçu ne lui aurait servi à rien, rapporte le procureur.
Les investigations s’arrêtent là et le dossier sommeille jusqu’à l’été 2025, date à laquelle l’université Pierre-et-Marie-Pasteur s’interroge sur les suites qui avaient été donnée à cette procédure. Le procureur s’en saisit alors et conclut à un classement faute d’éléments probants.
L’université Marie-et-Louis Pasteur active l’article 40
C’est alors que le président de l’université Pierre-et-Marie-Pasteur active l’article 40, qui oblige tout fonctionnaire d’informer le procureur d’un crime ou délit dont il aurait connaissance. Le procureur de Montbéliard rouvre donc le dossier. Un des nouveaux éléments porte sur une médaille de philologie, décernée par une société savante dans ce domaine. Un professeur de l’éminente école des Chartes fait part au procureur de ses doutes quant à l’existence d’une telle société savante et d’une telle récompense.
L’UMLP convoque Florent Montaclair devant une commission disciplinaire au mois de novembre ; il ne s’y présente pas. L’université prend des sanctions en décembre, qui lui sont notifiées en février. Le délai de recours court encore, mais le procureur rapporte que Florent Montaclair risque d’être suspendu de toutes ses fonctions universitaires.
Début février, le procureur ouvre une procédure pour faux, usage de faux, usurpation de titre et escroquerie, après avoir fait le lien entre l’alerte lancée par le président de l’université et la procédure de 2018 dont il a pris connaissance à l’été 2025. Les investigations confirment ses doutes, explique-t-il lors d’une conférence de presse, ce mardi 24 février : l’existence de l’université américaine ne repose que sur un site Internet « minimaliste » créé en 2015 et qui n’existe plus ; la société savante internationale de philologie n’existe elle aussi que via un site Internet créé en 2015.
Par ailleurs, une association bisontine, qu’il préside, a pour objet notamment de diffuser la charte des Nations Unies et la Charte des droits de l’homme. Elle a en fait servi de société d’édition pour des ouvrages de Florent Montaclair et de… Mathieu Balmont.
Perquisition et garde à vue en février 2026 à Montbéliard
Le procureur a ordonné une perquisition au domicile de Florent Montaclair, à Montbéliard, en février 2026. Lors de cette perquisition, le procureur a obtenu de voir la médaille de philologie, qui a été placée sous scellés, ainsi que le diplôme original américain dont se prévaut Florent Montaclair.
A l’issue de la perquisition, il a été placé en garde à vue. Il a reconnu avoir commandé la médaille par internet à une société parisienne et les investigations ont permis d’établir qu’elle avait été faite à partir d’un modèle qu’il a élaboré. Cette médaille a été livrée au domicile de ses parents à Besançon, siège de l’association éditrice de ses ouvrages. Le destinataire du colis était Martin Balmont, dont le procureur ne trouve toujours pas de preuve de l’existence.
Le mis en cause conteste formellement l'escroquerie
Pour se défendre, Florent Montaclair aurait affirmé que la création de la médaille était une tentative universitaire de créer une reconnaissance, tentative qui a été avortée.
À ce stade, l’enquête se poursuit et le procureur insiste sur la présomption d’innocence : Florent Montaclair conteste formellement les accusations de faux, d’usage de faux, d’usurpation de titre et d’escroquerie. Il n’est, aujourd’hui, pas mis en examen. L’enjeu pour la justice sera maintenant de déterminer quels gains il pourrait avoir tiré de ce prétendu diplôme américain et de cette prétendue médaille de philologie : l’obtention d’un nouveau grade universitaire, une accélération de carrière (et donc une meilleure rémunération), comme l’agrégation sur dossier en 2022 ?
Selon les informations qui seront recueillies durant l’enquête préliminaire, plusieurs issues sont envisageables : un plaider-coupable (qui suppose que le mis en cause reconnaisse tout ou partie des faits qui lui sont reprochés) ; un procès en correctionnelle ou, si les éléments réunis ne sont pas assez probants pour confirmer l’un des quatre motifs d’enquête, un classement sans suite.