Juliana Burel
Ils n’en peuvent plus ! Une quinzaine d’employés de Ehpad du Doubs Rivage, à Montbéliard, sont sortis de leur établissement le temps de manifester quelques minutes. Ils ajoutent à leur blouse blanche un ruban orange avec l’inscription « En grève ». Seulement quelques minutes après être sortis, tous ceux qui travaillent ce jeudi 18 juin repartent. Pour les autres, ils font grève sur leur jour de repos. « On n’a pas le choix, on travaille avec les gens », souligne Nabia, aide-soignante et représentante du personnel. Ils ne peuvent pas se permettre d’arrêter de travailler, même pour manifester. Une charge physique et mentale qui épuise le personnel, selon elle. « Il n’y a pas du tout de reconnaissance », exprime Stéphanie Clément, aide-soignante à l’Ehpad.
Un service à bout
« C’est grâce à nous que ça tourne », explique le personnel. L’Ehpad accueille de nombreuses personnes âgées qui ont de moins en moins d’autonomie. Les aides-soignantes ne peuvent plus forcément être assez disponibles pour les pensionnaires. « On est une soignante pour des résidents, qu’ils soient valides ou non valides, autonomes ou pas autonomes, c’est exactement pareil », s’agacent les représentantes de la manifestation. Elles ajoutent même : « Cela en devient une charge même sur les jours de repos. Parce que le temps de récupérer physiquement, mentalement, ça se ressent sur nos jours de repos. »
Les mauvaises conditions de travail ont aussi des répercussions sur les résident. Le personnel compense sans cesse le manque d’employés: « Quand on rentre chez nous, on est vidés. Puis, on est stressés de savoir comment on va retrouver l’Ehpad et savoir s’il y aura des remplaçants en cas d’absence, sinon on s’organise autrement pour compenser », intervient Sahadatou Djibo, serveuse dans l’Ehpad. Le personnel manifeste pour une meilleure reconnaissance en général.
Mouvement de grève national
Le mouvement de grève est national. Les employés du groupe Korian étaient attendus par la CGT pour se rendre devant le siège du groupe, afin de manifester devant le bâtiment de l’entreprise à Paris. Ils dénoncent aussi l’augmentation de salaire de la direction, selon eux d’environ 17 % alors que toutes leurs heures ne sont pas payées. « On ne demande pas 17 %, juste un pour cent d’augmentation », explique Nabia. « Nous, on travaille douze heures, mais on n’est payés que dix heures , s’insurgent les représentantes. Même notre pause de 15 minutes n’est pas rémunérée ». L’une d’entre elles déclare à son tour : « Je ne touche pas plus de 1 900 euros par mois après onze ans d’ancienneté, et dedans est comptée la prime Ségur. »
Contactée, la direction de l’Ehpad a, de son côté, répondu : « Dans le cadre de l’appel national à la mobilisation lancé par la CGT à l’occasion des négociations annuelles obligatoires actuellement en cours au sein du Groupe, 15 collaborateurs ont participé durant 15 minutes ce matin à un mouvement de débrayage. Ce mouvement s’inscrit dans un contexte national et n’est pas lié à une situation particulière de l’établissement. La continuité des soins et de l’accompagnement des personnes accueillies est pleinement assurée. »
