« Depuis l’annonce, je n’en dors plus », témoigne une aide-soignante du CCAS (Centre communal d’aide sociale) de Belfort, choquée par « la violence de l’annonce » de la disparition en fin d’année 2027 des services de soins et d’aide à domicile.
Doris Cuinet-Nazaire, représentante du personnel au CCAS depuis 2018, réfute les arguments apportés lors de sa conférence de presse par le maire de Belfort, Damien Meslot, pour justifier cette suppression. « Contrairement à ce qui a été avancé, les aides-soignantes et les auxiliaires de vie employées par le CCAS ne sont pas moins bien rémunérées que dans le secteur privé. Les grilles indiciaires, ainsi que les dispositifs locaux — notamment les primes — garantissent une rémunération supérieure à celle des structures privées comparables. À titre d’exemple, une aide-soignante à temps plein travaillant un week-end par mois perçoit 1 900 € au CCAS, contre 1 500 € dans le privé pour deux week-ends travaillés dans le mois. De même, les auxiliaires de vie sociale perçoivent 1 500 € au CCAS, contre 1 300 € dans le secteur privé. »
« De nombreuses candidatures refusées »
Elle affirme aussi que « le service accompagne actuellement une cinquantaine de patients au sein du SSIAD et plus de 130 usagers au SAAD ». Pour autant, selon elle, « de nombreuses candidatures et CV sont régulièrement reçus, mais ceux-ci sont refusés par mail avant même qu’un entretien ne soit proposé — certains candidats ne reçoivent d’ailleurs aucun retour. Affirmer que le service ne parvient pas à attirer des candidats est donc inexact et trompeur. Par ailleurs, il convient de rappeler que le maire a la possibilité de procéder à des embauches dès le début du contrat, en titularisant les agents dès leur prise de poste ».
Elle craint aussi que le service d’aide aux malades d’Alzheimer ne disparaisse à terme. « Le service ESA (Équipe Spécialisée Alzheimer) est rattaché au service autonomie ». La disparition du service autonomie provoquerait donc mécaniquement celui de l’ESA.
« Nous, nous pouvons travailler humainement »
Toutes celles qui sont au CCAS sont contentes, témoignent Doris Cuinet-Nazaire, Ida Morantin et Aïda Pagès. Non seulement pour des conditions salariales qu’elles jugent plus favorables que dans le privé, mais aussi en raison du temps qu’elles peuvent consacrer aux personnes bénéficiaires. Elles prennent en charge six ou sept personnes par jours, alors que ce chiffre, selon elles, peut monter jusqu’à treize dans d’autres structures. « Nos patients sont les plus vulnérables. Ce sont souvent des femmes qui n’ont qu’une petite retraite. Leurs ressources ne leur permettent pas d’accéder aux Ehpad. Nous, nous pouvons travailler humainement. Parfois, on leur rapporte des lingettes, du papier toilette, du pain. On n’est pas censé le faire, mais on le fait ». Et elles gardent en tête le scandale national des Ehpad Orpea en 2022 comme contre-exemple de leur façon de travailler.
« C’est le service public qu’on va démanteler. Et quand tout sera privé, on sera privé de tout », conclut la représentante du personnel.
Le 18 juin, avant le conseil municipal de Belfort, elles se joindront à la manifestation organisée contre la disparition des intervenants en sport et en musique dans les écoles. Une manifestation est aussi prévue le 29 juin avant la réunion qui doit entériner la décision de suppression des soins et du service à domicile du CCAS.
