« Je sais que le monstre c’est lui » et « j’ai décidé de ne pas être au procès pour mon bien », écrit le jeune agriculteur dans une lettre lue à l’audience par Delphine Thibierge, présidente de la cour criminelle du Doubs, qui examine le dossier depuis lundi, et pour trois semaines.
Théo Denner, 25 ans, est accusé de viols, d’agressions sexuelles ou encore d’atteintes à la vie privée sur 43 personnes âgées de 14 à 19 ans, principalement des garçons, dans le nord du département du Doubs entre 2018 et 2023. Six d’entre elles ont dénoncé des viols.
L’auteur de la lettre, mineur au moment des faits, n’est pas venu témoigner mardi. Trop dur de revoir son bourreau. Trop dur de parler des faits qu’il a subis.
Pourtant, c’est grâce à sa plainte pour viol que l’enquête de gendarmerie a débuté en 2021, alors que des dizaines de victimes se taisaient.
A 17 ans, « harcelé » pendant près de deux ans après avoir été violé, il a été le premier à briser le silence pour raconter à sa famille qu’il avait « fait quelque chose d’horrible ».
Il aura fallu le tact, la patience et le soutien indéfectible de son grand-frère, de trois ans son ainé et lui aussi approché par « Aurélie », pour que ce garçon « taiseux » et « sensible » se confie, après avoir frôlé le suicide.
« Je suis passé d’une première rupture amoureuse à une descente aux enfers », raconte-t-il dans sa lettre. « Ce chantage a failli me pousser à bout et n’a pas freiné mon agresseur ».
À 15 ans, l’adolescent, alors en proie à un chagrin d’amour, est abordé sur Snapchat par une certaine « Aurélie », jolie bûcheronne blonde qui lui envoie des photos intimes. Elle insiste ensuite pour qu’il fasse de même.
"Vulnérabilité"
Après de longues hésitations, il s’exécute. Le piège se referme. « Aurélie » le harcèle par messages, le menace d’envoyer des skinheads lui « casser les dents » et de diffuser ses photos.
« Y a quelqu’un qui me met une pression énorme. J’ai déconné, j’ai donné des photos », commence alors à se confier le cadet. Avant de déposer plainte.
« Pour Théo Denner, c’est comme si l’autre n’existait pas. Il peut le pousser au suicide, il s’en fout », a dénoncé le frère de la victime, « fier » de son cadet et soulagé qu’il soit encore « vivant ».
L’avocat général, Jérémy Lhadi, a relevé que l’accusé s’en était pris « au plus jeune, au plus sensible » des deux frères, celui qui présentait « une certaine vulnérabilité ».
Venue témoigner, sa mère attend de ce procès « que la parole se libère, que la honte change de camp, que la faute retombe uniquement sur la personne assise dans le box des accusés ».