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Étudier ou se soigner, le dilemme des étudiants comtois

Les facultés tentent d'aider les étudiants. Plusieurs épiceries sociales ont vu le jour dans les trois dernières années en Franche-Comté. | ©Le Trois - archives
Analyse
Les associations étudiantes et des professionnels de la vie étudiante alertent. Depuis cinq ans, le coût des rentrées scolaires étudiantes augmente. L’inflation a explosé cette année et les étudiants ne suivent plus. Quitte à renoncer à certains besoins de première nécessité.

« Certaines étudiantes ne viennent plus en cours durant leurs menstruations car elles ne peuvent plus s’acheter de protections hygiéniques », raconte Murielle Ruffier, chargée de mission précarité pour l’université de Franche-Comté. « Certaines en fabriquent elles-mêmes, je vous laisse imaginer les dangers. » En Franche-Comté, l’inflation inquiète les professionnels qui travaillent aux côtés des étudiants. La rentrée est une période particulièrement compliquée financièrement. En 2023, il faudra débourser à cette période 2 577, 89 euros à Montbéliard et 2 612,39 euros à Belfort, en hausse de 3,50% par rapport à 2022. Ces chiffres ont été élaborés par le bureau des associations franc-comtoises (BAF) en collaboration avec la fédération des associations générales étudiantes (Fage). Depuis cinq ans, ils conçoivent ensemble l’indicateur du coût de rentrée, qui met en évidence ce que doit payer, à la rentrée universitaire, un étudiant franc-comtois (frais de scolarité, logement, assurances, complémentaire santé…).

Selon une enquête du syndicat étudiant l’Unef, au niveau national, la hausse enregistrée cette année est la plus importante en 19 ans d’enquête. En Franche-Comté, on relate par exemple une hausse de 4,57% sur les assurances logement. Autant pour la complémentaire santé, qui est passée en moyenne de 307,20 euros à 322 euros. On constate aussi une augmentation de cinq euros de la contribution à la vie étudiante et à celle du campus, qui est obligatoire pour s’inscrire à la fac. Elle coûte désormais 100 euros pour les non-boursiers, qui représentent un étudiant sur deux. Les boursiers en sont exonérés.

« Cela les pousse à faire des choix entre des produits de première nécessité. Ils sont nombreux à renoncer à leur santé pour manger. À refuser de prendre une complémentaire santé pour avoir l’argent nécessaire pour s’inscrire à l’université », détaille Noa Augustee, la présidente du bureau des associations franc-comtoises. À Besançon, ils ont sondé cette réalité à l’épicerie sociale et solidaire, qui a été mise en place. Parmi le public qui s’y rend, un quart des étudiants renonce au soin pour raison financière. 

« Les étudiants sont au pied du mur, ils ont besoin d’une vraie réforme sociale »
Noa Augustee
Présidente du bureau des associations franc-comtoises

À côté de ces hausses propres aux frais de rentrée, il y a les frais de la vie courante, qui ont explosé. Les loyers pour commencer. Puis les coûts de l’alimentation. Le panier moyen est en hausse de 13,30% en Franche-Comté. La téléphonie et internet sont eux en hausse de 16,01%. Ou encore les transports, qui augmentent de plus de 5% en un an. « Les étudiants sont au pied du mur, ils ont besoin d’une vraie réforme sociale », défend Noa Augustee. Pour elle, il faut réfléchir à une bourse qui ne soit pas liée aux revenus familiaux, mais qui soit réfléchie selon les dépenses de l’étudiant et ce qu’il gagne. Il faudrait aussi ouvrir plus de logements Crous. « Aujourd’hui, seul une personne sur 17 a une chambre Crous. »

« Ils ne se préoccupent plus seulement de leurs études »

La chargée de mission précarité de l’université confirme qu’il n’y a effectivement pas assez de logements Crous. « Avant, les jeunes prenaient les logements Crous une année, puis ils arrivaient à s’en sortir sans. Maintenant, ils y restent tout le long de leur étude à cause de la hausse de la vie », explique-t-elle. Résultat : il y a aujourd’hui un manque de logements pour les jeunes arrivants. S’ils ne peuvent plus s’en sortir sans les logements Crous, c’est effectivement parce que tout le reste a explosé. « Internet, électricité : tout cela, ce sont des choses qui ont augmenté et dont les jeunes ne peuvent pas se passer », constate Murielle Ruffier. Alors « ils sacrifient la santé et les loisirs dans un premier temps ». Parfois, aussi, la nourriture.  Il y a aussi tous les étudiants juste au-dessus des critères pour obtenir la bourse, analyse-t-elle. « Un jour, une étudiante est venue me voir en me disant qu’elle ne pouvait pas avoir la bourse pour 10 euros de trop gagnés par ses parents. Elle avait des trous dans les chaussures. » 

La faculté, pour tenter d’aider les étudiants de Franche-Comté, organise plusieurs actions, rapporte la chargée de mission. « Bienvenue aux étudiants », un moment convivial fin septembre pour découvrir les structures d’aides, les associations étudiantes ou encore les services de santé de l’université en est un. Un étu-troc est aussi organisé pour que les jeunes puissent se servir et prendre ce qu’ils ont besoin à la rentrée (produits d’hygiènes, petit mobilier, vaisselle…). Des distributeurs de protections hygiéniques ont vu le jour, ainsi que des give-box, remplies l’année de fournitures scolaires, de petits matériels, « où chacun peut se servir ». Une ligne d’écoute a aussi été mise en place à Montbéliard depuis deux ans. Elle est gérée par les étudiants de master 2 en psychologie. « Et ce que l’on remarque, c’est que le moral n’est pas bon. Les étudiants ont peur pour l’avenir, pour le financier, pour le climat. Il ne se concentre plus juste sur leurs études. »

Consciente qu’il reste beaucoup de travail à faire, Murielle Ruffier encourage les étudiants à ne pas rester seuls, à se diriger vers les services de la faculté en cas de problèmes, que ce soit pour des problèmes de santé, ou même de matériels (pour des prêts d’ordinateur par exemple) ou encore ceux du Crous, qui ont mis en service une permanence nommée « apsytude ». Un guide des aides est à retrouver ici.

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