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Ces associations inquiètes de perdre des jeunes retraités 

Le Secours populaire fait partie des associations inquiètes de ce projet de réforme des retraites. | ©Le Trois - EC ​
Plusieurs associations du nord Franche-Comté sont inquiètes du projet de réforme qui propose de faire passer de 62 à 64 ans l’âge de départ légal à la retraite. Car cela repoussera aussi l’âge auquel le public s’engage dans le bénévolat associatif.

En France, les retraités sont considérés comme le « squelette des associations ». Ils sont environ 2 millions dans les associations, relate une étude menée par France Bénévolat, qui a pour vocation « le développement de l’engagement bénévole associatif pour une citoyenneté active ». Et ils sont 30% des 60-65 ans à s’engager après 55 ans. « Souvent, nous les retrouvons dès qu’ils sont à la retraite. Parfois dès le lendemain. On retrouve beaucoup de personnes seules, ou qui ont peur de perdre le lien », avance Sylvie Feige, administratrice nationale des Restos du cœur, responsable du pôle bénévolat, et ancienne présidente départementale pour le Territoire de Belfort. Des propos similaires de la part d’Adrien Varengue, coordinateur du développement social pour l’association Les Petits Frères des pauvres à Montbéliard. « Pendant une ou deux semaines, les jeunes retraités prennent des vacances. Mais souvent, ils s’engagent rapidement dans les associations pour conserver du lien social. » 

Allonger la durée des annuités, comme le veut la réforme des retraites, pose question : les jeunes retraités s’engageront-ils toujours autant ?  En 2010, le centre d’analyse stratégique (CAS) exposait que l’allongement potentiel des carrières « poserait avec plus d’acuité le problème de la continuité travail/hors travail pour les seniors ». En prime, en France, l’espérance de vie en bonne santé stagne. Elle s’élève à 64,4 ans chez les hommes et 65,9 ans pour les femmes, selon une étude de l’Insee de 2020. Autrement dit : les années en bonne santé dévouées au bénévolat seront consacrées en grande partie, voire en totalité, au travail. 

Dans le nord Franche-Comté, les associations n’ont pas manqué de le remarquer. Jacqueline Guiot, secrétaire générale du Secours populaire du Territoire de Belfort, décrit les 60-65 ans comme son « bataillon ». Sur les 45 bénévoles présents chaque semaine, ils sont neuf à faire partie de cette tranche d’âge et à s’être engagés dans les deux ans qui ont suivi leur retraite. « Ils sont indispensables. Sur certains créneaux horaires, ces jeunes retraités sont absolument nécessaires. Notamment sur les distributions alimentaires. En plus, ils sont encore robustes », sourit-elle. Même si elle peut compter sur des actifs et sur des retraités de plus de 70 ans, cette tranche d’âge est « indispensable », car elle est à la fois flexible sur les créneaux et encore assez en forme pour des tâches difficiles. 

Même discours du côté d’Alain Boutonnet, président du collectif Manifest, à Montbéliard, qui organisait notamment le carnaval de la Cité des Princes. Pour lui, les bénévoles à la retraite sont essentiels. Notamment à la tenue du marché de Noël. Durant cette période, il recense 130 bénévoles actifs. Sur ceux-ci, il y a au moins 100 bénévoles retraités. Il ne sait pas si la réforme pourrait décourager les « jeunes » retraités à s’engager dans le bénévolat. « Mais c’est mathématique. Avec la réforme, il y aura moins d’engagement de la part des jeunes bénévoles de 62 ou 63 ans.»

Des effectifs déjà mis à mal par le Covid

Sylvie Feige, pour les Restos du cœur, s’inquiète, elle aussi, des conséquences de la réforme sur les taux d’engagement des jeunes retraités. « Au niveau national, comme au niveau local, il y a beaucoup de bénévoles, jeunes retraités. Nous en manquons déjà depuis le Covid, qui nous a fait beaucoup de mal. Cette réforme va nous faire encore plus de mal.» Elle redoute ce « creux » entre 62 et 64 ans, alors que de nombreux bénévoles des Restos du cœur ont actuellement entre 62 et 70 ans. « À 64 ans, il n’y aura peut-être plus l’envie de venir faire du bénévolat après deux années de travail supplémentaires. », craint-elle. 

Le Secours populaire, les Restos du cœur, ou encore l’association Les Petits Frères des pauvres notent tout le « mal » fait par le Covid sur le bénévolat. Ils ont réfléchi à des solutions pour y faire face. Notamment sur la meilleure manière de fiabiliser les actifs et les étudiants, alors que le taux d’engagement des bénévoles à la retraite a déjà commencé à baisser.

L’association Les Petits Frères des pauvres à Montbéliard,  qui accompagne les personnes souffrant d’isolement, de précarité, ou/et de pauvreté matérielle, en priorité auprès des personnes de plus de 50 ans, a changé sa méthode. « Nous avons vu venir la baisse de bénévoles retraités », témoigne Adrien Varengue. L’association a mis en place une formule qui consiste à demander une heure de bénévolat par semaine, ou par période de dix jours ; les actifs et les étudiants ont ainsi plus de facilité à se dégager du temps, analyse le coordinateur de l’association. Cela a permis de contribuer à retrouver un public bénévole pour faire vivre l’association. Ils ont aussi mis en place des réunions en soirée, ou le samedi. Ainsi que des binômes de bénévoles d’âges divers, pour être sûr d’avoir toujours quelqu’un pour accompagner les personnes isolées.
Le Secours populaire a mené une réflexion similaire, en étendant ses horaires aux soirées et aux week-ends pour élargir son panel de bénévoles. Cela n’est pas suffisant. Mais c’était une bonne piste qui a fonctionné un temps. 

Ce projet de réforme fragilise ces tentatives de fidélisation et d’engagement associatif. Adrien Varengue, qui est aussi membre du conseil d’administration de France Bénévolat, témoigne de la difficulté et des inquiétudes des associations face à ces nouvelles contraintes. « Pour le Secours catholique, les Restos du cœur, trouver un format qui permet de fédérer les bénévoles n’est pas simple.  Leurs bénévoles qui s’engagent à la retraite permettent de consacrer des temps plus longs comme des demi-journées ou des journées complètes qui sont fondamentales pour le fonctionnement. » 

Jacqueline Guiot trouve « dramatique » cette situation dans laquelle vont se retrouver les associations. « La réforme va nous priver d’une manne de bénévoles. Ce n’est pas anodin.» Elle s’inquiète que l’expérimentation menée à Dijon et en Alsace, qui consiste à demander aux personnes bénéficiaires d’un revenu de solidarité active (RSA) un engagement associatif en échange de leurs allocations, devienne la norme. « Cela deviendrait l’excuse pour remplacer les jeunes retraités.  Le bénévolat n’est pas de la main-d’œuvre, mais du militantisme ! » défend-elle. Et le Secours populaire y est « fermement opposé ». Le ton est donné. Les associations attendent la suite en espérant une retraite… de la réforme. Ce mardi, de nouvelles mobilisations sont programmées dans le nord Franche-Comté. Dans l’après-midi à Montbéliard. Et en soirée, à partir de 18 h, à Belfort, pour une marche aux flambeaux, depuis le parking de l’Arsenal, au pied du Lion.

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