420 °C. C’est la température enregistrée par l’une des sondes installées en partie supérieure du caisson feu du centre de secours de Belfort-Sud, à Danjoutin. À l’intérieur, huit pompiers professionnels de Montbéliard en formation sont à genoux ; ils appartiennent au service départemental d’incendie et de secours du Doubs, avec qui les échanges sont nombreux, notamment en termes de formation. En cette fin de matinée de mai, ils terminent une deuxième session dans le caisson feu d’observation.
« Le Territoire de Belfort a un historique d’une vingtaine d’années sur le caisson », explique le lieutenant Noël Szymanski, chef du service formation, à quelques jours de son départ à la retraite. Aujourd’hui, le Sdis est équipé de deux caissons, renouvelés en 2022. Le premier est un caisson d’observation. Il dispose d’un foyer fermé, avec lequel on « joue » pour augmenter la température, générer de la fumée ou des flammes. Le second est un caisson de progression ; le but est d’apprendre à avancer dans un espace enfumé, voire enflammé. Il sera aménagé totalement d’ici 2027, pour ressembler à une habitation. « Il permettra d’aller plus loin dans la mise en œuvre des formations et des exercices », apprécie Noël Szymanski.
Ces caissons permettent « de travailler dans des situation qui se rapprochent au maximum de ce que les pompiers peuvent rencontrer, explique l’officier. Nous avons acheté ces caissons pour que l’ensemble des pompiers puissent voir les phénomènes thermiques avec le maximum de sécurité. »
Comprendre le voyage de l’eau
L’un des formateurs sort justement du caisson feu. Il ferme les portes de cet ancien conteneur maritime ; une manière de faire augmenter la température et de faire baisser le plafond de fumée. « En fonction des effets que l’on veut, on manipule les portes du caisson », détaille le lieutenant. « La couleur et la stratification des fumées donnent un certain nombre de signes qui permettent de savoir ce qui peut se produire », explique Noël Szymanski, en fin pédagogue. Pendant 20 minutes, les pompiers appréhendent la montée des températures, l’inflammation des fumées, les effets du feu (embrasement généralisé par exemple).
Par une fenêtre dérobée, on aperçoit de l’eau qui sort. Les pompiers découvrent alors une technique de ventilation. Plus tard, ils utiliseront des petits coups de jet d’eau à projection large pour créer une paroi d’eau qui se vaporise, plutôt qu’un jet linéaire et long ; la fumée qui sort du caisson blanchit, avant de se charger à nouveau et d’être très noire.
Juste après le passage du feu, le sergent Fabio Pacifico, formateur du jour, fera justement un topo sur le voyage de l’eau et sa capacité à absorber de l’énergie thermique entre ses différents états (liquide, vapeur…). Et c’est justement lorsque l’on vaporise largement sur de courtes séquences que l’on fait tomber le plus la température dans la bâtisse. « C’est là où on absorbe le plus », explique-t-il en montrant des graphiques au tableau, avec la quantité d’énergie absorbée. À l’inverse, un jet continue et droit de l’eau aurait tendance à déstratifier la fumée et à, justement, enfumer les pompiers, provoquant des pertes de repères.
« Ces formations permettent de savoir jusqu’où tu peux aller », note le sergent-chef Sébastien Boillot, formateur, pompier professionnel à Belfort-Nord et qui a accompagné les stagiaires du Doubs. « C’est un outil génial », ajoute-t-il. D’autant plus important qu’il permet « de se remettre en question », alors que les bâtiments, leur conception et les matériaux évoluent. « Les lieux sont plus confinés », note-t-il notamment.
Suivi médical approfondi des pompiers
À la sortie du containers, les pompiers enlèvent d’abord leurs gants dédiés à la lutte incendie. Puis ils prennent des gants chirurgicaux. Une précaution pour continuer de se déséquiper, tout en évitant de mettre sur les mains de la suie et de la répartir sur les muqueuses du corps. Après avoir ôté leur appareil respiratoire, les pompiers se dote aussi d’un masque FFP2 pour éviter d’inhaler de l’air vicié par les produits présents sur leur tenue et déposés pendant leur passage dans le caisson. « On fait la même chose en formation que sur le terrain », insiste Noël Szymanski. Une précaution sanitaire pour prévenir les risques de cancers auxquels sont confrontés les pompiers dans leur activité (lire notre article). C’est fini le mythe de la gueule noir en sortant d’un brasier.
Les données de températures relevées dans le caisson sont conservées et associées au dossier du pompier. Il y a quatre sondes dans le conteneur : deux sont dans le foyer et deux à proximité de l’endroit où sont installés les stagiaires, avec toujours une sonde en hauteur et une en bas. Ces données permettent d’affiner le suivi médical des pompiers. « Quand on est en fin de carrière, on peut regarder et avoir une photos des risques auxquels on a été soumis », explique le lieutenant Szymanski. Pour prendre soin de ceux qui veillent sur les autres.





